Le projet de "Conseil de paix" de Trump impose une vision coloniale des relations internationales, excluant les Palestiniens des décisions sur leur avenir.
POURQUOI LIRE :
- Analyse des implications du Conseil de paix sur Gaza.
- Critique de la vision néocoloniale de la paix.
- Réflexion sur le rôle des puissances dans les conflits.
Derrière les mots rassurants de « stabilité » et de « paix durable », le projet de “Conseil de paix” porté par Donald Trump révèle une vision brutale et profondément néocoloniale des relations internationales. Présentée comme une alternative plus “efficace” aux institutions existantes, cette initiative repose en réalité sur une idée simple et glaçante : la paix se décide entre puissants, se finance à prix d’or et s’impose aux peuples concernés. Gaza en est l’exemple le plus frappant — et le plus inquiétant.
Gaza comme prétexte diplomatique
À l’origine, le Conseil de paix devait superviser la reconstruction de Gaza après des mois de destructions massives. Mais la charte du projet, telle qu’elle circule aujourd’hui, vide rapidement cette promesse de sa substance. Le territoire palestinien disparaît presque du texte, remplacé par un objectif vague : résoudre les conflits armés dans le monde. Gaza devient une vitrine, un prétexte de lancement, pas une priorité politique.
Plus grave encore, les Palestiniens n’y apparaissent jamais comme des acteurs légitimes. Aucun représentant palestinien, aucune autorité élue, aucune organisation issue du terrain n’est appelée à participer aux décisions sur l’avenir de Gaza. On parle de reconstruction, de gouvernance, de sécurité — mais jamais de souveraineté, de droits, ni même de parole palestinienne.
Une paix imposée, contre les peuples et le multilatéralisme
Ce silence n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans une longue tradition coloniale où des puissances extérieures prétendent décider pour un territoire sans consulter ceux qui y vivent. Le Conseil de paix de Trump s’inscrit pleinement dans cette logique. Gaza n’est pas vue comme un espace politique habité par un peuple, mais comme un problème à gérer, un territoire à pacifier.
Dans ce schéma, la paix n’est plus le résultat d’un processus politique inclusif. Elle devient une opération technocratique, menée par des dirigeants étrangers, des diplomates occidentaux, des financiers et des milliardaires. Autrement dit, une paix sans justice, sans mémoire et sans responsabilité.
Le projet assume à peine son hostilité envers l’Organisation des Nations unies. La charte critique des institutions jugées trop lentes, trop contraignantes, trop inefficaces. En clair : trop attachées au droit international, trop respectueuses de l’égalité entre États, trop attentives aux revendications des peuples dominés. En proposant une structure parallèle, Trump ne cherche pas à améliorer le multilatéralisme. Il cherche à le contourner. Le Conseil de paix remplace le droit par la sélection, la délibération par l’invitation, et la légitimité par l’argent.
Un milliard pour siéger, zéro pour exister
Le cœur idéologique du projet tient en une phrase : pour conserver un siège au-delà de trois ans, un État devra verser plus d’un milliard de dollars en espèces. Ce n’est pas un simple mécanisme de financement. C’est un filtre politique. Un test d’allégeance. Une façon d’exclure automatiquement les pays pauvres, les États marginalisés, ceux qui subissent les conflits sans jamais les décider.
Dans ce système, Gaza n’a aucune chance. Les Palestiniens, déjà privés d’État et de droits fondamentaux, sont désormais privés de toute voix dans une instance censée décider de leur avenir.
Trump au centre, décider sans les peuples
Donald Trump se place lui-même au sommet du dispositif : président inaugural, maître des invitations, arbitre des exclusions, superviseur des votes. Cette concentration du pouvoir transforme le Conseil de paix en un outil personnel, sans logique collective. Ce n’est pas une organisation internationale, mais une hiérarchie politique assumée.
La paix devient alors un instrument de contrôle : contrôler les territoires, contrôler les alliances, contrôler les récits. Le refus de la France de participer souligne le caractère problématique du projet, notamment au regard du respect des principes onusiens. À l’inverse, l’acceptation par le Maroc d’un rôle de “membre fondateur” pose question. Que signifie participer à une instance qui parle de Gaza sans les Palestiniens ?
Une pacification, pas une paix
Une chose est claire : une paix sans les Palestiniens n’est pas une paix. C’est une pacification imposée, une stabilisation de façade destinée à rassurer les puissants et à rendre un territoire “gérable”. L’histoire l’a montré partout : exclure un peuple des décisions sur son propre avenir ne produit ni stabilité ni sécurité durable.
Le Conseil de paix de Trump ne corrige pas les échecs du multilatéralisme : il en radicalise les injustices. Et à Gaza, ce projet ne promet pas la paix — il institutionnalise le silence.



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