in

Les musulmans voulaient une commission parlementaire sur l’islamophobie, ils auront droit à un débat sur l’islam (1/2)

Il y a à peine une année, 53.4 % de Français ont trouvé que le débat sur l’identité nationale était une “démarche électoraliste”. Aujourd’hui, alors que la liste des candidats pour les élections présidentielles de 2012 ne cesse de s’allonger, on s’apprête à relancer un nième débat sur la laïcité et la place de l’Islam en France.

L’islam occupe le devant de la scène depuis des années en France. Les maisons d’édition et les journaux en profitent pour gonfler leurs tirages. Les émissions de télévision consacrées aux musulmans se multiplient. Beaucoup d’intellectuels viennent sur les plateaux de télévision annoncer l’échec du multiculturalisme en insistant sur la menace de l’islam sur l’identité française. Les hommes politiques, en panne d’idées nouvelles et novatrices, trouvent dans ce climat une véritable aubaine pour mobiliser leur électorat. Une chose est sûre : les Français ne sortiront pas toujours indemnes des amalgames et des confusions que véhiculent tous ces débats sur la question de l’islam. Après un travail intello-politico-médiatique mené sans relâche au cours des derniers mois, on comprend plus facilement les réponses aux questions bêtes et méchantes de certains sondages.

La peur s’est installée dans l’Hexagone. De nombreux Français, pas forcement racistes ou populistes, s’inquiètent de l’influence et « l’excès de visibilité » de l’islam et des musulmans à l’échelle nationale. Si ces angoisses sont en partie le fruit du travail de sape politico-médiatique comme nous l’avons vu plus haut, il y a des questions légitimes que se posent certains citoyens non musulmans. Quoi qu’il en soit, les musulmans de France doivent faire face à ces peurs de façon digne et répondre à ces questions de façon responsable.

La mondialisation et la crise économique

Il n’est pas juste d’imputer les inquiétudes des Français à l’islam, qui serait un facteur de peur. Ce serait trop simple. La mondialisation et la crise économique qui coïncident avec une visibilité croissante de l’islam au sein de l’espace public expliquent le mal-être des Français. La mondialisation a conduit à l’uniformisation et a fait disparaître les frontières économiques, culturelles, voire humaines en Europe. Ceci a poussé beaucoup de Français à se poser des questions sur eux-mêmes : « Qui sommes-nous et qu’allons-nous devenir ? » se disent ils.

La crise économique, avec son lot de licenciements, la cherté de la vie et la paupérisation croissante des ménages, n’a fait qu’aggraver la situation. Tout cela coïncide avec une présence musulmane de plus en plus visible et c’est autour du foulard islamique, la burqa, les mosquées, les minarets et les prières dans la rue, que vont se cristalliser les interrogations et les oppositions parfois violentes. Les amalgames et les raccourcis sont alors vite opérés, entre l’insécurité, le chômage, ou encore le trou de la sécurité sociale et la présence des étrangers notamment musulmans en France.

Depuis quelques années, les musulmans de France font l’objet d’une compagne de diabolisation et de diffamation sans précédent dans l’histoire de la France de l’après-guerre. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un article de journal, une émission de télévision ou de radio, ou bien qu’un homme politique ne se pose la question de savoir si l’islam représente un danger pour la République, si ses valeurs sont compatibles avec la démocratie et si les musulmans peuvent s’intégrer dans une société sécularisée.

L’islam un facteur d’enrichissement culturel ?

Après plusieurs générations, les musulmans de France sont toujours considérés comme des étrangers même s’ils sont ministre, député ou maire. On parle toujours de Français de « souche » par opposition aux Français d’origine « immigrés » qui doivent sans cesse prouver leur appartenance et montrer leur loyauté.

Avoir une réticence pour ce qui est différent peut se comprendre, mais il y a aussi une réalité que tous les Français doivent définitivement accepter. Environ six millions de musulmans vivent légalement en France, où l’islam constitue la deuxième religion. Ces millions de musulmans sont parfaitement intégrés au sein de la société nationale. Ils parlent français, respectent la loi et sont favorables à la laïcité. La société française a changé en l’espace de quelques générations et beaucoup de Français vivent très mal ces mutations. Ils ressentent un malaise qui donne l’impression que la France n’a plus confiance en elle, en ses valeurs, et qu’elle doute en ses capacités d’accepter et d’intégrer les autres même s’ils sont différents car ce sont justement ces différences qui constituent un enrichissement culturel pour la France.

Inquiétudes ou fantasmes ?

Depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001, une nouvelle forme de racisme s’est développée en France. On fait porter la responsabilité de ces attentats odieux sur l’ensemble des musulmans, y compris ceux qui vivent en France. On fait de chaque musulman un intégriste et l’islam est souvent désigné comme une religion d’intolérance et de violence. Ce discours jusque-là réservé à l’extrême droite tend à se normaliser au sein des partis traditionnels, ainsi que chez des intellectuels de renom invités permanents des plateaux de télévision, qui confondent allègrement inquiétudes et fantasmes. Les Français ne connaissent pour ainsi dire rien de ce qu’est l’islam. Et c’est précisément cette ignorance appuyée par un matraquage médiatique orienté, tendant à diaboliser l’islam, qui provoque chez certains la peur de « l’autre », de l’étranger et surtout du musulman. Ils confondent l’islam du cœur avec les discours manipulateurs, ou bien encore les violences qui se manifestent en divers points du monde.

Débat national sur la place de l’islam en France

C’est dans ces conditions que le débat sur l’identité nationale a été lancé il y a tout juste une année. On connaît le résultat. Aujourd’hui, on fait exactement la même chose en relançant le débat sur la laïcité et la place de l’islam en France. On ne peut s’empêcher de penser que les véritables motivations de ce débat sont uniquement électoralistes, comme le pensaient d’ailleurs 53.4 % des Français à propos de celui sur l’identité nationale. Au lieu de faire œuvre de pédagogie en refusant les amalgames, beaucoup d’hommes politiques les alimentent en se contentant de lire des notes administratives.

Enfermés dans leurs bulles, n’ayant plus de vision et en panne d’idées novatrices, ils jouent dangereusement la carte de la peur en entretenant les confusions.

Tout en résistant aux amalgames, les musulmans doivent pourtant répondre aux inquiétudes des Français de façon claire, en se gardant de cautionner les discours politiques qui jouent sur leurs peurs. Ils doivent défendre la dignité humaine, combattre toutes les formes de racisme, respecter la diversité religieuse et agir pour que l’égalité entre les individus soit réelle. Aux côtés des autres religions, ils doivent promouvoir la culture de la paix et du vivre ensemble, favoriser le dialogue entre les cultures et les croyances sans craindre le relativisme. Ils doivent enfin construire un discours responsable qui rassure et qui permettra à l’Islam d’être ce qu’il a toujours été, c’est à dire une religion de tolérance et d’ouverture.

Ces inquiétudes et ces angoisses, on les retrouve aussi chez les Français de confession musulmane, sans cesse victimes d’amalgames et de raccourcis intellectuels et médiatiques qu’entretiennent des responsables politiques censés représenter les valeurs de la République.

Pourquoi n’accède-t-on pas aux mêmes responsabilités selon sa couleur de peau ou la consonance de son nom ? Pourquoi un major de promotion d’une école d’ingénieurs est encore au chômage au bout de deux à trois ans parce qu’il est noir ou arabe, alors que ses camarades ont tous trouvé un emploi ? Pourquoi persiste-t-on à parquer les musulmans dans des ghettos sociaux où s’accumulent les problèmes de chômage, d’insécurité et de marginalité, avec les conséquences que l’on connaît ?

Pourquoi crie-t-on au scandale parce que des musulmans prient dans la rue, sans jamais se demander pourquoi ces mêmes musulmans sont obligés de prier sur le bitume, dans le froid et parfois sous la pluie ? Dénoncer toutes ces injustices ne suffit plus aujourd’hui. Il faut se donner les moyens de les éradiquer ou du moins les minimiser. Les musulmans de France ont souvent droit à de grands discours sans portée pratique. Il faut que cela change, car s’ils ne doivent pas avoir plus de droits que les autres, il faut en revanche veiller à ce qu’ils n’en aient pas moins que les autres.

Construction de mosquées et révision de la Loi 1905

Contrairement aux idées reçues, le nombre de mosquées est très insuffisant en France. A titre de comparaison, alors qu’il y a environ 2000 lieux de culte pour 6 millions de musulmans en France, on en compte 3000 pour 3 millions de musulmans en Allemagne et 1600 pour 2 millions de musulmans en Grande Bretagne. Et encore, les mosquées de France sont dans leur immense majorité des salles de prière, dont la superficie ne dépasse pas les 100 à 200 m².

Cet énorme écart explique la très forte demande de constructions de lieux de culte en France. Il suffit d’aller dans certaines villes pour s’apercevoir que les fidèles musulmans s’entassent les uns sur les autres pour accomplir leurs prières, dans des conditions parfois inhumaines et dans des lieux de culte qui ne répondent pas du tout aux conditions de sécurité. Pour remédier à ce problème, les hommes politiques se contentent d’ouvrir périodiquement le dossier du financement de la construction des lieux de culte musulman et de la révision de la loi 1905, sans que cela n’aboutisse à des propositions concrètes.

Il ne s’agit pas de procéder à des aménagements de la Loi 1905 et encore moins la modifier pour permettre aux musulmans de pratiquer leur culte dans des conditions dignes. Il s’agit surtout d’une application stricte et égalitaire de cette loi. Très souvent, ce sont les permis de construire et les lenteurs administratives qui freinent la construction de nouveaux lieux de culte musulmans, quand ce n’est pas le maire lui-même qui est poussé par les riverains à préempter des terrains ou des locaux que les musulmans étaient prêts à racheter. Dès qu’il s’agit de les aider à pratiquer leur culte dans les mêmes conditions de respect et de dignité que les autres religions, les musulmans sont confrontés à une conception fermée, littéraliste voire sectaire de la laïcité de la part de certains hommes politiques.

Pour financer la construction de lieux de culte plusieurs pistes sont possibles : les baux emphytéotiques d’une durée maximale de 99 ans, qui permettent aux mairies de louer aux musulmans un terrain en échange d’un loyer parfois très symbolique, les emprunts à taux zéro et les avantages fiscaux prévu par la Loi en faveur des associations cultuelles. Mais il faudra un jour que les marchés du halal (estimé à environ 10 milliards d’Euros) et celui du pèlerinage (autour 250 millions d’Euros) puissent participer à la construction de lieux de culte.

Mais au-delà de ces considérations, tous ces débats doivent se faire au niveau départemental et local entre les municipalités et l’ensemble des responsables musulmans locaux, qui doivent apprendre à travailler ensemble, afin d’établir une cartographie des mosquées permettant d’avoir une vue d’ensemble sur l’exercice du culte musulman. Si beaucoup de maires ont enfin compris l’importance de la présence de mosquées décentes et identifiées dans leurs villes, certains sont encore très mal à l’aise quand ils reçoivent des demandes de lieux de culte, ne sachant pas quoi faire. Quand ils ne font pas traîner ces dossiers ou opposent une fin de non recevoir, ils privilégient les discussions isolées, qui très souvent ne règlent pas le problème dans sa globalité.

(à suivre)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les jeunes lycéennes de Saint Ouen, passibles d’une exclusion pour port de longues robes unies, témoignent

José Garcia trinque Halal au salon Porte de Versailles, et il aime ça !