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Malgré le coronavirus, Genève organise des élections. Est-ce bien raisonnable ?

Par Ian Hamel, à Genève  

Contrairement à la France, le second tour des élections municipales se tiendra demain 5 avril dans le canton de Genève. Les électeurs n’ont-ils pas la tête ailleurs ?                

Imaginez que le gouvernement français ait voulu maintenir le second tour des élections municipales ? Il y aurait eu dans tout le pays un vaste mouvement de protestation. En revanche, dans le canton de Genève (500 000 habitants), le gouvernement a décidé de maintenir le scrutin, malgré l’épidémie due au coronavirus. En y apportant certaines mesures : il n’y aura pas de local pour déposer son bulletin, les Genevois voteront par correspondance. La plupart des partis politiques ont approuvé ce choix, seuls l’extrême gauche et l’extrême droite préféraient un report des élections à l’automne. Au premier tour, la gauche était arrivée largement en tête dans la ville de Genève, avec 44 sièges (dont 18 pour les Verts), contre 22 pour la droite et 14 pour l’extrême-droite.

Pas de meetings, pas d’affiches  

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Le canton se comporte-t-il comme s’il n’y avait pas d’épidémie ? Vendredi 3 avril, la Suisse (huit millions d’habitants) comptabilisait 19 702 cas d’infection (Genève 2 941), et 604 morts (72 à Genève). Toutefois, la Confédération, misant sur l’autodiscipline des citoyens, n’applique toujours qu’un semi confinement. Les commerces et les lieux publics sont fermés, les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits, en revanche, les sorties individuelles se font toujours sans motif d’autorisation.

Le problème : comment les candidats peuvent-ils faire campagne en l’absence de réunions de quartiers, de meetings. Impossible de serrer les mains, de distribuer les tracts. Inutile de coller des affiches que personne ne lira, les rues s’étant vidées. Quant aux journaux, ils donnent la priorité au coronavirus, pas aux programmes électoraux. Et surtout, la population n’a-t-elle pas d’autres priorités que de se choisir des élus ? Des malades parmi ses proches, la perte d’un emploi, la crainte du lendemain. D’autant qu’en Suisse, les élections manquent terriblement de suspense. En effet, au nom du consensus, depuis des décennies, tous les partis politiques gèrent ensemble les municipalités ou les gouvernements. Imaginez en France Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon côte à côte au conseil des ministres ! Résultat, les taux de participation sont inférieurs à 40 % en Suisse.

Se rabattre sur les réseaux sociaux     

Sous le titre « En ville, l’étrange campagne du second tour », La Tribune de Genève s’est intéressée aux méthodes utilisées par les candidats pour faire campagne. Ils se sont rabattus bien évidemment les réseaux sociaux. L’un des candidats se filme dans sa cuisine. Un autre reconnaît qu’il se sent mal à l’aise « à l’idée de mettre une cravate, de montrer ma tronche et de dire aux gens : votez pour moi ! Il y a quelque chose d’indécent à se mettre en avant dans un contexte pareil ». D’autres ont organisé une conférence de presse par visioconférence. Ils ont longuement débattu du port d’armes par les policiers municipaux, avant de se rendre compte que les policiers n’ont pas de … masques. En clair, les priorités ne sont plus du tout les mêmes.

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D’autres en reviennent à la permanence téléphonique ou à l’envoi de cartes postales. Mais tout cela n’est-il pas vain ? Quel poids auront finalement des élus si seulement un quart du corps électoral a expédié son bulletin de vote ? Afin d’éviter un taux d’abstention trop important, la police municipale ira récupérer à leurs domiciles les bulletins de ceux, malades ou confinés, qui ne pourront pas se déplacer jusqu’à une boîte aux lettres avant 5 avril prochain… A J-2, le taux de participation pour dimanche 5 avril était de 19,2 %.

 

 

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Commentaires

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  1. Il suffirait d’organiser les campagnes électorales par webinars, de faire distribuer tracts et programmes par mail, enfin d’organiser des élections électroniques, en gardant des moyens plus traditionnels (télé, services postaux pour l’envoi des programmes, tracts, envoi de bulletins de votes et de copie de la carte d’identité dans 2 enveloppes différentes pour assurer le dépouillement en assurant l’anonymat et la lutte contre la fraude) pour ceux qui ne savent pas utiliser le digital. Ça devrait réduire considérablement les risques de contagion. Bref un peu de jugeote.

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