in

Comment interviewer un criminel de guerre : Al Jazeera versus Le Grand Journal de Canal +

Donald Rumsfeld et Tony Blair, mode d’emploi. Oumma vous propose de comparer la méthode d’interview d’Al Jazeera et de Canal + quand il s’agit d’interroger les responsables de la mort de centaines de milliers d’Irakiens.

La chaîne d’information internationale du Qatar n’a plus le vent en poupe : depuis la démission de son directeur et le départ de nombreux journalistes, les langues se délient pour critiquer l’orientation idéologique du réseau câblé. Sa couverture partisane de la crise libyenne ou sa discrétion à l’égard de la répression au Bahreïn ont ainsi révélé au public une instrumentalisation politique de l’antenne, en parfaite adéquation avec les alliances euro-américano-saoudiennes du Qatar.

Pourtant, en matière de débat et d’interview, Al Jazeera continue de marquer sa différence. Ce fut le cas lors d’un entretien accordé par l’ancien secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld. Ce mardi 4 octobre, le canal arabe de la chaîne diffusera une interview menée par le journaliste Abderrahim Foukara. Il faut voir et entendre l’extrait déjà mis en ligne par le site de la chaîne.

Durant trois minutes, le journaliste tente avec pugnacité d’obtenir une réponse de la part de l’homme co-responsable de la guerre en Irak. L’objet de son acharnement ? Savoir pourquoi Donald Rumsfeld n’avait pas tenu compte des mises en garde à propos de la précipitation de l’expédition militaire. Malgré le sourire et la courtoisie, Abderrahim Foukara persiste -tout au long d’un échange rude et vif – à rappeler un point crucial : «  Pensez-vous que le nombre de soldats américains envoyés vous a dédouané des dizaines, peut-être des centaines de milliers d’Irakiens tués par la coalition et ces criminels dont vous avez parlé ? »

En France, une telle empoignade verbale est tout simplement inconcevable. La preuve ? Même une chaîne qui se targue de cultiver l’insolence –en l’occurrence, Canal+– a fait preuve d’une incroyable déférence envers un autre co-responsable de l’invasion sanglante de l’Irak. C’était en octobre 2010 : sur le plateau du Grand Journal, l’ancien Premier ministre britannique n’avait rien à craindre d’une brochette d’interviewers davantage portés sur l’espièglerie que rôdés à la pratique de l’interview incisive.


Arrêt sur images – Face à Blair, Canal + rend… par YOSSI1973

De nombreux juristes s’accordent aujourd’hui pour  qualifier de « crime de guerre » l’expédition internationale menée par les Etats-Unis en Irak. Au regard du droit international, de nombreux éléments factuels et concordants permettent d’identifier Donald Rumsfeld et Tony Blair comme des criminels de guerre bénéficiant encore d’une totale impunité, y compris médiatique. Interrogé par Les Inrockuptibles à propos de la « poignée de main » la plus marquante, l’animateur vedette du Petit Journal, Yann Barthes, avait confié avoir été impressionné -positivement- par l’ancien Premier ministre britannique : « Le va-t-en-guerre le plus cool de la planète me broie la main dans les coulisses du Grand Journal ; malgré l’Irak, Tony Blair garde la classe ». Que l’artisan d’un meurtre de masse puisse être ainsi admiré par un présentateur réputé corrosif ne manquera probablement pas d’intriguer les historiens du futur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Agression « antisémite » : l’affabulateur Ghozlan se surpasse

Le CRIF scandalisé par un reportage de France 2 sur le lobby pro-israélien aux Etats-Unis