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Contribution de l’Islam à la renaissance de la pensée européenne (partie 2/2)

2 – La philosophie au présent

L’impacte de la philosophie islamique sur la pensée moderne n’apparaît pas nécessairement à travers des idées concrètes qui pourraient être mentionnées dans telle ou telle œuvre d’un philosophe non-musulman. Il est néanmoins possible de mettre l’accent sur la notion du cartésianisme auquel se réfèrent les hommes de lettres voire des hommes politiques, pour ne citer que ces deux cas, afin d’exposer leurs points de vue sur un problème donné ou leur conception de l’organisation de la vie en générale. Un bref regard sur le travail accompli par Al-Ghazâlî nous édifiera à ce sujet.

Al-Ghazâlî adopta le doute méthodique comme voie d’accès à la certitude philosophique. Il y traça une démarche dont il détailla les données dans son livre « Al-Munqid mina-d-dalâl » (Délivrance de l’erreur). Il argumenta avec force contre les idées irraisonnées en vigueur à son époque. Il se montra persuasif quant à la nécessité de l’autonomie de la raison dans la recherche des connaissances humaines qu’elles soient sensibles ou matérialisées, en y opposant le doute dès le départ de leur minutieux examen.

Al-Ghazâlî porta le débat sur la question de la certitude et de la croyance, sur le problème de la différenciation entre les connaissances acquises par l’individu dans son état d’éveil et celles exprimées dans les songes. Il développa enfin la procédure du doute méthode, représentée sous la forme d’un esprit du mal mystificateur ou d’un devin trompeur et corrupteur. Il aboutit en définitif à cette certitude philosophique que rien n’ébranle et dont l’expression se définit par le report de la confiance sur les motivations et les impératifs intellectuels. Il parvient de la sorte, par le biais d’une méthode scientifique, à concilier le rationnel et le révélé.

Le doute méthodique exposé en détail par Al-Ghazâlî eut de fortes répercussions sur la pensée de Descartes que les historiens désignent comme étant le père de la philosophie moderne. L’étude du « Munqid mina-d-dalâl » du premier et le « discours de la méthode » du second, dévoile la similitude des deux démarches.

Il est possible aussi de soulever d’autres aspects de la philosophie d’Al-Ghazâlî qui eurent leur écho auprès de penseurs des temps modernes. C’est le cas du principe de causalité : Il replace le rapport de la cause à l’effet qu’elle produit dans son réel et l’estime en tant que relation temporelle de deux choses. Ce procédé d’analyse se retrouve chez David Hume. Ce fut la remarque faite en 1852 par Renan dans son livre intitulé « Averroès » : « Hume, dit-il, n’a rien apporté de plus qu’Al-Ghazâlî dans la critique du principe de causalité.

Il est encore possible d’élargir la bénéfique comparaison entre les philosophes musulmans et les philosophes européens. Ce fut Spinoza qui subit l’ascendant de la pensée islamique, soit directement, soit par la voie d’Ibn Maynûn ou Maïmonide (1135–1204). De religion judaïque, celui-ci, s’imprégna fortement de la philosophie musulmane en terre d’Islam, comme l’atteste d’ailleurs son œuvre maîtresse « Le guide des égarés ».

Il convient d’ajouter le groupe des Ikhwân aç-çafâ qui se constitua au Xème siècle à Bassorah, en Irak, Ils offrirent au monde une monumentale encyclopédie où figurent toutes les branches de la connaissance humaine. Ils comptent au nombre des guides du siècle de la Renaissance du XVIIIème en France.

L’époque contemporaine se constitue en un espace plus ou moins stérile qui ne prépare pas loyalement la poursuite du débat entre les cultures et les civilisations. Elle renferme un danger qui ne cerne pas une culture donnée mais qui enveloppe toute l’humanité. Il est de l’intérêt des penseurs et des hommes politiques musulmans et ceux de l’Occident d’accroître leurs efforts pour se connaître d’une manière objective, équitable et sans complexe. C’est ainsi qu’il sera aisé de mettre sérieusement en branle la machine du dialogue entre les cultures.

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