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Jacques Baud, l’ancien espion qui aimait Poutine

Alors que l’immense majorité de la population prend faits et causes pour le peuple ukrainien, martyrisé par une armée russe aux méthodes moyenâgeuses, Jacques Baud, ancien espion suisse, publie Poutine, maître du jeu ?, apporte un soutien sans nuance au maître du Kremlin (1).      

L’ancien membre du renseignement stratégique suisse n’est pas un inconnu. Jacques Baud s’est fait un nom dans le monde de l’espionnage, il y a plus d’un quart de siècles, en publiant une Encyclopédie du Renseignement et des Services Secrets, suivi d’une Encyclopédie du terrorisme. Oumma lui a déjà donné la parole à deux reprises. L’ancien colonel, expert en armes chimiques et nucléaires, ne se gênait pas pour tenir des propos que certains qualifieraient d’iconoclastes. « Ben Laden derrière le 11 septembre? C’est  toujours une supposition », lâchait-il en 2009, avant d’ajouter en 2016 que la mort du fondateur d’Al-Qaïda était une « imposture ». Selon lui, Ben Laden aurait été mis en résidence surveillée par les Pakistanais depuis des années. « C’est donc un prisonnier qu’un commando américain a exécuté en 2011 (…) une mise en scène en vue de préparer la campagne présidentielle d’Obama ».

Aujourd’hui, l’ancien espion ne se sert plus de sa plume pour disserter sur le terrorisme, mais pour prendre la défense systématique de Vladimir Poutine, au moment où ses soldats tentent de noyer sous les bombes tous ceux qui lui résistent en Ukraine. Il faut le dire d’entrée de jeu : l’ouvrage est plus que partial. Pour la plupart des spécialistes de la Russie et de l’Ukraine, Jacques Baud aurait tristement sombré dans le complotisme. Certains vont jusqu’à l’accuser d’être carrément à la solde du Kremlin. En effet, il est difficile de suivre un auteur qui écrit à la page 221 : « Vladimir Poutine n’avait vraisemblablement aucune intention d’attaquer l’Ukraine à la fin 2021-début 2022, comme l’avaient dit les Ukrainiens eux-mêmes ». Alors que l’ouvrage Les nouvelles menaces sur notre monde vues par la CIA rappelle que pendant tout l’hiver les autorités américaines ont révélé les préparatifs de l’armée russe aux frontières de l’Ukraine, dévoilant à l’avance les futurs axes d’attaque, notamment Kiev, Kharkiv, Marioupol (2).

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Le succès des thèses de Poutine    

Pour Jacques Baud, Vladimir Poutine ne veut ni s’emparer de l’Ukraine, ni la détruire. Il n’a envoyé ses troupes que pour la démilitariser et la dénazifier. Car, assure-t-il, les milices d’extrême-droite et ultra-nationalistes, à l’œuvre contre les populations russophones dans le Donbass et dans le secteur de Marioupol, seraient « formées, financées et armées depuis 2014 par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et le Canada ». A aucun moment l’ancien espion ne parvient à nous démontrer que la France, par exemple, soutient activement ces milices ukrainiennes d’extrême-droite. Or, en raison même du nombre de reporters venus du monde entier pour couvrir la guerre en Ukraine, nous aurions forcément des documents, des photos, des témoignages. En revanche, Jacques Baud n’hésite pas à affirmer que « les vidéos montrant des civils cherchant à quitter Marioupol et tabassés par les combattants du régiment Azov sont naturellement soigneusement censurées chez nous ».

Malgré toute la sympathie qu’éprouvent les Français pour les Ukrainiens, l’ouvrage Poutine, maître du jeu ? , loin d’être boudé, se vend fort bien. Ce succès rejoint un sondage publié il y a quelques semaines dans Le Journal du dimanche : Plus d’un Français sur deux croit à au moins une des thèses de Poutine ! Pour certains, l’intervention russe est soutenue par les Ukrainiens russophones souhaitant se libérer des persécutions, pour d’autres, l’Ukraine est gouvernée par une junte infiltrée par des mouvements néonazis… Selon Jacques Baud, même si Vladimir Zelensky, le président ukrainien, est juif, « l’extrême-droite et néo-nazis ukrainiens entretiennent aujourd’hui des liens ambigus avec la communauté juive, qui alarment d’ailleurs la communauté juive internationale ». Le sondage du JDD montrait que les électeurs les plus perméables aux discours de Poutine étaient ceux de Marine Le Pen (51%), de Jean-Luc Mélenchon (50%), et d’Éric Zemmour (37%).

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Navalny victime d’une intoxication alimentaire…    

Dans son ouvrage, Jacques Baud ne ménage pas non plus les ex-pays de l’Est. Les Pays baltes seraient « dépourvus de toute tradition démocratique, animés par une haine quasi-atavique des Russes », et « pourraient être à l’origine de pogroms ou d’exactions ». Quant aux autres pays qui ont pu échapper à la dictature du prolétariat après la chute du mur de Berlin, « pour eux les valeurs de la démocratie et des droits de l’homme restent, malgré tout, très secondaires ». En revanche, l’ancien espion ne peut s’empêcher de tresser des louanges à Vladimir Poutine qui n’aurait jamais connu un taux de popularité inférieur à 59 %. Celui-ci aurait même grimpé en février 2022 à 71 %. Jacques Baud en profite pour s’en prendre aux adversaires du maître du Kremlin, notamment à Alexeï Navalny, qui, selon lui, n’a jamais été empoisonné. Il aurait été simplement victime d’une… intoxication alimentaire, à moins qu’il ne s’agisse… d’une mauvaise combinaison de médicaments.

Il est difficile d’imaginer qu’à l’âge de la retraite, l’auteur de l’ Encyclopédie des terrorismes et violences politiques ait pu accepter un ouvrage de commande copieusement rémunéré. Ce serait également lui faire injure d’imaginer qu’il soit devenu un adepte des théories du complot. Mais malgré les promesses répétées de son éditeur, Jacques Baud, que nous connaissons depuis fort longtemps, n’a pas souhaité répondre à nos questions.

  • Éditions Max Milo, 294 pages, sorti le 16 mars 2022.
  • Éditions des Équateurs.

 

  

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Un commentaire

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  1. L’auteur vous a répondu, je ne suis pas très connaisseur de ces cghoses mais son droit de réponse m’a semblé moins partial que votre attaque. Des amalgams, des sentiments, de l’Occidentalisme. Et vous prêtez à tort je vous assure aux Français de croire aux récits les plus diffusés sur la guerre en Ukraine, ils peuvent avoir des doutes quand bien même ils se soucient du sort des Ukrainiens et leur portent secours. Renvoyer le doute à l’extrême-droite est un argument très faible.

    Que le soutien aux milices ultra-nationalistes en Ukraine ne soit pas clairement démontré s’agissant des services Français depuis 2014, ne démontre rien, en général on ne peut pas démontrer ces choses.

    Je ne sais pas pourquoi mais votre genre d’article provoque mon aversion, il n’est qu’en apparence bien tourné, rempli de sentiments, d’à-peu-près dignes des grands médias que personne ne supporte plus.

    Croissant de lune.

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