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Boston : les funérailles de Tamerlan Tsarnaev, un dilemme pour les musulmans

A peine le double choc de l’attentat meurtrier de Boston et de l’identification de ses auteurs présumés est-il passé, qu’un lourd dilemme se pose à la communauté musulmane locale : conduire le service religieux pour les funérailles de Tamerlan Tsarnaev, 26 ans, l’un des deux frères d’origine Tchétchène, tué durant sa traque.

Tiraillés par des sentiments ambivalents, mêlés de rejet face à celui qui a commis l’innommable au nom d’un islamisme radical supposé, même si les raisons profondes de son acte sont encore obscures, et du devoir à accomplir envers un musulman, et ce quel qu’ait été son crime, les dignitaires religieux de Boston et de sa région font face à un cas de conscience. Un cas de conscience empreint de l’inquiétude de voir ressurgir, avec une violence décuplée, l’hydre de l’islamophobie.

Parmi les nombreux imams qui ont tranché la question sensible sans une once d’hésitation, en refusant absolument de célébrer les obsèques de Tamerlan Tsarnaev, dont le corps devrait être remis à sa veuve, Katherine Russell, une américaine convertie à l’islam et avec laquelle il a eu une fille, certains estiment que ce dernier s’est à ce point déshonoré en entachant gravement l’islam qu’il ne peut plus être considéré comme musulman.

"Je ne serais pas prêt à faire un enterrement pour lui," a déclaré l'imam Talal Eid de l'Institut islamique de Boston au Huffington Post. "C'est une personne qui a délibérément tué des gens, il n’y a pas de place pour lui en tant que musulman, il a déjà quitté le giron de l’islam en perpétrant ce crime odieux. Dans le Coran, il est dit ceux qui tuent des innocents,  vont habiter le feu de l'enfer", a précisé ce dernier.

De son côté, Suhaib Webb, l'imam du Centre culturel de la société islamique de Boston, éprouve un réel malaise à l’idée de prier pour son repos : "Je ne pense pas que je pourrais conduire une prière pour lui sur le plan éthique", a-t-il indiqué, tout en précisant : "Mais je ne voudrais pas empêcher les gens de prier pour lui".

Parallèlement à ce veto irrévocable, des prises de position plus nuancées se font jour toutefois, à l’instar de plusieurs dirigeants de mosquées qui aimeraient au préalable pouvoir réfléchir à cet enterrement pas comme les autres, et prendre la décision qui s’impose en parfaite concertation interne.

Plus rares sont les imams qui accepteraient de se voir confier cette mission, et parmi ceux-là, quelques uns émettent une seule restriction, à l’image de l’imam Ikram ul Haq : "Nous devons avoir la confirmation que Tamerlan Tsarnaev était musulman, qu’il vivait comme un musulman, et alors seulement si cette condition est remplie, nous pourrons procéder à son enterrement".

Un avis que partage l’imam Suhaib Webb : "Il peut être enterré selon la tradition religieuse à laquelle il adhère. Son sort dépend de Dieu. Nous pouvons le juger par rapport à la folie et la monstruosité de ses actes, mais, à la fin, son âme se présentera devant Dieu", poursuivant : "Dans le Fiqh, il est recommandé à l’imam de ne pas prier pour celui qui a commis une atrocité majeure, mais que quelqu’un d’autre puisse y suppléer, afin de témoigner aux victimes de la compassion".

Alors que le survivant des deux frères Tsarnaev, Djokhar, 19 ans, hospitalisé dans un état grave, a repris conscience et a commencé à répondre par écrit aux questions des enquêteurs, les pensées de l’imam Webb vont vers lui en formant le voeu qu’il se repente de son acte : "Dans l'Islam, si quelqu'un est vivant et a commis un crime, la possibilité de se repentir lui est ouverte jusqu'à ce qu'il meure", a-t-il expliqué, en espérant qu’il acceptera de collaborer avec la police et qu’il demandera pardon aux familles des victimes, décédées et blessées.

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