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Le nombre de français tués est la meilleure garantie d’un bon audimat

“Tunis, Vingt trois morts, DONT DEUX FRANCAIS”

Mondafrique: Après chaque attentat, tombe le verdict macabre. Mais seul compte pour les journalistes et pour les présentateurs, le nombre de français qui ont été tués. Du coup, les cent quarante victimes des attentats suicide au Yémen (dont zéro français), passent presque inaperçues.

Tunis, vingt et un morts dont deux français". Puis ce sera "vingt morts dont deux français". Et puis: "Six français parmi les blessés, dont trois graves". Et aussi "Bamako, cinq morts, dont un français". Pour de nombreux présentateurs et journalistes, le nombre de français tués est la meilleure garantie d'un bon audimat, et donc la seule information qui vaille. Le nombre de victimes reste secondaire. On ne dit pas enore "dont deux français innocents", comme l'avait malencontreusment déclaré feu l'ancien premier ministre Raymond Barre, à propos des victimes de l'attentat contre une synagogue parisienne, mais c'est tout comme. 

L'attaque terroriste contre le musée du Bardo fut exemplaire de ce travers médiatique. Les infos ne furent données, au départ, qu'au compte goutte. Pas un français n'apparaissait dans les communiqués du ministère tunisien de l'intérieur parmi les morts. Que faire? Les médias hexagonaux se rabattaient sur les blessés: "Six français parmi les blessés, dont trois graves", Donc possiblement capables de passer de vie à trépas. Voici une mise en scène macabre qui redonna, pendant quelques heures, de la visibilité à l'événement. Puis la litanie a repris: "Vingt et un morts, dont deux français", qui furent trois sur une chaine de télévision en continu pendant quelques heures.  

Dont zéro français

Le djihad traverse les frontières, mais la médiatisation reste en France clochemerlesque. Deux jours après l'attaque terroriste du musée du Bardo à Tunis, des attentats suicides causent la mort de cent quarante deux personnes au Yémen. C'est à peine, à l'exception notamment du "Monde", si les médias ont prèté attention à ce nouveau drame du terrorisme. Au Yémen en effet, aucun français n'apparaissait parmi les victimes, le tourisme occidental n'est guère affecté. Il s'agit donc d'un non événement. 

Autre exemple de cette sélectivité médiatique, une vingtaine de soldats tunisiens ont été tués, en juillet 2014, dans les montagnes proches de la frontière algérienne par un commando terroriste. Soit autant de victimes que lors de l'attaque du Prado.  Mais on compte peu de français dans l'amée tunisienne, pour ne pas dire pas du tout. Et les monts Chaambi où eut lieu cet affrontement, c'est loin, c'est même très loin et en plus impossible à prononcer. Du coup, cette attaque terroriste  n'a eu droit qu'à des brèves dans la presse française, alors qu'elle constituait un terrible précédent. A même d'alerter l'opinion publique française des périls que court aujourd'hui la Tunisie face au terrorisme.

Dans les écoles de journalisme, on enseigne encore la triste "loi de proximité". Plus l'événement se produit près des lecteurs, apprend-on, plus ces derniers ont des chances de s'y intéresser. Cette loi est à suivre avec modération, alors que le terrorisme se fait planétaire. Pour comprendre les ressorts du phénomène, il est temps d'échapper  à une vision bètement hexagonale. 

"Je suis Charlie", "je suis Bardo", proclament les foules à Paris et à Tunis habitées par un sentiment universel de solidarité. Pourquoi magnifier, jusqu'à la saturation, cette résistance et ne compter que "nos" seuls morts?

 

 

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