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Ben Laden ne pourra plus nier son implication dans le 11-Septembre

Sortie de scène. Dans la nuit de dimanche à lundi, Barack Obama a annoncé la mort d’Oussama Ben Laden, dirigeant du groupe Al Qaida et commanditaire présumé des attentats du 11-Septembre. Retour sur une élimination opportune.

« Le gouvernement américain m’a toujours reproché d’être derrière chaque occasion au cours de laquelle ses ennemis l’attaquent. J’aimerais assurer au monde que je n’ai pas planifié les récentes attaques qui semblent avoir été organisées par des individus ayant des motifs personnels »  : relayées par Al Jazeera et CNN le 16 septembre 2001, ces paroles ont été prononcées par Oussama Ben Laden. Cinq jours après l’évènement. Tout au long des mois suivants, ce démenti de la part du leader terroriste sera permanent lors de ses rares interventions authentifiées. Par la suite, une vidéo retrouvée en Afghanistan par l’armée américaine ou des séquences audio seront considérées comme des falsifications par plusieurs experts, notamment en linguistique et en reconnaissance vocale. Pour contrer ces dissonances dans le discours médiatique ambiant, L’Express- particulièrement engagé dans la « guerre globale contre le terrorisme »- avait poussé le zèle jusqu’à solliciter une contre-expertise.

L’an dernier, la CIA a pourtant confirmé au Washington Post avoir réalisé –sans oser les diffuser, précise-t-elle- de fausses vidéos mettant en scène Ben Laden et ses assistants, tous incarnés par les « employés à la peau la plus sombre » de l’agence. Mais certaines mystifications sont tenaces : quelques jours après le 11-Septembre, et malgré le communiqué de Ben Laden, la presse internationale n’a pas hésité à diffuser le mythe du bunker high-tech d’Al Qaida. Une interview édifiante de Donald Rumsfeld, alors secrétaire à la Défense, illustre cette connivence entre journalistes et politiques dès lors qu’il s’agit de bâtir une propagande de guerre.

D’autres manipulations peuvent être d’origine inconnue. Ainsi en va-t-il de la pseudo-photo du visage défiguré de Ben Laden : cette image diffusée sur la plupart des chaînes info françaises en début de matinée est en réalité un grossier photomontage déjà utilisé en novembre dernier par un site américain antimilitariste.

The show must go on

Au terme d’une traque officielle et sinueuse, l’élimination de Ben Laden au Pakistan –un pays « allié » qui avait toujours nié sa présence sur son territoire- est un voile supplémentaire sur le procès des accusés du 11-Septembre. Récemment, Eric Holder, secrétaire à la Justice, avait annoncé que le jugement des comploteurs présumés serait finalement organisé par un tribunal militaire, excluant de facto toute publicité des débats. Une décision qu’il aurait prise à regret sous la contrainte du Congrès. Sceptique, le New York Times y a plutôt vu un signe de lâcheté de la part de l’Administration Obama qui n’a pas voulu tenir tête aux Républicains hostiles à un procès civil. Conséquence : entre l’opacité de la procédure judiciaire à l’encontre de Khalid Cheikh Mohammed et l’impossibilité de faire comparaître l’instigateur déclaré mort, l’élucidation du 11-Septembre est dorénavant rendue plus difficile. Ironie du sort : le jour des attentats, un avocat et ancien procureur fédéral avait validé, au regard de la loi américaine, la possibilité d’assassiner Ben Laden. Il s’agissait d’Eric Holder.

S’exprimant sur la chaîne ABC, ce juriste alors en pleine ascension admettait que le Président puisse donner l’ordre d’éliminer le leader d’Al Qaida au regard de ses crimes passés et à condition –s’empresse-t-il d’ajouter- que la preuve de son implication dans les attentats de ce jour soit apportée. A une question relative aux signaux précurseurs de l’acte terroriste, Eric Holder confessait pourtant son incrédulité quant à l’adéquation entre l’ampleur de l’évènement -jugé « extraordinaire »- et les capacités logistiques d’Al Qaida. Neuf ans plus tard, l’homme devenu secrétaire à la Justice ne s’aventure plus à émettre le moindre doute quant à l’imputation des attentats.

Et tandis que la plupart des chancelleries se félicitent de l’élimination désormais officielle de Ben Laden, deux hommes que tout semble séparer doivent esquisser un large sourire en ce jour où se réalise leur pronostic : le Saoudien Turki al-Faisal et l’Israélien Efraim Halevy peuvent en effet jubiler de concert. Le premier a dirigé les services secrets du royaume wahhabite de 1977 au 1er septembre 2001. Quant au second, il a été le directeur du Mossad de 1998 à 2002. Malgré l’avis des experts selon lesquels Ben Laden était mort ou définitivement disparu, ces deux hommes avaient toujours affirmé que le chef d’Al Qaida était non seulement en bonne santé mais qu’il serait bientôt capturé. Contre l’évidence, ces deux initiés en poste lors de la préparation du 11-Septembre sont décidément bien informés.

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