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L’art comme antidote au Coronavirus : c’est ce que veulent croire de jeunes artistes arabes

Elles se nourrissent de leurs propres émotions pour mieux émouvoir celles et ceux qui les contempleront, les œuvres originales conçues par de jeunes artistes arabes aspirent à une seule chose : exorciser les peurs face au virus qui sème l’effroi partout, de l’Orient à l’Occident.

L’art comme antidote à l’angoisse qui étreint un monde irréel, aux paysages urbains fantomatiques, telle est la conviction profonde qui les anime. Poussés par une impulsion créative que le fléau du Covid-19 a rendue irrépressible, ces jeunes peintres et graphistes issus de la galaxie arabo-musulmane transmettent aujourd’hui leur message à la forte puissance évocatrice.

Alors que son pays, l’Arabie saoudite, a dû se résoudre à prendre des mesures exceptionnellement drastiques – la fermeture des deux hauts lieux saints de l’Islam, les majestueuses Mosquées Masjid al-Harâm, à La Mecque, et Al-Masjid Al-Nabawi, à Médine, la suspension de la Omra (le petit pèlerinage), l’instauration d’un confinement national complété par un couvre-feu, et selon toute vraisemblance, l’annulation du Hajj – l’artiste saoudienne Lina Amer a puisé son inspiration dans la science et la religion.

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Elle a ainsi peint un cœur humain sur lequel des tapis de prière sont imprimés, afin d’illustrer le désir des musulmans pour les mosquées et l’accomplissement de leur devoir religieux. La légende a la résonance d’un mot d’ordre désormais universel : « Priez à la maison ».

« Dans tous les pays musulmans, l’appel à la prière a en partie changé, les muezzins ont dû remplacer l’avant-dernière partie de l’adhan – «Hayya Alasalah» (venez à la prière) par « priez où vous êtes» ou « priez chez vous» », a-t-elle souligné.

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A l’heure où la nécessaire distanciation sociale impose de ne plus se serrer la main, l’artiste conceptuel Yasmin a éclairé son œuvre à la lumière d’un verset du Coran pour alerter sur la dangerosité que revêt désormais ce geste banalisé de politesse. Un verset riche de sens :

 « Si tu tends la main vers moi pour me tuer, je ne tendrai pas ma main vers toi pour te tuer, car je crains Allah, le Seigneur de l’Univers » (5:28).

Peintre et graphiste, toutes les pensées de l’Omanaise Asma Kharis sont tournées vers les jeunes femmes sur le point de convoler en justes noces, au moment où un redoutable virus a surgi et s’est propagé à la vitesse de la lumière. De leur mariage contrarié est née l’idée créative de remplacer, dans son écrin, la bague de fiançailles par un gel anti-bactérien, signifiant ainsi que les désinfectants sont plus précieux que tous les bijoux, aussi inestimable soit leur valeur, car ils contribuent à préserver ce bien vital qui n’a pas de prix : la santé.

« Mon dessin vise aussi à consoler ces futures jeunes mariées, en leur rappelant qu’en consentant au sacrifice du plus beau jour de leur vie, elles font preuve d’un grand sens des responsabilités vis-à-vis de l’ensemble de leurs concitoyens », a-t-elle expliqué.

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De son côté, Sayed Al-Majed, un artiste du Bahreïn, a souhaité rendre hommage aux soignants. Il a dessiné un membre du corps médical emmitouflé dans sa tenue de protection, la main levée formant le V de la victoire, en signe de résilience face au mal absolu. Au cercle qui entoure le héros en blouse blanche et illustre la Terre, s’ajoute une ligne blanche qui se termine par l’éclosion d’un coeur, symbole de vie, d’amour, d’espoir.

« A mes yeux, les artistes ont la responsabilité éthique et sociétale de lutter, à travers leur art, contre cette pandémie meurtrière et tous les bouleversements qu’elle engendre. C’est ma manière de saluer nos défenseurs de l’humanité : les personnels soignants », a-t-il confié.

« J’espère que les artistes joueront un rôle positif dans cette période très difficile et stressante, qui est remplie d’incertitudes », a déclaré l’artiste koweïtienne Amal Al-Ajmi. Désireuse d’apporter un peu de légèreté dans une atmosphère ambiante anxiogène, elle a usé de la dérision pour faire sourire dans les chaumières. En légende de sa peinture qui représente une femme en niqab et un homme portant un masque facial, elle a écrit avec une pointe d’ironie : « C’est l’ère des hommes niqabis ».

Son dessin se veut être une réponse caustique au tweet d’un influenceur saoudien, ardent promoteur du port du niqab, qui a fait couler beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux  : « Les gens font la course pour acheter des masques de protection contre le virus, alors même que l’islam a découvert le traitement il y a 1400 ans, quand il a ordonné le port du niqab comme protection contre tous les virus. »

Ibrahim Al-Baker a, pour sa part, reconceptualisé le chef-d’oeuvre de la Renaissance signé Michel-Ange : « La création d’Adam ». Il a peint la main d’une femme ornée de henné qui est tendue vers celle de l’homme qui la courtise avec assiduité. Ce dernier tient dans sa main un gel anti-bactérien qu’il offre à l’élue de son coeur. En légende, on peut lire : « Je me tiens à votre porte, perplexe et aseptisé ».

L’artiste libyen Razan Al-Naas et le designer Anas Al-Absi ont, eux aussi, été fortement inspirés par les mains de Michel-Ange et les gels anti-bactériens censés être l’un des meilleurs remparts à l’extrême contagiosité du Covid-19. Pour Anas Al-Absi, c’est la main de Dieu qui tend le désinfectant à Adam.

Enfin, l’artiste marocain Ichraq Bouzid a voulu décrire l’impact de l’impérieuse nécessité de prendre ses distances sur la légendaire hospitalité arabe, en particulier à l’heure de partager un délicieux thé à la menthe.

Véritable art de vivre, la dégustation du thé à la menthe ne capitulera pas devant le virus qui fait trembler le monde … A l’image des deux femmes qui ont pris forme sous son crayon, et qui sont résolues à perpétuer cette tradition immuable, chacune à sa fenêtre, le thé à la menthe continuera longtemps de rapprocher les gens, malgré le Coronavirus qui éloigne les uns des autres. La légende est à cet égard éloquente : « Histoire de confinement : si proches, peu importe la distance ».

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