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Arabie saoudite : des panneaux “interdit aux femmes” ravivent le sexisme ambiant

Il frappe à tout instant et de manière implacable, jalonnant leur route de discriminations humiliantes qui en font des êtres inférieurs et de véritables pestiférées, le sexisme banalisé a encore sévi contre la gent féminine en Arabie saoudite, sortant du chapeau un nouvel interdit sur lequel plane le spectre des lois d’exception contre les juifs ou les noirs aux heures les plus sombres du nazisme sur le Vieux Continent et de la ségrégation raciale aux Etats-Unis.

En effet, depuis quelques jours, des panneaux portant l’ahurissante et non moins scandaleuse inscription « interdit aux femmes » ornent les devantures de plusieurs restaurants du royaume, dont les gérants, très allergiques à la présence du sexe faible dans leur établissement, ont tranché sans sourciller et au mépris de la législation en vigueur, qui s’avère étonnamment moins intransigeante et exclusive qu’eux en l’espèce.

Acclamés par les uns, vilipendés par les autres sur des réseaux sociaux en effervescence, ces restaurateurs, plus royalistes que le roi, ont suscité bien des remous et ravivé la controverse toujours latente et passionnelle au sujet de la place de la femme au sein d’une société repliée dans son archaïsme, et de sa visibilité ou plutôt de son effacement, voire de son éclipse totale…

Alors que ces enseignes ont été fermement réprouvées par la Société nationale des droits de l’Homme, par la voix de son secrétaire général, Khalid Al Fakhri, qui a appelé à leur retrait immédiat en dénonçant leur violation caractérisée de la loi, les fervents partisans de leur maintien, sourds à ces sérieuses mises en garde, ont donné libre cours à leur misogynie primaire, voire sauvage, qui piétine tout sur son passage, y compris les valeurs inaliénables de l’islam.

Les propriétaires de restaurants, à l’origine de cette initiative d’une extrême violence, ont ouvert la boîte de Pandore du machisme débridé, nombre de Saoudiens, qui comptent parmi leurs plus ardents défenseurs, saluant leur décision en affirmant que la présence des femmes, même dans les espaces dédiés aux familles, est une source permanente de "problèmes sociaux et de provocations". 

Un blogueur, qui en avait manifestement gros sur le cœur, est allé jusqu’à prétendre que la plupart d'entre elles se comportent de manière choquante. "Elle viendrait seule et se concentrerait sur son portable d'où émane la musique assourdissante. Elle prendrait une cigarette et perturberait les autres clients qui feraient alors appel à la Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice", a-t-il divagué sur la Toile en chauffant à blanc les esprits, avant de conclure par un verdict sans appel : "Donc, la meilleure chose à faire, c’est d'éloigner les femmes des restaurants à moins qu’elles ne soient chaperonnées par un gardien masculin. De cette façon, le restaurant ne sera pas mis dans l’embarras à cause de la mauvaise conduite d'une femme à l’attitude puérile ou mentalement instable." N’en jetez plus !

Accusées d’avoir le verbe haut et de ne pas savoir se tenir à table, les odieuses caricatures de femmes dépeintes par un autre internaute Talal incitent à penser que la phallocratie saoudienne a encore de beaux jours devant elle, et ce même si elle est contrebalancée par d’autres opinions masculines qui émergent à contre-courant du patriarcat dominant, et tentent de faire sauter les verrous d'un bastion du rigorisme religieux.

"Ces panneaux sont ridicules et honteux. Comment un musulman qui se respecte peut tolérer de telles mesures discriminatoires envers la femme, qui est un être humain, avec des sentiments et des émotions ?" a vivement déploré un Saoudien, adepte des réseaux sociaux, en pointant du doigt un fait que d’autres internautes, outrés tout comme lui, ont mis en évidence : "La majorité de ces restaurateurs sont des étrangers qui sont désarçonnés lorsque des femmes, sans chaperon masculin, prennent place dans leur établissement. Alors, autant leur interdire carrément d’entrer, c’est tellement plus simple !", se plaît-il à ironiser pour mieux faire entendre son effarement, proche de l'abattement.

Les panneaux de la honte ne seront-ils bientôt qu’un mauvais souvenir en Arabie saoudite, ainsi que l’appelle de ses voeux la Société nationale des droits de l’Homme, ou continueront-ils de s’exposer à la vue de tous aux côtés de menus du jour à l’arrière-goût amer ? Nul ne le sait encore. Quant aux Saoudiennes, en plus de défier l’interdiction moyenâgeuse de conduire, n’auront-elles comme autre alternative que de braver cette nouvelle disgrâce infamante pour être enfin traitées équitablement et avec tout le respect qu’elles méritent, comme le préconise la religion du Juste Milieu en s'élevant au-dessus des interprétations bassement humaines ?

Par la rédaction.

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