in ,

Bernard Hourcade : « Israël veut un Iran affaibli — le chaos est un moyen d’y parvenir »

Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), est sans conteste l’un des meilleurs spécialistes français de l’Iran. Géographe et iranologue reconnu, il analyse depuis plusieurs décennies les dynamiques politiques, sociales et territoriales de la République islamique avec une rigueur qui tranche avec les lectures simplistes souvent dominantes dans les médias mainstream. Là où certains plateaux de télévision préfèrent inviter des commentateurs davantage prompts à exprimer des opinions qu’à livrer des analyses étayées, Bernard Hourcade apporte une lecture nuancée, fondée sur la connaissance fine du terrain iranien et des rapports de force régionaux.

Dans un entretien accordé au  Figaro (voir vidéo ci-dessous) , il affirme notamment : « Les Israéliens voudraient une chute du régime. Oui, la chute de la République islamique, personne ne va la regretter, à commencer par les Iraniens, pour au moins 90 % d’entre eux. Mais pour Israël, ils n’ont pas de crainte militaire. J’étais souvent en Israël pour discuter des questions de sécurité et du nucléaire ; ils disaient : nous avons 150 ou 200 ogives nucléaires. Ce n’est pas l’Iran qui nous fait peur sur le plan militaire. Mais nous ne voulons pas que l’Iran – et même si le fils du chah revenait – ait une capacité à faire une arme nucléaire du point de vue politique. Avoir une arme nucléaire, ça signifie une puissance politique, une domination, être membre du Conseil de sécurité de l’ONU, etc. Donc ce que craint Israël, ce n’est pas le régime iranien, qui est détestable, mais ce n’est peut-être pas le pire. C’est l’État iranien fort. Israël veut un Iran faible. Il veut le chaos en Iran à la limite. Le chaos est un moyen d’affaiblir l’Iran. »

Cette analyse, loin des caricatures habituelles, distingue clairement le rejet d’un régime autoritaire et la crainte stratégique d’un État régional puissant. Hourcade met en lumière une dimension souvent éludée : au-delà de l’idéologie, c’est l’équilibre des puissances au Moyen-Orient qui structure les politiques de sécurité. Son propos invite à dépasser les grilles de lecture binaires — « démocratie contre dictature », « axe du mal contre monde libre » — pour interroger les logiques géopolitiques réelles : la dissuasion nucléaire, le statut international, la rivalité régionale et la gestion des rapports de force.

Dans un paysage médiatique saturé d’analyses émotionnelles et de récits alignés sur les narratifs occidentaux dominants, cette parole experte rappelle qu’aucune situation internationale ne peut être comprise sans replacer les États dans leurs stratégies de long terme.

Publicité
Publicité
Publicité

Laisser un commentaire

GIPHY App Key not set. Please check settings

    Ramadan, le mois de l’introspection

    Soixante ans après l’assassinat de Malcolm X : sa famille attaque le NYPD et le FBI en justice