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Les bienfaits du jeûne sur le plan individuel et sociétal

L’islam est aujourd’hui la deuxième religion de France. Chaque année, les musulmans jeûnent durant le mois du Ramadan, ce mois béni où le Coran est descendu jusqu’au ciel le plus proche. Ce pilier de l’islam n’invite pas seulement le croyant à s’abstenir de manger et de boire, mais exige aussi de lui de travailler sa spiritualité afin de devenir meilleur et d’accéder à la proximité de Dieu. Dieu souligne cet objectif fondamental du jeûne en disant : « Ô croyants ! Le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit aux peuples qui vous ont précédés, afin que vous manifestiez votre piété » (2 : 183).

En quoi consiste cette piété que le croyant doit manifester ? Selon Ibn Mas‘ûd, il s’agit d’obéir à Dieu et de ne pas Lui désobéir, de L’évoquer et de ne pas L’oublier, de se montrer reconnaissant envers Lui et de ne pas renier Ses bienfaits. Quant au fait de s’abstenir de manger, de boire, et d’avoir des relations charnelles durant la journée, il s’agit, de la part du croyant, d’un acte de foi témoignant de son obéissance à Dieu. En jeûnant, il prouve à Dieu qu’il a privilégié Son obéissance sur les biens et plaisirs éphémères de ce bas monde. Cette abstinence met aussi  le croyant en condition d’atteindre plus facilement son objectif : manifester sa piété. Plusieurs textes soulignent qu’il existe une relation forte entre l’âme et le corps.

Afin que le croyant atteigne l’objectif du jeûne, Dieu instaure tout au long du mois de Ramadan un climat favorisant une rupture partielle avec ce bas monde. Il l’incite à lire le Coran, à accomplir de bonnes actions, à prier la nuit, à faire une retraite spirituelle de dix jours à la mosquée, etc. Dieu exige même du croyant qu’il s’acquitte d’une aumône (zakât al-fitr) à la fin du jeûne, afin qu’il n’oublie pas, qu’au-delà de sa relation « verticale », Dieu attend de lui qu’il améliore sa relation « horizontale ». Cela explique pourquoi le croyant doit aussi s’abstenir de faire du mal à autrui avec sa langue lorsqu’il jeûne.

Le Prophète (prière et salut de Dieu sur lui) dit à ce sujet : « Quand l’un de vous jeûne, qu’il évite l’obscénité et la grossièreté. Si quelqu’un l’attaque ou l’insulte, qu’il dise : ‘Je jeûne’ » (rapporté par al-Bukhârî et Muslim). Afin de maintenir cette dynamique, Dieu incite aussi les croyants à jeûner en dehors du mois du Ramadan : il s’agit du jeûne surérogatoire. La perfection se trouvant dans l’équilibre et le juste milieu, le Prophète (prière et salut de Dieu sur lui) dit que le meilleur des jeûnes est celui du Prophète David qui jeûnait un jour sur deux (rapporté par al-Bukhârî et Muslim).

En conclusion, lorsque le croyant jeûne (de façon obligatoire ou surérogatoire) en respectant les recommandations du Prophète (prière et salut de Dieu sur lui) pour atteindre la piété, il acquiert de la maîtrise, de la patience, de la générosité, de la crainte, de l’humilité, etc., ainsi que des qualités qui font de lui un modèle positif dans la société. S’il s’avère que cette positivité ne se manifeste pas, c’est parce que le musulman se satisfait (trop souvent) de s’abstenir de manger et de boire sans aller plus loin. Le respect des conditions valide le jeûne sur un plan juridique, mais ne produit pas véritablement les résultats attendus. Cela explique que nous trouvions des musulmans qui jeûnent tout en demeurant nocifs pour leur environnement.

De quelle manière le jeûne peut-il améliorer l’individu ainsi que la société ? Il ne fait aucun doute que la répétition d’un acte cultuel purifie le cœur du croyant et le rend meilleur avec le temps, à condition que l’acte en question soit accompli avec sincérité et qu’il soit accompagné des recommandations prophétiques. Lorsque le jeûneur s’efforce de contrôler sa langue pour ne pas insulter une personne ou ne pas médire d’elle, l’effet sur le cœur ne se fait pas attendre. En répétant cet effort, le vice ancré dans la poitrine du jeûneur commence à s’effacer. La réforme du cœur de l’homme a pour conséquence de produire un changement sociétal sur le long terme, car une société se construit autour d’hommes et de femmes.

Si ces derniers prônent une bonne éthique, alors la société qu’ils construiront reflétera cette même éthique. Cet ordre des choses est rappelé par Dieu, lorsqu’Il dit : « En vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple tant que les hommes qui le composent n’auront pas modifié ce qui est en eux-mêmes » (13 : 11). La dynamique du changement (ou de la réforme) est tellement puissante dans le jeûne, que Dieu imposa cette adoration aux juifs et aux chrétiens avant même la naissance de l’islam. Dieu dit : « Ô croyants ! Le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit aux peuples qui vous ont précédés, afin que vous manifestiez votre piété » (2 : 183). Une société où juifs, chrétiens et musulmans jeûnent pour manifester de la piété et plaire à Dieu est une société vivante qui ne cesse de se régénérer. Les trois religions monothéistes devraient d’ailleurs créer davantage de ponts entre elles durant leur période respective de jeûne et s’ouvrir davantage à la société par leur générosité.

Qu’en est-il du jeûne de l’enfant ? Il ne fait aucun doute que les parents doivent inciter leur enfant à jeûner durant le mois du Ramadan. Comme tout être humain, il a lui aussi besoin de purifier son cœur, dont ses parents ignorent souvent les traumatismes. Posons-nous les questions suivantes : que deviendra un enfant qui ne jeûne pas, qui ne s’intéresse pas au Coran et à son message, lorsqu’il deviendra adolescent ? Que produira-t-il de positif dans la société où il évoluera ? L’enfant à donc besoin de jeûner afin de maîtriser sa langue et son corps, de se contenter du peu qu’il possède, d’apprendre à faire face à la surconsommation, etc. Les parents doivent l’encourager à jeûner, à lire et à comprendre le Coran et à se tourner vers Dieu en priant.

Certains parents n’incitent pas leur jeune enfant à jeûner, car les journées sont longues (juin/juillet). Pour d’autres, la question est abordée sous l’angle juridique, c’est-à-dire, qu’ils ne voient pas pourquoi leur enfant jeûnerait, alors qu’il n’a pas encore atteint l’âge de la puberté et que l’acte de jeûner n’est pas obligatoire. Est-ce qu’ils auraient peur de voir leur enfant souffrir de la faim et de la soif ?! Les parents doivent se montrer très méfiants, car ces diverses pensées sont exploitées par Satan. Cet ennemi déclaré de Dieu maintient cette inquiétude (ou peur) chez les parents, jusqu’à que leur enfant ait grandi. Arrivé à l’âge adulte, ce même enfant doit redécouvrir le jeûne. Dans des cas extrêmes, c’est l’islam tout entier qu’il doit redécouvrir. Il est donc très important de l’habituer à jeûner avant l’âge de la puberté, ne serait-ce que les dix derniers jours du mois de Ramadan afin d’habituer son corps et son âme à ce culte. Certains parents font jeûner leur enfant sur des périodes plus courtes, jusqu’à midi par exemple, ou jusqu’à la fin d’après-midi. À chacun de s’adapter selon ses conditions de vie et l’âge de l’enfant. Le plus important étant de participer réellement au jeûne pour que l’accès à l’acte « obligatoire » soit facilité par la suite.

Si les conséquences positives du jeûne ne se manifestent pas dans notre société, c’est aussi parce que des musulmans lui donnent une couleur folklorique, avec un accent sur la qualité du repas lors de la rupture du jeûne. Toutefois, les musulmans des nouvelles générations sont de plus en plus nombreux à abandonner cet aspect culturel du jeûne, pour s’orienter vers une combinaison riche et intéressante qui veut que le croyant se concentre sur sa relation « verticale » tout en étant un acteur positif dans sa relation « horizontale ».

Depuis plusieurs années, de nouvelles et belles initiatives voient le jour en France. Par exemple, le secours islamique organisa dans la région parisienne au cours du mois du Ramadan 2013, une opération appelée « Les tables du Ramadan[1] ». Au moment de la rupture du jeûne, des Français (musulmans ou non) se retrouvaient autour d’un repas amical et fraternel. Des liens étaient parfois tissés. De même, lors du mois de Ramadan 2014, le restaurant « La table servie » situé à Corbeil-Essonnes décida d’offrir un repas aux convertis, à l’heure de la rupture du jeûne, afin qu’ils ne rompent pas le jeûne isolément. Cette activité fut lancée en partenariat avec l’association « Entraide et solidarité » qui accueillit dans son local près de 120 personnes (musulmanes ou non) chaque soir[2]. Chaque année, des actions sociales sont lancées localement par des musulmans vis-à-vis de la population française sans tenir compte des origines ou des croyances, mais avec pour unique but de manifester concrètement cette piété voulue par Dieu. Ces Français de confession musulmane revivifient ainsi la tradition prophétique (sunna) dans une société laïque.

Ils prouvent par leurs actes qu’il est possible d’être croyant en France et de suivre l’exemple prophétique rapporté par al-‘Abbâs qui dit : « Le Prophète (prière et salut de Dieu sur lui) était un des hommes les plus généreux ; mais il l’était plus encore pendant le mois du Ramadan quand il recevait l’ange Gabriel. Celui-ci venait le visiter chaque nuit de ce mois béni et il en était ainsi jusqu’à la fin du mois. Lors de ses visites, le Prophète (prière et salut de Dieu sur lui) lui soumettait la récitation du Coran. Après chaque visite, le Prophète (prière et salut de Dieu sur lui) se montrait plus généreux que le vent qui amène la pluie » (rapporté par al-Bukhârî). Malheureusement, ces dynamiques positives sont ignorées des médias.

Que Dieu fasse de nous des acteurs positifs reflétant la miséricorde divine en France. Amin.

 

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