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La Malaisie, entre électronarcose et scandale Cadbury, peut-elle prendre le leadership du halal ?

Grande par l’engouement planétaire qu’elle suscite, petite par la niche économique qu’elle représente, – même si sa diversification constante et le nombre de ses consommateurs potentiels (1,6 milliards) relativisent la petitesse de son segment de marché -, l’industrie du halal vaut son pesant d’or (500 milliards de dollars) dans la balance du commerce mondial, progressant au rythme soutenu de 15% par an, voire plus, entre 15% et 20%, dans un proche avenir qui s’annonce sous les meilleurs auspices.

Essentiellement agro-alimentaire, l’élargissement de son champ d’activités aux plats préparés et surgelés, très prisés, aux boissons, aux médicaments, ainsi qu’aux cosmétiques qui font fureur au point de dépasser de loin la part du marché du Bio, l’a imposée dans la cour des grands. Débarrassés de tout a priori négatif stérile, le Brésil, le Japon, l’Australie, l’Argentine s’y intéressent notamment de très près, tandis que sa stricte conformité aux normes islamiques, ses vertus hygiéniques, et sa traçabilité commerciale dûment authentifiée séduisent un nombre croissant de musulmans disséminés aux quatre coins du globe.

N’y aurait-il donc aucune ombre au tableau pour ternir ce petit miracle industriel, capable de défier la crise et de tenir la dragée haute à la concurrence sans foi ni loi ? Outre les cris d’orfraie des grands pourfendeurs de l’islam qui crient à « l’halalisation » de l’Occident jusqu’à être aphones, les fraudes au halal à répétition qui ont défrayé la chronique de la grande distribution et scandalisés les musulmans, les infortunés dindons de la farce, les ambitions clairement affichées par la Malaisie quant à faire autorité en matière de certification posent question à la lumière de deux anomalies que d’aucuns considèrent comme des failles rédhibitoires : sa pratique de l’électronarcose et la découverte de traces de porc dans les chocolats Cadbury, tout droit sortis des usines de Cadbury Malaisie.

Grâce à une stratégie offensive qui a fait la démonstration de son efficacité, la destination phare du tourisme halal et premier pays exportateur de produits halal dans le monde ne vise désormais que les premières places, ainsi en va-t-il de son organisme de certification JabatanKemajuan Islam Malaysia (JAKIM) promis aux plus hautes destinées et à un rayonnement planétaire.

Président d’une commission parlementaire sur le halal, le député malaisien, Datuk Hamim Samuria, avait, en 2013, donné le ton d’une grande ambition nationale tout entière tournée vers le label halal et placée sous le signe de l’exigence afin de satisfaire les consommateurs musulmans où qu’ils se trouvent, rien ne devant être négligé, le packaging et l’étiquetage n’échappant pas à cette démarche d’excellence visant le « zéro défaut ».  En 2012, et au cours du premier semestre 2013,  les pays du Moyen-Orient, mais aussi les États-Unis et la Chine ont été les principaux importateurs des produits malaisiens estampillés halal, pour la plus grande satisfaction des autorités du pays qui voyaient là leur stratégie de développement axée sur la clientèle non musulmane porter ses fruits.

Sur son piédestal du halal, la Malaisie accepte, via son organisme JAKIM, ce que les organismes français tels que Achahada, AVS et Halal Service refusent de manière irrévocable car jugé irrecevable : le recours à l’électronarcose, ce procédé provoquant l’étourdissement de l’animal suite à la traversée du cerveau par un courant électrique. Pour couronner le tout, l’ombre du doute, née de la retentissante affaire Cadbury, n’est pas prête de se dissiper, laissant surtout percevoir un certain niveau de défaillance dans les « plus hauts niveaux de normes d’étiquetage des produits », tels que loués par Cadbury Malaisie dans la tourmente.

   

Seul organisme français à être reconnu par la Malaisie, la Grande Mosquée de Lyon, réputée pour le sérieux de sa certification qui a notamment convaincu l’enseigne Quick de se fier à l’expertise de ses contrôleurs pour ses restaurants halal après avoir fait appel à la Grande Mosquée de Paris, a obtenu une reconnaissance que lui envient la Grande Mosquée de Paris et l’Association Finistérienne pour la culture arabo-islamique (AFCAI), actuellement dans l’attente qu’une mission d’évaluation du JAKIM soit déléguée sur place pour tester leurs méthodes. Il est à noter que l’AFCAI est l’organisme certificateur attitré du groupe agro-alimentaire Doux.

Alors que le marché global du halal affiche une santé éclatante dans un ciel radieux, où tous les indicateurs sont au beau fixe – son poids, qui n’a rien d’un poids plume, étant estimé à 2 500 milliards de dollars d’ici à 2025, soit pesant presque aussi lourd que le PIB de la France, 5ème puissance mondiale, qui est de l’ordre de 2 700 milliards de dollars -, la Malaisie peut-elle légitimement briguer le leadership mondial de la certification étatique, et ce même si elle s’est donnée les moyens de ses hautes ambitions ?

La rédaction d’Oumma.com

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