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Les Primaires socialistes à Marseille: un racisme ordinaire?

 La version  de la fondation de Massalia (en 600 avant notre ère) de Trogue-Pompée, transmise par Justin, met en scène Protis et Simos, deux oecistes (ou archégètes, désignés par le sort pour organiser et diriger l'établissement d'une colonie1) reçus par le roi des Ségobriges dont la fille choisit Protis comme époux en lui proposant de l'eau.
Au-delà de la thématique légendaire du «choix personnel», cette tradition héritée de l'Antiquité grecque jette une lumière crue sur la double problématique de l'inclusion et de l'exclusion.

Mutatis mutandis, la dichotomie entre identité agrégative et identité oppositionnelle entre Grecs et Barbares, puis entre «Grecs purs» et «Grecs impurs»2 dans le monde diasporique méditerranéen permet d'établir une symétrie spatio-temporelle entre Massalie et Marseille.

Ainsi, les Primaires socialistes tenues à Marseille les 13 et 20 octobre 2013 ont révélé, à plus d'un titre, la résilience d'un racisme ordinaire. En effet, le front national «tout sauf Ghali» entre les deux tours a procédé à l'évidence d'une double logique de l'inclusion et de l'exclusion nourrie d'un réflexe identitaire motivé par une identité oppositionnelle entre «Marseillais purs» et «Marseillais impurs» dans la continuité d'une certaine manière de l'idée ibérique moderne de la «pureté de sang».

Or, l'identité marseillaise est née précisément au sein des diasporas (grecque, italienne, corse, arménienne, algérienne etc.) qui sont consubstantielles au processus identitaire collectif. Aussi l'idée d'une «communauté politique imaginée»3 trouva-t-elle ses limites le soir du 13 octobre au moment où la candidate socialiste Samia Ghali arrivée en tête de ces Primaires avec 25,3% des suffrages rencontra l'opposition de Patrick Mennucci (20,7% des suffrages) et des candidats sortants (à l'exception de Christophe Masse) devant l'injonction élyséenne à l' «épuration» politique et administrative du «système Guérini».
Or, l'un des critères d'appartenance communautaire selon l'historien britannique Benedict Anderson est la religion (judéo-chrétienne) commune (aux adversaires politiques de Samia Ghali).

Par ailleurs, le succès électoral de Samia Ghali au soir du premier tour fut analysé par l'expertise patentée des médias mean stream comme un réflexe communautaire motivé moins par la conscience politique que par le sentiment d'appartenance à la communauté des «musulmans-immigrés-délinquants» des quartiers Nord de Marseille, incapables par essence d'appréhender le langage «prépolitique».

Or, l'électorat supposément communautaire dénoncé, micro couvert par les adversaires politiques de Samia Ghali, loin d'être a-politique, est bel et bien «intégré» à l'exercice démocratique et partant à la «modernité» au sens de l'historien indien Ranajit Guha pour qui Eric J. Hobsbawn considérait les paysans indiens colonisés («sans voix»4) comme «prépolitique» «en ceci qu'ils n'avaient pas encore trouvé ne fût-ce que les prémices du langage spécifique dans lequel s'exprimer.».5

Dans le même temps à aucun moment le caractère communautaire des frontistes socialistes ne fut dénoncé ou à tout le moins évoqué. Plus encore, leur victoire (57,16%) au second tour, suivie de la proposition d' «union sacrée» autour de Patrick Mennucci peuvent être analysées sous le double prisme d'une histoire coloniale inachevée et d'une société éminemment phallocratique où les femmes «indigènes», au pire doivent être sauvées des griffes des hommes «indigènes» («white men saving brown women from brown men»6), au mieux (eu égard aux «évoluées») rester in jure des subalternes.

Or, à l'évidence Samia Ghali ne relève ni de la «situation coloniale», ni de la figure de la koulouglie (issue de l'union d'une berbère et d'un janissaire turc), lascive, représentée par l'imagerie orientaliste7.

A l'évidence, les Primaires socialistes à Marseille sont révélateurs d'un racisme ordinaire, devenu proverbial dans la cité phocéenne, mais surtout d'une «hégémonie culturelle»8, autrement dit, de la domination d'une classe politique, illustrée par le cumul des mandats, stérilisant ainsi toute initiative populaire indépendante du jeu politique aux échelles des collectivités territoriales et de l'Etat.

A preuve, les deux candidats finalistes de ces Primaires socialistes cumulent huit mandats! Membre du Conseil municipal (depuis 1983), maire du Premier secteur de Marseille et élu communautaire à la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole (depuis 2008), député de la Quatrième circonscription des Bouches-du-Rhône (depuis 2012) pour Patrick Mennucci.

Maire du Huitième secteur de Marseille (depuis 2008), vice-présidente du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur (depuis 2004-2010), conseillère municipale (depuis 2001), sénatrice des Bouches-du-Rhône (depuis 2008) pour Samia Ghali. En d'autres termes, la lutte contre le clientélisme incarné (pas seulement) par le «système Guérini» et dont se réclament les partisans de Patrick Mennucci restera pour longtemps une antienne dans le paysage politique français…

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