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Discriminations à l’embauche en France : quand il vaut mieux s’appeler Michel que Mohammed…

Michel plutôt que Mohammed, les discriminations à l’embauche liées à la religion frappent toujours aussi durement les candidats musulmans, ou perçus comme tels, dans un Hexagone où gronde l’orage du nationalisme au-dessus de torrents d’outrance.

Elles sont hautement répréhensibles et pourtant elles continuent d’être prises par-dessus la jambe par des employeurs qui n’en ont manifestement cure, au risque d’encourir 3 ans de prison et 45 000 euros d’amendes, ces discriminations anti-arabes et anti-musulmans qui ne disent pas leur nom, sauf dans certains cas, s’évaluent à l’aune de statistiques éloquentes, mises en lumière par la chercheuse Marie-Anne Valfort dans la récente étude de l’Institut Montaigne réalisée entre septembre 2013 et septembre 2014.

Cette maître de conférences à l'université Panthéon-Sorbonne a envoyé des candidatures fictives (les profils étant parfaitement identiques, à l’exception de la religion) à 6 231 offres d’emploi de comptables, assistants et secrétaires comptables en métropole, avant de comparer le taux édifiant de convocation.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et jettent une lumière crue sur une sphère professionnelle française qui fait montre d’un sectarisme plus inflexible qu’aux Etats-Unis, l’étude faisant en effet ressortir que les musulmans « sont beaucoup plus discriminés » par rapport aux catholiques en France « que ne le sont les Afro-Américains par rapport aux Blancs aux États-Unis ».

Un candidat identifié comme musulman pratiquant, soit par son nom, soit par sa scolarité dans une école confessionnelle, ou encore par son engagement dans une association de scoutisme islamique, autant de caractéristiques rédhibitoires, a deux fois moins de chances d'être convoqué en entretien qu'un catholique pratiquant (10,4 % contre 20,8 %). L'écart se creusant davantage encore si l'on isole les hommes : 4,7 % contre 17,9 %.

Selon Marie-Anne Valfort, la discrimination à l’embauche ne serait qu’un prélude aux discriminations qui s’abattent à chaque étape du recrutement, transformant le parcours d’un candidat musulman au mieux en parcours du combattant, au pire en véritable calvaire…

Pourquoi une telle intolérance et tant de haine, qui plus est au mépris de la loi ?

Sans grande surprise, Marie-Anne Valfort nous explique que l’islam pâtit d’une « image dégradée en France ». « Des enquêtes montrent que les Français associent spontanément l'islam à l'extrémisme religieux et à l'oppression de la femme », poursuit-elle, renchérissant : « Ces deux stéréotypes vont alimenter une discrimination très forte, en particulier à l'égard des hommes musulmans. Le recruteur les perçoit comme un risque accru de pratique religieuse transgressive sur le lieu de travail et les associe à un risque d'insubordination. »

Pour étayer cette thèse, Marie-Anne Valfort a créé des profils « laïcs » mentionnant un engagement dans une association de scoutisme laïque. Elle a comparé leur taux de convocation avec celui des« pratiquants ». L'impact est limité pour les candidat(e)s juifs, mais pas pour les hommes musulmans : en se revendiquant laïcs, ces derniers augmentent nettement leurs chances.

Les discriminations se dissipent-elles quand les candidats ont un profil d'excellence ? La chercheuse a inclus des candidatures « d'exception », bardées de diplômes et se démarquant par des compétences et une expérience très recherchées. Là encore le résultat est sans appel pour les hommes musulmans : tandis que pour les femmes, on assiste à une « disparition de la discrimination, non seulement à l'égard des candidates musulmanes mais aussi à l'égard des candidates juives », il en va tout autrement pour les candidats masculins juifs et musulmans, victimes de son intensification. Les catholiques « d'exception » ont alors cinq fois plus de chances de décrocher un entretien que les musulmans « d'exception » et 1,5 fois plus que les juifs « d'exception ».

Quid du CV anonyme ? Le gouvernement a refusé en mai de le généraliser, lui préférant des « actions de groupe » anti-discriminations.

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