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De l’indignation face au drame de la Syrie et de la responsabilité des musulmans français.

La situation en Syrie vire à l’horreur. La nuit terrible qu’a connue la ville de Homs n’est que le dernier épilogue d’un massacre qui dure depuis des mois. Cette tragédie nous amène à rappeler un certain nombre de principes qui doivent orienter notre position sur ce drame.

Le silence presque complaisant de nombreux musulmans de France devient insupportable et tout se passe comme si le sang des milliers de Syriens tombés sous la répression ne pouvait bousculer que la conscience des organisations des droits de l’homme. Il devient urgent de rappeler nos principes, de s’engager fermement pour défendre la dignité d’un peuple et de contrer les idées farfelues qui fleurissent ici ou là sur les raisons du soulèvement des martyrs de Homs, Hama, Edlib ou Der’a.

1 – Il faut d’abord convoquer un postulat de départ. Le régime de Bashar Al Assad est un régime de terreur dont la violence n’a plus de limite. Arrivé au pouvoir à la faveur d’une succession dynastique (un comble pour une République), Bashar Al Assad n’a quasiment rien renié des caractéristiques du régime de son père. La dictature policière qui étrangle le peuple syrien, bafoue les libertés, terrorise la population et construit de monumentales statues à la gloire du Raïs a fait de la Syrie le pays le plus asphyxié du monde arabe. La violence aveugle qui déferle en ce moment plonge ses racines dans une histoire sanguinaire et elle rappelle la cruauté du massacre de Hama en 1982. Il y a 30 ans presque jour pour jour, Hafez Al Assad ordonnait son armée de braquer ses chars et son aviation militaire non pas contre Tel Aviv mais contre son propre peuple. Résultat : une population civile décimée, près de 30 000 morts, des dizaines de mosquées détruites et un peuple syrien traumatisé à jamais.

 

2 – Le clan des Assad a toujours fait la guerre au fait religieux musulman. Dans les années 70, des brigades de femmes policières arpentaient les rues de Damas pour arracher le voile aux musulmanes et jusqu’à aujourd’hui la prière quotidienne est interdite dans l’armée. Pire, ce régime, qui défend pourtant une idéologie laïcarde très agressive, n’a pas hésité à instrumentaliser la religion à des fins de propagande. Pour se doter d’une légitimité islamique, tous les moyens sont bons pour manipuler des figures religieuses comme celle notamment du Dr Said Ramadan Al Bouti. Ce dernier, très marqué par son éducation soufie et qui préfère se cantonner dans une démarche piétiste pour espérer une amélioration de la situation, fait l’objet d’une méprisable instrumentalisation médiatique orchestrée par la propagande officielle. Et puis le massacre de Homs qui survient la nuit du Mawloud An Nabawi (jour de la naissance du Prophète Mohamed Saw) en dit long sur l’attention que portent les moukhabarat et autres shebiha (véritables escadrons de la mort) aux valeurs islamiques.

 

3 – L’une des idées reçues et qui met mal à l’aise nombre de milieux progressistes français est de voir dans le régime de Damas un rempart contre Israël. Belle fumisterie… Le gouvernement syrien est comme quasiment tous les pays du monde : il n’est animé d’aucun principe, juste d’intérêts. Depuis 1973, pas une balle syrienne n’a été tirée pour récupérer le Golan occupé par Israël. Pendant la guerre civile libanaise, Hafez Al Assad n’a pas hésité à liquider des centaines de fedayins palestiniens notamment lors de l’infâme siège du camp de Tal Az Za’tar. Les sbires du tyran de Damas ont désormais envoyé à la morgue plus de martyrs que l’armée israélienne ne l’a fait depuis le début de la seconde Intifada ! Les dirigeants du Hamas ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : ils ont tous quitté le pays considérant ce carnage comme incompatible avec la lutte pour les droits du peuple palestinien. Ajoutons à cela l’absence incompréhensible de réactions de l’armée syrienne suite aux frappes israéliennes visant une centrale nucléaire en septembre 2007 et on comprendra aisément que si Bashar Al Assad dispose d’une armée c’est bien plus pour écraser son peuple que pour s’en prendre à l’Etat hébreu. Et même si le régime a facilité l’acheminement d’armes au Hezbollah lors de la guerre de 2006, cela l’excuserait-il de piétiner son peuple et de s’acharner contre un soulèvement populaire qui, à l’image de tout ce souffle qui balaie les dictatures, est d’abord animé par une soif de dignité et de liberté ?

 

4 – On ne voit pas en quoi la Syrie serait victime d’une tentative de complot ou que le soulèvement actuel soit le fruit d’une entreprise de déstabilisation étrangère. A vrai dire, cette théorie du complot (malheureusement en vogue chez quelques milieux musulmans français) est, par son simplisme, le degré zéro de la réflexion. A ceux qui se font des illusions sur le prétendu caractère anti-impérialiste de la Syrie, rappelons que le régime s’est allié au camp occidental (et même à Israël) quand cette posture servait ses petits intérêts. Hafez Al Assad s’est plié (comme nombre de dictateurs arabes) au diktat américain en 1991 et a même envoyé ses soldats aux côtés des GI américains pour fracasser l’Irak lors de l’épisode de la guerre du Golfe. Et il n’y a pas si longtemps, Bachar Al Assad se pavanait sur les Champs Elysées avec Nicolas Sarkozy lors du lancement de l’UPM à l’été 2008. Quand il s’agit de défendre son horizon national, la Syrie fait comme tous les autres : elle s’assoit sur ses principes. Et instrumentalise la question palestinienne quand ça l’arrange.

 

5 – Les valeurs qui doivent animer les musulmans de France sur cette tragédie sont de principes universels de lutte contre la tyrannie et pour le droit des peuples à disposer d‘eux-mêmes. Après avoir été colonisé par les Occidentaux, le peuple syrien est aujourd’hui occupé par des prédateurs qui ont confisqué tous les leviers du pouvoir. Ceci dit, l’un des risques de cette répression est le glissement vers une guerre civile aux accents confessionnels. Le spectre d’un embrasement communautaire à l’irakienne n’est pas loin et sur ce sujet, les propos du guide suprême iranien Ali Khamenei et du leader du HezboLah libanais Hassan NasraLah sont graves et périlleux. Affirmer que défendre le régime d’Assad est un devoir religieux est la meilleure manière d’enfermer ce conflit dans une impasse mortifère. Tout comme pour le Yémen ou Bahreïn, il faut condamner de la même manière toutes les répressions sans verser dans des lectures confessionnelles clivantes qui ouvriraient la porte à un risque majeur d’affrontement généralisé. Israël en rêve et il faut tout faire pour résorber cette fracture et afficher clairement les principes d’humanité qui doivent guider notre engagement. La clarté et la cohérence de ces principes doit aussi nous pousser à avoir un dialogue intra-communautaire franc et sincère. Ce dialogue nous impose dans le même temps d’affirmer qu’il est impensable de pouvoir cheminer aux côtés de ceux qui insulteraient les compagnons du Prophète Saw.

 

6 – Enfin, rappelons la place centrale de ce pays dans l’imaginaire musulman et dans la pensée musulmane. La Syrie est géographiquement située dans l’espace dénommé « Bilad as Sham » dont le Prophète Mohamed (Saw) a vanté les mérites. Tout comme le Yémen, de nombreuses traditions prophétiques (ahadiths) donnent à cette contrée une dimension particulière, voire sacrée. Allahouma barik lana fi chamina (Qu’Allah bénisse les habitants du Cham) avait dit notre Bien-aimé (Saw) et l’un des savants contemporains les plus reconnus en sciences du hadith, AbdElqader al Arnaout – Qu’Allah lui fasse miséricorde – rappelait peu avant sa mort un hadith qui donne également la valeur de ceux qui sont actuellement massacrés : « Idha fassad ahlou cham fa la khayra fikum » : si les gens du Cham venaient à glisser vers la corruption, point de salut en vous (hadith rapporté par Ahmad et Tirmidhi).. En d’autres termes, le peuple syrien est presque le thermomètre qui permet à la communauté islamique mondiale d’apprécier et de juger son niveau spirituel.

 

7 – La solidarité avec le peuple syrien se doit donc d’être totale. Or, la participation aux différentes actions menées par les militants syriens de l’opposition est malheureusement quasiment anecdotique de la part des musulmans de France. Cette cause est aussi la notre tant au niveau islamique que sur le plan humain. La dimension humaniste de nos valeurs ne connait pas de frontières. Après les do’as pour les martyrs et leurs familles, la solidarité nous impose d’informer les consciences pour contribuer, même de manière lointaine, à faire dégager ce tyran dont la place se situe désormais dans les poubelles de l’histoire.

 

Qu’Allah donne la paix au peuple du Bilad As Cham. Et qu’Il permette à ce peuple de retrouver sa dignité.

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