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L’Islam face à la redoutable épreuve de l’aggiornamento

Prologue : grabuge au sein de la planète djihadiste

Rien ne va plus dans la planète djihadiste : Une guerre fratricide se déroule au sein de la planète djihadiste à coups d’anathèmes, de conflit de légitimité et de procès en incompétence, à l’arrière plan d’une offensive majeure de l’Empire atlantiste visant à éradiquer leurs anciens sous-traitants dans la sphère arabo-musulmane à l’époque de la guerre froide américano-soviétique.

Ce conflit meurtrier met en scène les principaux protagonistes de l’Islam sous-tendant un enjeu de taille : le primat absolu sur la « Muslim Green Belt », la ceinture verte musulmane, autrement dit le leadership sur l’ensemble musulman, une communauté humaine cimentée, malgré sa diversité, par une langue commune de prière (l’arabe), une continuité territoriale rarissime, à l’articulation des grandes voies de navigation transocéanique, à proximité des grands gisements énergétiques de ma planète.
Une religion de dimension planétaire avec près de 1,5 milliards de croyants, dont le déploiement est de portée stratégique. S’étendant sur cinq continents, groupant 55 pays membres de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), le Monde musulman se situe à l’intersection du Monde européen et du Monde indien. Renfermant les 2/3 des ressources énergétiques mondiales, il contrôle quatre des principales voies de navigation transocéaniques (Détroit de Gibraltar, le Canal de Suez, le Détroit d’Ormuz) avec en prime le Détroit des Dardanelles).

Un ensemble désigné par les stratèges néo-conservateurs par le vocable de « The Muslim Belt », la ceinture verte de l’espace musulman, ayant vocation à encercler le « Heartland » eurasiatique (la Chine et la Russie) qui détient les clés de la maîtrise du monde. Tous les grands protagonistes de l’Islam sont présents sur ce grand échiquier :

• La Confrérie des Frères Musulmans : Le plus ancien parti transnational arabe à fondement religieux et matrice de toutes les déclinaisons dégénératives du djihadisme takfiriste est traversé de courants centrifuges.

Sa branche tunisienne, sous la direction de Rached Ghannouchi a annoncé avoir amorcé une démarche visant à un aggiornamento de l’Islam politique, à tout le moins sur le théâtre tunisien, alors que sa branche yéménite « Al Islah » cherche à se démarquer de l’organisation mère pour rompre son isolement dans la Péninsule arabique en tentant un rapprochement avec les Émirats Arabes Unis, contre lesquels la centrale confrérique avait fomenté un coup d’état.

• Al Qaida : Le premier groupement djihadiste de dimension planétaire, fer de lance du combat anti-soviétique en Afghanistan (1980-1990), greffon des Frères Musulmans, dont l’ossature militaire s’est d’ailleurs articulée autour de la structure militaire clandestine des FM de Syrie, At Taliha Al Mouqatila (L’avant garde combattante). Sous l’effet des raids conjugués des Russes et des Occidentaux, Al Qaida pourrait redevenir la principale force djihadiste en Syrie, au détriment de Daech, désormais sur la défensive sur le terrain.

• Daech (L’État Islamique): Concurrent d’Al Qaida, dont il en est issu est le premier groupement djihadiste à avoir porté le combat en Syrie et en Irak, dans les deux pays, sièges des deux premiers empires de la conquête arabe : Les Ommeyyades (Damas) et les Abbassides (Irak), et non à sa périphérie (Afghanistan, Caucase, Kosovo)

De surcroît, l’auto-proclamation d’Abou Bakr Al Baghdadi de Calife de l’Islam, sous le nom du Calife Ibrahim, a provoqué un bouleversement symbolique, dans la hiérarchie sunnite. Sur le plan rituel, cette posture a hissé le Calife Ibrahim au rang de supérieur hiérarchique du Roi d’Arabie, le gardien des Lieux Saints de l’Islam, -La Mecque et Médine-, d’Ayman Al Zawahiri, son ancien mentor et successeur d’Oussama Ben Laden à la tête d’Al Qaida, et du président de la confédération mondiale des Oulémas sunnites, Youssef al Qaradawi, le télé prédicateur de l’Otan.

Si les précédents califats ont eu pour siège des métropoles d’Empire-Damas (Ommeyyades), Bagdad (Abbassides), Le Caire (chiite-Fatimide) et Constantinople (Ottoman), le dernier venu a planté son pouvoir dans une zone quasi désertique à proximité toutefois des gisements pétroliers, générateurs de royalties, les nerfs de la guerre, au point de jonction de la Syrie et de l’Irak, les sièges des deux premiers empires dont il projetait d’en faire un grand ensemble sunnite sous le vocable de « Sourakia ».
De même sur le chemin du Djihad, des Émirats Islamiques ont été institués au Kandahar (Afghanistan), à Falloujah (Irak) et au Sahel, mais aucun n’a jamais songé à planter sa capitale à Jérusalem. Quelle est loin la Palestine des préoccupations de ces joyeux guerriers.

• Le Hamas, unique mouvement de libération nationale de sensibilité sunnite dans le monde arabe encore opérationnel, se distinguera lors de la séquence du « printemps arabe » par un virage stratégiquement désastreux pour son combat.

La branche palestinienne des Frères musulmans sacrifiera ses frères d’armes (l’Iran, la Syrie et le Hezbollah) au profit d’une alliance avec les ennemis les plus résolus aux aspirations nationales du Monde arabe, particulièrement des Palestiniens : la Turquie, unique pays sunnite membre de l’Otan et partenaire stratégique d’Israël, fossoyeur de la question palestinienne, ainsi que le Qatar, marche pied des États-Unis et son ravitailleur énergétique.

• L’Arabie saoudite : L’incubateur et bailleur de fonds de tous les groupements djihadistes à travers le Monde, objet d’une vénération des « grandes démocraties occidentales » en crise économie systémique, mais néanmoins ostracisé par un collège d’Oulémas sunnites à Grozny en septembre 2016.

Revue de détails où rien ni personne n’est épargné dans ce règlement de compte sur fond d’une traque des grandes puissances ayant abouti à l’élimination de plus de dix figures de proue de la nébuleuse islamiste :
• Zohrane Allouche, chef de Jaych Al Islam, tué dans un raid de l’aviation syrienne le 25 décembre 2015,
• Hassan Abboud, (Abou Abdallah Al Hamaoui), fondateur d’Ahrar Al Cham (les Hommes Libres du Levant), dont le mouvement a été décapité avec l’élimination de 40 de ses dirigeants lors d’un ténébreux attentat à l’automne 2014.
• Omar Al Shishani, le responsable militaire de Daech sur le front d’Alep
• Abou Mohammed al-Adnani, sans doute le haut responsable le plus visible au sein de l’État islamique.

Sur le plan proprement syrien, une guerre fratricide est engagée dans le périmètre Idlib-Raqqa, à la frontière syro irakienne, entre Jabhat An Nosra et Ahrar Al Cham, dans le prolongement du rapprochement de la Turquie avec la Russie à la faveur de la conférence inter syrienne d’Astana (janvier 2017). Ahrar Al Cham, de tendance confrérique et parrainé par Ankara, vise à réduire la branche syrienne d’Al Qaida au profit des partisans de la Turquie et de conférer à Ahrar Al Cham l’exclusivité de la représentation des forces djihadistes « modérées » ses en Syrie.

Le tomahawk dévastateur sur le wahhabisme de la conférence de grozny (3-5 septembre 2016)

À tout seigneur tout honneur : L’Arabie saoudite, l’un des grands financiers de la planète, le pays qui abrite les lieux saints de l’Islam (La Mecque et Médine), dont il s’est érigé en gardien pour s’en servir comme tremplin dynastique, est en butte à de vives critiques dans son propre camp, quasiment mis à l’index, alors qu’il est engagé dans un redoutable conflit de puissance avec son rival chiite iranien.

Symbole de l’exacerbation croissante que suscite le bellicisme omnidirectionnel du wahhabisme saoudien de même que sa rigidité dogmatique, la secte wahhabite salafiste a été purement et simplement exclue de la famille sunnite lors du congrès de Grozny (Tchétchénie) qui s’est tenu du 3 au 5 septembre 2016. Une décision qui donne la mesure du degré de virulence du conflit pour le leadership du Monde musulman.

Fait sans précédent, cette décision aux effets dévastateurs d’un tomahawk sur le plan théologique et diplomatique sur le primat saoudien dans la sphère musulmane a été prise lors d’un congrès qui a rassemblé près de 200 dignitaires religieux, oulémas et penseurs islamiques d’Égypte, de Syrie, de Jordanie, d’Algérie, du Maroc, du Soudan et d’Europe.

Bravant les foudres saoudiennes, la conférence de Grozny a non seulement exclu le wahhabisme salafiste de la définition du sunnisme, voire du cadre de la communauté sunnite, mais elle a en outre clairement condamné les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l’Université islamique de Médine. Face à la montée en puissance d’un terrorisme de nature takfiriste wahhabite qui prétend représenter l’Islam, le congrès se proposait de « définir l’identité des gens du sunnisme et de la communauté sunnite ». Inaugurée par le Cheikh d’Al-Azhar, Ahmed al-Tayeb, le congrès a été marqué par une forte participation égyptienne -le Grand Mufti d’Égypte, Cheikh Chawki Allam, le conseiller du président égyptien et l’ancien grand Mufti d’Égypte, Cheikh Ali Jomaa, ainsi que par la présence du grand Mufti de Damas, Cheikh Abdel Fattah al-Bezm, du prédicateur yéménite Ali al-Jiffri et du penseur islamique Adnan Ibrahim.

Dans le communiqué, les participants sont convenus que « les gens du sunnisme et ceux qui appartiennent à la communauté sunnite sont les Asharites et les Maturidites, au niveau de la doctrine ; les quatre écoles de jurisprudence sunnite (Chaféite, Hanbalite, Hannafite et Malekite), au niveau de la pratique ; et les soufis, au niveau de la gnose, de la morale et de l’éthique ».

L’éviction surprise du mufti du royaume

Consciente des risques qui planent sur son leadership spirituel et partant diplomatique, l’Arabie saoudite a privé de sermon le Mufti du Royaume Cheikh Abdel Aziz, lors des cérémonies précédant le pèlerinage annuel de la Mecque, dans une démarche destinée à calmer le jeu. Cette sanction, sans précédent contre un haut dignitaire d’une telle importance dans l’organigramme saoudien, est intervenue dans la foulée de sa déclaration au Journal « Mecca » frappant d’apostasie l’Iran et l’ensemble des chiites dans le Monde. Cheikh Abdel Aziz, un descendant direct de la famille du prédicateur Mohammad Abdel Wahab, fondateur du wahhabisme, l’allié théologique de la dynastie Al Saoud, le ciment idéologique de la monarchie, présidait depuis 35 ans les cérémonies. Le sermon rituellement prononcé le jour de l’ascension du Mont Arafat, la veille du pèlerinage, a été confié au Mufti de La Mecque Abdel Rahman al Sadissi.

L’épée de Damoclès de la loi jasta

Hasard ou préméditation, l’éviction du gardien du dogme wahhabite, est intervenue le jour même où le congrès américain autorisait les poursuites contre le Royaume saoudien de la part des familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001. Elle pourrait signifier dans l’ordre subliminal des relations hermétiques saoudo américaines, la fin de l’immunité pour les tenants du dogme rigoriste qui régit la planète djihadiste gravitant dans la sphère saoudienne.

Tuile supplémentaire : La Loi JASTA [Justice Against Sponsors of Terrorism Act] a été adoptée le 9 septembre 2016 Alors que le Royaume est enlisé dans un conflit sans fin au Yémen. En autorisant les Américains à poursuivre le Royaume saoudien en dédommagement des dégâts subis par les pirates de l’air, les États-Unis ont placé l’épée de Damoclès en suspension au dessus de la dynastie wahhabite.

Quinze des 19 auteurs des attentats du 11 septembre à New York et Washington étaient Saoudiens.

L’attaque a été commanditée par Al-Qaïda et aucune enquête américaine n’a jusqu’à présent conclu à un soutien des autorités saoudiennes. Les raids contre les symboles de l’hyperpuissance américaine avaient fait 3.000 morts. La mairie de New York, réclame à elle seule un dédommagement de 95 milliards de dollars en compensation de la destruction des tours du World Trade Center, des destructions annexes et les pertes humaines des services publics (pompiers, policiers). Au total, le préjudice américain est estimé à près de trois trillions de dollars (trois mille milliards de dollars).

Pour s’épargner les foudres américaines et écarter les soupçons sur son possible rôle de parrain financier du terrorisme islamiste, l’Arabie saoudite et son allié du Qatar avaient obtenu du Jabhat An Nosra de Syrie, la filiale syrienne d’Al Qaida, de renoncer à sa franchise et de se doter d’un nouveau nom dans une opération classique de blanchissement sur le modèle opéré en France tant par Elf Aquitaine désormais Total, ou encore le parti gaulliste, passé du RPR, à l’UMP aux « Les Républicains » (LR), au gré des scandales politico financiers qui ont émaillé la vie politique française.

Ce ravalement cosmétique n’a pas convaincu les chefs d’orchestre de la guerre de Syrie : Ainsi Abou Omar Saraqeb, chef militaire du Front du fatah Al Sham», la nouvelle mouture de Jabhat An Nosra et son adjoint Abou Mouslam Al Chami, le 9 septembre 2016, tués dans leur PC le 9 septembre, jour de l’adoption de la loi JASTA par le congrès américain, alors qu’ils préparaient un plan de reconquête d’Alep. Alors à la tête de Jabhat An Nosra, Abou Omar Saraqeb avait conquis au début de la guerre, les deux villes d’ Idlib et de Jisr Al Choughour. Mais ce jeu de bonneteau n’a apparemment pas suffi à leur attirer la clémence ni des États-Unis ni de la Russie.
Abandon du calendrier de l’hégire

Dans une sorte de révolution copernicienne, l’Arabie saoudite a renoncé le 1er octobre 2016 au calendrier de l’Hégire, qui rythmait la vie du Royaume depuis sa fondation il y a 85 ans, pour opter pour le calendrier de l’ère chrétienne, dans la vie publique (administration et secteurs publics, ports, aéroports, armée, etc..); une décision douloureuse pour le chef de file du wahhabisme qui témoigne néanmoins de son souci d’atténuer la virulence anti-saoudienne dans l’opinion arabe et occidentale.

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