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Des associations marocaines se dressent contre le racisme anti-noir

Elle se voulait saisissante et son électrochoc visuel fut sensationnaliste, tombant dans les travers médiatiques de la diabolisation d’une communauté qui font les « unes » racoleuses de notre presse hexagonale dite sérieuse, la couverture du magazine Maroc Hebdo et son  titre glacial « Le Péril Noir », qui en a rappelé un autre tout aussi effroyable que l’on pensait inexportable en terre musulmane, a laissé un souvenir tristement impérissable sur lequel flottent encore les effluves pestilentiels du racisme anti-noir.

Un racisme inavouable qui, selon un processus immuable, a trouvé ses victimes expiatoires, en l’occurrence les migrants subsahariens, dont le nombre est estimé entre 25 000 et 40 000 par le ministère de l’Intérieur marocain, lesquels sont accusés des pires maux, comme le colportait Maroc Hebdo dans des sous-titres percutants : « Ils vivent de mendicité ; ils s’adonnent au trafic de drogue et à la prostitution ; ils posent un problème humain et sécuritaire ». Un racisme latent, tapi dans l’ombre, mais qui, comme c’est souvent le cas avant qu’il ne surgisse au grand jour et ne soit banalisé, est plein de non-dits et de faux-fuyants, les Marocains préférant l’éluder plutôt que de voir ses reflets dans le miroir que certaines associations leur tendent courageusement.

Comment faire ouvrir les yeux sur un racisme qui ne dit pas son nom de peur d’affronter une vérité inaudible ? "Papiers pour tous", le collectif qui fédère 11 organisations oeuvrant contre le racisme entre l’Europe et le Maroc, a trouvé la meilleure arme qui soit pour inciter à regarder de l’autre côté du miroir afin de se dépouiller des préjugés les plus… noirs : une grande campagne de sensibilisation à la discrimination raciale et aux violences subies par des damnés de la terre, injustement déshumanisés.

"Je ne m’appelle pas ‘Azzi’. J’ai un nom !", tel est le slogan choc mis en exergue sur la première campagne du genre, lancée officiellement le 21 mars, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les discriminations, célébrée par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, et du bel hommage posthume rendu à l’icône planétaire de la lutte contre l’apartheid, le défunt Nelson Mandela. 

      

Affiche de la campagne

Une campagne nationale aux multiples déclinaisons qui, en dénonçant l’usage du terme péjoratif « Azzi », l’équivalent de « nègre », pour qualifier les migrants Subsahariens, veut marquer les esprits jusqu’au 20 juin, à travers toute une série d’actions et de conférences-débats censés éveiller les consciences, en mettant des mots sur l’indicible et en pleine lumière les sans-visage et sans-voix.

''Par cette campagne, nous voulons contribuer à un meilleur accueil des migrants, avec ou sans papiers, et attirer l'attention de l'opinion publique, des médias et des décideurs sur le racisme primaire naissant au Maroc'', stipule le communiqué de cette coordination, née le 4 janvier, qui regroupe entre autres, l'Association marocaine des droits humains (AMDH), le Conseil des migrants subsahariens au Maroc (CMCM), le Forum des alternatives Maroc, et le Groupe antiraciste d’accompagnement et de défense des étrangers et migrants (GADEM)

"Le racisme primaire, ce sont les insultes dans la rue, les pancartes affichées dans certains immeubles interdisent la location 'aux Africains' et surtout le comportement incompréhensible de la police qui donne l'occasion à la population de nous regarder de cette façon", déplore Camara Laye, coordinateur du Conseil des migrants subsahariens au Maroc.

Au moment où cette campagne anti-raciste s’affiche aux yeux de tous dans le royaume de l’Atlas, le sort réservé aux Subsahariens en situation irrégulière ne s’en trouve pas pour autant adouci, le harcèlement policier dans les zones frontalières avec l’Espagne frappant au contraire de plus belle. En février, la mort de 12 d’entre eux, alors qu’ils tentaient de fuir vers l’enclave espagnole de Ceuta, avait soulevé un tollé, l'AMDH, la Gadem, Amnesty, HRW et d'autres ONG de défense des droits de l'homme ayant alors exigé du gouvernement marocain qu’il mette un terme à ces méthodes inhumaines, et surtout à des vagues d'arrestations, parfois musclées, qui persécutent régulièrement des êtres déjà suffisamment opprimés.

Depuis sa tour d’ivoire impénétrable et sous la forte pression marocaine et européenne, le monarque, par la voix de son gouvernement, a voulu se montrer sous un jour magnanime, en annonçant une vaste opération de régularisation des sans papiers qui devrait s’échelonner jusqu’au 31 décembre 2014. Une grandeur d’âme toute relative, si l’on en juge par les conditions drastiques imposées aux Subsahariens pour vivre au grand jour au Maroc, sans fers aux pieds et sans crainte de représailles.

Selon le ministère chargé des Marocains résidant à l'étranger et des Affaires de la migration, seuls seront régularisés les étrangers conjoints de ressortissants marocains justifiant d'au moins 2 ans de vie commune, les étrangers conjoints d'autres étrangers en résidence régulière au Maroc et justifiant d'au moins 4 ans de vie commune, les enfants issus des deux cas susvisés, les étrangers disposant de contrats de travail effectifs d'au moins 2 ans, les étrangers justifiant de 5 ans de résidence continue au Maroc, et les étrangers atteints de maladies graves et se trouvant sur le territoire national avant le 31 décembre 2013.

Quid des Subsahariens vivant reclus dans les forêts de Rosto Gordo, près de Tanger, ou à Gourougou (Oujda-Nador), ou ceux qui ne font que survivre dans les villes, continuellement traqués par les forces de l’ordre ? La grande campagne, briseuse d’un tabou marocain, provoquera-t-elle le sursaut de conscience salutaire escompté, à la fois pour les Marocains eux-mêmes qui se voilent la face sur une réalité dérangeante et pour les Subsahariens qui en sont les boucs émissaires tout désignés  ?

Par la rédaction d'Oumma.com

A voir ou à revoir, ce reportage édifiant sur les violences racistes qui sont le lot quotidien des Subsahariens, intrus indésirables au Maroc.

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