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Les pétrodollars et les réfugiés

Vendredi 14 aout 2014, à Deauville dans le Calvados, après la grande prière du vendredi, l’Emir de Dubaï cheikh Mohamed Al Maktoum et son frère Hamdan, présents à la grande vente annuelle de poulains de l’année, la fameuse vente de yearlings, achètent pour environ 10 millions de dollars 27 poulains qui iront rejoindre par avions cargos spécialement aménagés, leurs congénères pensionnaires des haras cinq étoiles de l’Emirat. Chaque année la concurrence est rude entre les riches propriétaires de haras du Golf à l’occasion de ventes prestigieuses dans le monde. Un poulain peut valoir plusieurs millions de dollars. Le ci-dessus cheikh en possède plus de mille. Et il n’est pas le seul.

Vendredi 5 novembre 2014, en banlieue parisienne, dans une petite mosquée, à la fin de la grande prière du vendredi, des volontaires d’une ONG, sollicitent de l’assistance – des fidèles de condition modeste naturellement – quelques pièces pour les faire parvenir au PAM ( Programme Alimentaire Mondial ) avant que ne s’arrête, faute d’argent, l’aide alimentaire nécessaire aux 1,7 millions de réfugiés syriens. Tout le monde met la main à la poche. Un adolescent est ému aux larmes. Grand silence dans la mosquée. Les gens ont dû entendre à la radio ou à la télévision que le PAM a lancé un cri de détresse: faute de récolter 64 millions de dollars, l’agence des Nations-Unies sera contrainte de cesser de secourir les réfugiés durant le mois de décembre. La guerre, la faim et le froid.

Dimanche 7 décembre 2014, le quotidien Le Monde daté du 7-8 décembre 2014 nous apprend que le PAM a été contraint de faire appel aux dons sur les réseaux sociaux. En 24 heures, des anonymes ont versé 21,5 millions d’euros. Le PAM espère récolter le reste dans les jours qui viennent. Pendant ce temps, les pays de la Péninsule arabique ont décidé de se réunir les 9 et 10 décembre à Doha pour voir ce qu’ils peuvent faire.

L’article remarque à leur propos que jusqu’à présent, « les calculs géopolitiques l’ont emporté sur les réflexes de solidarité, et les fournitures d’armes sur les fournitures d’aide humanitaire » et que sur les 458 millions de dollars collectés pour les réfugiés cette année, « le Koweit a versé à peine 5% et l’Arabie saoudite 1,7%.

Quant au Qatar, le pays du monde le plus riche par habitant, il n’apparaît pas dans la liste des donateurs ». L’achat des chevaux de course équivaut à 17% de la somme souhaitée par le Pam dans son dernier appel. Dans le même article, on apprend que le montant cumulé des fonds souverains de ces pétromonarchies dépasse les…1000 Milliards de dollars : anomalie et sidération.

Faut-il en déduire que pour ces nababs, l’amour des chevaux passe avant celui des êtres humains. La question mérite d’être posée tant le constat est ahurissant. Le raccourci est certainement injuste et réducteur. Injuste parce qu’il y a partout dans le monde des hommes et des femmes qui dépensent des sommes faramineuses pour des caprices tout aussi incompréhensibles et que ce genre de comportement n’est pas le propre des seuls riches propriétaires de la Péninsule.

Réducteur parce que ces mêmes potentats arabes distribuent des sommes considérables aux œuvres charitables dans le monde, mais ne savent pas le faire savoir. Et comme la communication n’est pas leur verre de thé, ils donnent aux médias les bâtons pour se faire battre, font passer les arabes pour des enfants gâtés qui ne partagent pas leurs friandises ou qui se goinfrent quand les voisins ont faim, et multiplient, du moins certains d’entre eux, les frasques d’un autre âge sous l’œil goguenard des  foules d’Internet. Ce qui explique les commentaires racistes et méprisants de la part de ceux-là mêmes qui sont les premiers à profiter de leurs largesses et qui multiplient les prouesses pour les séduire.

Il reste que le constat est sans pitié : le déséquilibre flagrant entre la contribution des Etats pétroliers et le reste de la Planète pour venir en aide aux réfugiés syriens et irakiens est scandaleux et insupportable. Les pays de la Péninsule arabique, musulmans avant d’être pétroliers, et soumis par conséquent à l’obligation canonique de la zakat ( impôt annuel de solidarité ) disposent de moyens suffisants permettant de prendre en charge l’aide d’urgence pour ces victimes dont ils sont supposés partager la souffrance au nom de leur appartenance à la même communauté de destin ( la Oumma ).

Leur absence aujourd’hui signifie indifférence et forcément complicité. Et quand bien même surgirait par surprise un homme du désert rongé par le remord de la reconnaissance du ventre, et soucieux de renvoyer l’ascenseur à Dieu pour les trésors sous le sable, en faisant parvenir au PAM de quoi faire passer l’hiver aux millions de réfugiés, cela n’absoudrait en rien la forfaiture globale des pays musulmans, du moins des plus riches d’entre eux. Le chèque du cheikh vaudrait baiser au lépreux mais aussi insulte à intelligence à l’endroit de tous ceux qui savent que cette tragique agonie de l’Irak et de la Syrie ne doit rien au hasard.

La complicité entre les Puissances Occidentales et certains dirigeants de la région est flagrante et les expéditions programmées de G.Bush et Tony Blair ne doivent rien au hasard. L’Occident n’aurait jamais osé détruire les deux berceaux de la civilisation arabe, sans l’assentiment et la complicité de pays arabes qui n’ont pas la chance d’être partie prenante dans cette civilisation. Les Omeyyades et les Abbassides  sont des peuples citadinisés qui n’ont rien de commun avec les bédouins du désert, ni dans l’art ni dans la manière. C’est Louis XVI et les rois fainéants.

Les peuples d’Irak et de Syrie ont une longue histoire ancienne. Ils ont tutoyé les sciences, ouvert des mondes nouveaux, réuni la foi et la raison, chanté et prié avec les autres religions, sublimé les arts, aimé les belles lettres et la musique. Il suffit d’interroger Cordoue et Grenade. L’authentique Andalousie c’est eux. Les autres, c’est Marbella. Mais ceci est une autre histoire.

 

 

 

 

 

 

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