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Cisjordanie : l’Autorité de Ramallah multiplie les arrestations parmi les étudiants

Les deux mouvements ont, le 8 décembre dernier, publié des déclarations qui qualifient les arrestations « de prolongement de la politique de coordination sécuritaire et de violation flagrante des droits de notre peuple. » Le lendemain matin, chaque groupe étudiant a signé « l’Attestation sur l’Honneur, » un document dans lequel ils annoncent la constitution d’un comité de suivi sur la situation des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes.

Au lendemain de la formation du gouvernement d’union nationale en juin dernier, les services sécuritaires palestiniens ont poursuivi leur campagne répressive visant à étouffer les mouvements politiques des étudiants en Cisjordanie, notamment en procédant à des raids et des arrestations des membres du Hamas et de sa section étudiante, le Bloc Islamique.

Les mesures répressives ont également ciblé le Front Étudiant Progressiste, un mouvement de gauche qui est la section étudiante du Front Populaire de Libération de la Palestine [FPLP].

Les deux blocs affiliés au Hamas et au FPLP ont répondu à ces mesures par l’organisation d’une journée de protestation, début décembre, à l’Université Al-Qods. Le Front Étudiant Progressiste a, le 24 novembre dernier, posté un message sur sa page Facebook informant que l’appareil sécuritaire [palestinien] a prolongé de 15 jours supplémentaires la période de détention de son militant Ayman Mahareik, avant sa comparution devant un tribunal où il répondra à l’accusation d’incitation via Facebook.

Dans une interview accordée à al-Monitor, le coordinateur du Bloc Islamique à l’Université de Jérusalem, Alaa Rabii, a confirmé que quatre étudiants de son université avaient été arrêtés, tandis que plus de 15 autres ont été convoqués.

En date du 9 décembre, le FPLP a publié une déclaration dénonçant les arrestations politiques exercées par l’Autorité Palestinienne (AP), en particulier celles visant les étudiants. La déclaration dit que les arrestations menacent l’union nationale palestinienne car elles n’ont aucune base juridique. Le leader du Jihad Islamique, Khader Habib, a considéré que la politique de coordination sécuritaire avec Israël est « une grave erreur et un péché commis par l’AP contre la cause et le peuple palestiniens. »

Pour sa part, le porte-parole du Hamas, Hossam Badran, a condamné les poursuites contre les étudiants. Interrogé paral-Monitor, il a indiqué que le bloc Islamique, étant responsable de la protection des étudiants, poursuit les cas des arrestations politiques à travers les administrations universitaires et les organisations de défense des droits de l’homme. Le Bloc Islamique a également lancé un appel aux médias afin qu’ils usent de leur influence pour faire cesser ces mesures. Toutefois, souligne Badran, l’AP n’a toujours pas répondu.

Il a ajouté : « Les campagnes sécuritaires contre le Bloc Islamique ne cesseront pas car ce dernier n’abandonnera jamais son devoir national à l’encontre du mouvement estudiantin. »

Pour Qadura Fares, dirigeant du Fatah, le rôle des services de sécurité est de protéger les gens et non de les arrêter, en ajoutant que la majeure partie des membres du Fatah sont convaincus de la nécessité de mettre un terme à la coordination sécuritaire. Mais selon le membre du Comité Central du Fatah et ancien chef des renseignements palestiniens Tawfik Tirawi, la coordination sécuritaire et civile sont toutes deux mises en place pour servir et protéger le peuple Palestinien.

Les groupes d’étudiants de l’Université Nationale An-Najah de Naplouse ont, dans leur majorité, condamné l’agression à l’encontre des militants étudiants qui ont pris part au sit-in de protestation contre la visite, le 29 septembre dernier, d’une délégation du consulat des États-Unis à leur université. Le Front Démocratique de Libération de la Palestinien [FDLP] à Naplouse a également condamné l’attaque dont a été victime Mohamed Abu Awad, représentant de l’association des étudiants. Attaque qui s’est soldée par un fracture du bras.

Mais la situation est différente à l’Université de Birzeit où l’administration fait tout pour éviter la polarisation et les querelles politiques. Dans son interview avec al-Monitor, un leader du Front Étudiant Progressiste qui a requis l’anonymat, a demandé à ce que l’administration de l’Université « affiche clairement sa position quant aux arrestations politiques et agisse au coude à coude avec les organisations estudiantines pour mettre un terme à ces arrestations. » Il a indiqué que les étudiants sont arrêtés au moment où ils sortent de l’université, ajoutant que cette dernière doit faire plus que de confier à un avocat les dossiers des détenus.

En janvier dernier, l’organisation de défense des droits de l’homme Al-Haq, a publié un rapport concernant un officier du renseignement palestinien qui a tiré à balles réelles en l’air lors d’un sit-in organisé par la famille de Tawfiq Abu Arkoub, étudiant à Birzeit et détenu par les services de sécurité. Le Réseau Euro-Méditerranéen pour les Droits de l’Homme a également exprimé sa « grande préoccupation face aux abus commis par les services de sécurité de l’AP pour réprimer la liberté d’opinion et d’expression et le droit à la libre circulation des citoyens. » Le groupe a indiqué avoir reçu, au cours des dix derniers jours du mois d’octobre, 42 plaintes contre des arrestations arbitraires et 27 au sujet de convocations illégales des citoyens.

Bien que les tribunaux aient ordonné la remise en liberté des détenus, les services de sécurité palestiniens n’ont pas appliqué la décision. Diaa Kachou est étudiant à l’Université de Jérusalem. Il a été arrêté cinq fois, dont encore en 2014. Interrogé par al-Monitor, Diaa a dit avoir subi les pires des tortures et en août 2011, le tribunal a décidé de sa libération, sauf que les services de sécurité ont décidé de reporter sa remise en liberté. Il a vécu la même expérience en 2009.

Le cas d’Omar Bairat est différent. Cet étudiant de Birzeit a été arrêté le 27 novembre pour « insultes verbales contre des personnalités de haut rang. » Il a raconté à Al-Monitor que les services de sécurité l’ont libéré tout de suite après la décision du tribunal.

D’après le Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme, il y a eu en 2013 quarante-neuf cas où les services de sécurité palestiniens ont refusé de se conformer à la décision du tribunal de libérer les détenus.

Par ailleurs, Al-Monitor s’est entretenu avec l’avocate et la journaliste spécialisée dans les affaires juridiques Rawan Farhat, qui a commenté : « Les arrestations sont adaptées sur mesure en fonction du Code Pénal Jordanien N°16 de 1960. Ses textes sont connus pour être rigides et incompatibles avec les conventions internationales. En droit, de manière générale, nous n’avons pas ’d’insultes verbales contre des personnalités de haut rang,’ » en ajoutant que ces arrestations ne sont pas compatibles avec le souhait de la Palestine de rejoindre les conventions internationales.

Historiquement, le militantisme des étudiants palestiniens ne s’est jamais limité aux tâches syndicales, ni a l’amélioration de l’environnement éducatif et académique des étudiants. Il s’est formé dans un cadre politique qui va au-delà des étudiants eux-mêmes pour toucher l’ensemble des Palestiniens.

En raison de la nature de la cause palestinienne, le mouvement étudiant a joué un rôle central et radical dans la lutte. Les universités sont considérées comme un environnement riche pour la mobilisation et sont un point focal des organisations politiques, y compris l’AP.La majorité des organisations palestiniennes et leurs ailes étudiantes estiment que les arrestations obéissent aux objectifs de la coordination sécuritaire, et que les mesures répressives visant les mouvements étudiants ont clairement pris de l’ampleur.

Al Monitor
Traduction : Info-Palestine.eu – Niha

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