À Jumilla, petite ville du sud-est de l’Espagne, les musulmans ne pourront plus célébrer l’Aïd dans les centres civiques ou les gymnases municipaux. Cette décision inédite, portée par le Parti populaire (droite conservatrice) avec l’abstention de l’extrême droite Vox, interdit l’usage des installations publiques pour toute activité “étrangère à notre identité”, sauf si elle est organisée par la municipalité. Vox s’est félicité de cette mesure sur les réseaux sociaux, affirmant que “l’Espagne est et restera une terre chrétienne”. Une rhétorique qui alarme les représentants musulmans : Mounir Benjelloun Andaloussi Azhari, président de la Fédération espagnole des organisations islamiques, dénonce une décision “islamophobe et discriminatoire”. “Pour la première fois en 30 ans, je ressens de la peur”, confie-t-il à El País.
La ville de Jumilla compte 27 000 habitants, dont près de 8 % originaires de pays majoritairement musulmans. Pour beaucoup, cette décision piétine l’article 16 de la Constitution espagnole, qui garantit la liberté de culte. Des voix s’élèvent, à gauche, pour dénoncer une atteinte grave à la cohésion sociale. L’ancienne maire socialiste, Juana Guardiola, s’interroge : “Quelle identité défendent-ils ? Ont-ils oublié les siècles d’héritage musulman ici ?” Ironie de l’histoire, Jumilla fut pendant des siècles une cité arabe avant de tomber sous contrôle chrétien au XIIIe siècle.
Ce glissement identitaire assumé, porté par des alliances entre droite traditionnelle et extrême droite, inquiète bien au-delà de Jumilla. Il témoigne d’un climat européen de plus en plus hostile aux minorités musulmanes, où les principes de laïcité et de liberté de culte sont instrumentalisés pour mieux exclure.



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