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Faire taire la haine « djihadiste »

Le « djihadisme » est une pathologie dont nous connaissons toutes les phases de sa monstrueuse diffusion : embrigadement des plus jeunes sur internet, constitution de troupes de mercenaires sur le terrain, mépris de l’être humain faisant litière de la tolérance religieuse. Au lendemain de la prise de pouvoir du « calife » autoproclamé Ibrahim de l'Etat islamique exhortant les musulmans du monde à lui obéir, après les arrestations en chaîne de très jeunes candidats au « djihad » et notamment celle de Mehdi Nemmouche, auteur présumé de l'assaut criminel et antisémite du 24 mai dernier, la déferlante d’idées-reçues qui sévit en ce moment dans l’espace médiatique appelle impérieusement la mesure de certains enjeux.

Dépasser le bruit médiatique

La confusion du sens des mots qui renvoient à l’islam et aux musulmans dans les médias semble en effet prévaloir ces dernières semaines, comme après chaque fait-divers dramatique impliquant un fou se réclamant de l’islam. Ceci est de nature à brouiller – plus qu’il ne l’éclaire – le débat sur l’islam en France car nous serions portés à penser le « djihadisme » comme objet de critique, en constatant qu’au fil du discours médiatique, le propos de certains « observateurs » n’est pas de stigmatiser le « djihadisme » mais de mettre en accusation l’islam en tant que tel… toujours avec le même soin de ne pas définir les termes. Il en résulte un paysage de formes (islamisme, intégrisme, fondamentalisme, radicalisme, etc.) aux contours pointillistes, qui sont en fin de compte des non-concepts, contrairement à ce qu’on veut en faire accroire aux téléspectateurs, auditeurs et internautes.

Faire entendre sa désapprobation

Au milieu de ce bruit médiatique, je saisis ici l’occasion de faire entendre ma voix en tant que citoyen de mon pays et du monde, ainsi qu’en tant que musulman ayant fait l’effort d’acquérir une culture religieuse modeste mais suffisamment poussée pour me permettre d’analyser les choses à l’aune véritable de ma religion. Je voudrais faire entendre ma désapprobation totale et ferme des attentats sur les personnes et les biens ainsi que la violence des discours des prédicateurs appelant à de tels comportements qui n’a aucun fondement dans l’esprit ou la loi de l’islam. Or, en lisant un article du Figaro daté du 22 avril intitulé "le double langage des musulmans de France sur le djihad en Syrie", il me revient clairement à l'esprit cette méconnaissance de l’islam dont témoigne l’opinion du fait notamment de l’inaudibilité dont fait l’objet la masse musulmane française. Il serait pourtant vital et urgent que les musulmans de France fassent clairement entendre leur voix en condamnant avec force et arguments les discours de certains prédicateurs qui versent sans vergogne dans la démagogie, la haine et la folie en ce moment sur les ondes bourdonnant des tweets d’internet.

Déconstruire les discours de haine

Au premier rang de ces prêcheurs se place Ilias Azaouaj, de par le mélange hautement vénéneux d’ignorance, d’incompétence et d’irresponsabilité qui forme la matière de ses discours. Le seul talent de ce personnage, s’il en est un, c'est effectivement d'enrober ses opinions les plus immorales et exogènes à l’islam d’un habillage fallacieux de pseudo-traditionnisme, ce dont l’efficacité ne peut être opérée qu’à la mesure de l’ignorance de son auditoire. Quand j'entends gloser certains autres tribuns autoproclamés, tels que Mohammed Achamlane ou Jean-Louis Denis sur ce qu’ils osent appeler le « djihad », je ne sais de quoi être le plus étonné entre le contenu de leurs propos et l’absence totale de références à la tradition islamique dans ce qu’ils disent. La facilité frauduleuse avec laquelle sont tissés ces discours me conforte dans la nécessité d’en dénoncer la fausseté et la folie. Par ailleurs, une comparaison terrifiante m’est venue à l’esprit.

Conjurer le péril « djihadiste »

Cette volonté d’endoctrinement au pseudo « djihad » n’est elle pas de nature a nous rappeler les années brunes d’avant la Seconde Guerre mondiale ? La comparaison n’est pas impropre si l’on considère les paramètres en présence. D’un côté, une population en nombre important de personnes n’ayant reçu de la vie que frustration, mépris et marginalisation de la vie sociale et économique… d’un autre côté, des tribuns charismatiques dont le message martèle sous toutes ses possibilités ce que la rancœur et la haine peuvent suggérer à ces populations. La formule réduite à ses moindres termes en serait que « dans l’impossibilité pour toi de vivre et d’être heureux, tu peux encore atténuer ta douleur en l’affligeant aux autres ». N’est-ce pas là le même dictionnaire de négation et de destruction qui a séduit certains dans les années où les vents de la guerre se déchaînaient ? En 1945, quand enfin est arrivée l’armistice de Berlin et de Tokyo, le bilan de ces folies n’avait t-il pas coûté la vie et l’honneur à des millions de gens ? N’avait t-il pas réduit des villes et des pays en cendres ?

Je me réjouis néanmoins de ce que la réputation de ces fourriers de la haine soit dès aujourd’hui en sérieuse perte de vitesse, malgré le déploiement de toutes les manipulations, contre-vérités et falsifications des références musulmanes que ces gens ont jeté sur la blogosphère et dans les médias. Cependant, beaucoup de jeunes désœuvrés (et surtout non formés tant en religion qu’en géopolitique) accordent encore malgré tout une crédibilité prétendument religieuse à ces discours. Témoin, cette jeune lycéenne française de 16 ans appréhendée récemment en Allemagne avant qu'elle n'embarque pour la Syrie.

Je ne sais si ces lignes seront lues ou transmises aux familles endeuillées par l’attentat de Bruxelles, mais je voudrais du plus profond de mon âme qu’elles sachent ce que sont ma peine et ma honte devant l’abjection de cet acte. Ma religion, comme toutes celles qui méritent ce nom, condamnent sans appel l’injustice et le meurtre des innocents. Nul n’est besoin ici d’arguments pesants, rappelons toutefois que par sources de hadith qudsi Dieu déclare s’être interdit à lui-même l’injustice, et l’a ainsi prohibée à ses serviteurs :

«  Ô mes serviteurs, Je Me suis interdit l’injustice à Moi-même et Je l’ai rendue interdite entre vous. Ne soyez donc pas injustes»

Que tous mes concitoyens, musulmans ou non, manifestent en toutes circonstances leur indignation ainsi que le refus de tout amalgame. Qu’ils fassent œuvre de pédagogie et de dialogue au bénéfice du vivre-ensemble.

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