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Lettre ouverte à Madame Kosciusco-Morizet

Madame Kosciusco-Morizet,

Dans cette lettre que je mets sur la place publique, je ne vais pas y aller par quatre chemins. C’est avec stupeur que je vous ai entendue mardi matin prononcer, sur RMC chez Jean-Jacques Bourdin, une accusation en règle contre des familles musulmanes qui déposeraient leurs enfants en retard à l’école le matin pour la raison qu’ils les auraient amenés « à la prière ». Vous expliquiez alors que vous teniez cette information du maire de Mulhouse. Et vous appuyiez l’idée qu’il  fallait placer ces enfants, parce que victimes, selon vous, d’une « nouvelle maltraitance », une maltraitance qui aurait pour nom l’apprentissage de l’islam radical et qui devrait être signalée à la protection judiciaire de la jeunesse.

Madame Kosciusco-Morizet,

Ce n’est pas que j’appuie tout empiètement de la religion dans le temps scolaire. Au contraire ! Croyant que l’école, gratuite et obligatoire, est une chance accordée par notre époque à tous nos contemporains, je suis absolument contre l’idée qui verrait des enfants manquer leurs cours parce qu’ils auraient des prières à accomplir.

Sauf que, Madame Kosciusco-Morizet, pouvez-vous m’expliquer de quelle prière parlez-vous quand vous dites que des enfants musulmans arrivent « tous les jours » en retard le matin à l’école parce qu’ils sont, au préalable « amenés à la prière » ?

Car, en effet, je ne saisis pas la logique de votre information. Les heures quotidiennes des prières sont prédéterminées à l’avance dans des calendriers établis pour chaque ville française, et facilement consultables sur Internet. Vous y verriez que la première des cinq prières obligatoires selon la foi islamique, qu’on appelle Sobh (l’aube), n’a lieu au plus tard qu’à 6h45 à Mulhouse et que le temps déterminé par le « canon musulman » pour la suivante dans la journée, dénommée Adh-dhohr,  ne doit être accomplie, partout, qu’une fois que le soleil quitte son zénith (c’est-à-dire en milieu de journée, à partir de midi en général).

Si je comprends bien votre propos, des enfants sont amenés à la mosquée, au plus tard à 6h45, pour ensuite, à cause de cela, arriver en retard à l’école alors que généralement les cours y débutent entre 8h00 et 9h00 au plus tôt selon que l’on soit au lycée, au collège ou à l’école élémentaire. La prière durant au maximum, ablutions comprises, quinze minutes, est-ce à dire que les parents et leurs enfants s’en vont, avant l’aube, à des dizaines de kilomètres de chez eux pour gagner une mosquée qui délivrerait un message non-existant dans les édifices religieux de Mulhouse (sic) ?

Ou, plutôt, n’étiez-vous pas en train de parler de musulmans qui pratiquent un autre islam que celui que tout le monde connait (sic) ?

Ou, enfin, vouliez-vous évoquer le Shourouq, l’heure jusqu’à laquelle la prière du sobh selon la Tradition doit être accomplie, auquel cas vous parleriez d’enfants se levant le matin, et, parmi leurs activités matinales (petits-déjeuners, douche, brossage des dents…), accomplissant leur prière chez eux, dans leur chambre, et non à la moquée puisqu’elle n’ouvre qu’à l’heure des cinq prières quotidiennes ? Serait-ce là de l’islam radical ou simplement l’histoire d’un enfant qui ne se lève pas à une heure appropriée pour avoir le temps de faire tout ce qu’il entreprend d’effectuer avant d’aller à l’école ?

Madame Kosciusco-Morizet,

Alain Finkielkraut, que je critique par ailleurs dans plusieurs de ses analyses sur la place de l’islam en France, a évoqué une idée à laquelle je souscris entièrement. Je vous la livre en substance : la liberté d’expression a certaines limites, celle notamment de ne pas avoir le droit nier un fait universellement établi. Car cette permissivité, possible aujourd’hui d’ailleurs à cause d’Internet, anéantirait, selon lui, notre monde commun, ou, si vous voulez, les références que nous partageons tous pour raconter notre temps. Si cela devenait la norme-celle de nier les faits constitutifs de notre monde commun-, le liant existant aujourd’hui entre les individus, et qui donne cohérence à notre société, disparaîtrait pour laisser la place à un « monde de psychotiques ».

Eh bien ! Madame Kosciusco-Morizet, je vous demande, en tant que citoyen, à l’avenir, puisque vous êtes une ancienne ministre et une élue de la République, de ne vous appuyer que sur des faits établis lorsque vous analysez politiquement la situation de notre pays, notamment celles de musulmans de France. Vous avez le droit de critiquer des pratiques prétendument islamiques. Mais vous ne pouvez baser vos démonstrations sur des faits non-vérifiables.

Parce que, Madame Kosciusco-Morizet, c’est comme cela que vous ferez le lit du FN, alors même, et je vous appuie là-dessus, que vous vous prononcez par ailleurs, à titre personnel, en faveur d’un vote pour le candidat PS de la quatrième circonscription du Doubs qui, dimanche, réussira, nous l’espérons vous et moi, à faire barrage au candidat frontiste. En agitant l’épouvantail de l’islam radical qui, pour le coup, demande à être étayé par des preuves solides, vous ne faites que valider les thèses extrémistes qui n’attendent, comme par le passé, que le moment favorable (crise économique et identitaire) pour mettre la main sur notre beau pays.

Madame Kosciusco-Morizet,

J’attends donc de vous, à la suite de cette lettre ouverte, de faire en retour votre mea culpa et/ou d’expliciter votre propos, sans stigmatisation, ni ouï-dire.

Vous êtes une femme politique, amenée, peut-être, à exercer à l’avenir des responsabilités importantes en représentation de notre souveraineté collective. Ne tombez donc pas dans la démagogie, ce mal de notre démocratie, une démagogie diffamatoire, en l’occurrence, vis-à-vis d’une partie de vos compatriotes, et ce, simplement pour gagner en visibilité dans le combat que vous menez contre vos amis au sein de votre formation politique ! Privilégiez l’honnêteté et la sincérité, afin de donner l’exemple de la vertu à vos concitoyens !

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