Auditeur régulier de France-Culture, je vous écris cette lettre au sujet de l’émission du mardi 6 février consacrée au nucléaire iranien, émission au cours de laquelle il a été énoncé à maintes reprises (par les chroniqueurs de la chaine ainsi que par vos invités) que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad aurait déclaré vouloir « rayer Israël de la carte ». Or, cette citation est inexacte (...)
Cher Monsieur Baddou,
Auditeur régulier de France-Culture, je vous écris cette lettre au sujet
de l’émission du mardi 6 février consacrée au nucléaire iranien,
émission au cours de laquelle il a été énoncé à maintes reprises (par
les chroniqueurs de la chaine ainsi que par vos invités) que le
président iranien Mahmoud Ahmadinejad aurait déclaré vouloir « rayer
Israël de la carte ».
Or, cette citation est inexacte : il est même probable qu’elle ait été sciemment déformée , dans le but de grossir démesurément la menace iranienne.
Ceci explique pourquoi la plupart des journalistes la répètent à satiété
et sans exprimer l’ombre d’un doute (au cours de vos brillantes études
de philosophie, vos bons maîtres ont cependant dû vous apprendre la
valeur du doute : cf. Descartes).
En réalité, citant Khomeiny, Ahmadinejad a déclaré en octobre 2005 : «
Ce régime qui occupe Jerusalem doit être effacé de la page du temps »
(cf.http://www.guardian.co.uk/commentisfree/story/0,,1788542,00.html).
Ce régime c’est, bien sûr, le régime sioniste.
Notez que les dirigeants alliés qui, au cours de la seconde guerre mondiale, voulaient légitimement en finir avec le régime nazi n’ont jamais songé à rayer l’Allemagne de la carte du monde en exterminant ses habitants, contrairement à ce qu’affirmait la répugnante -mais très efficace-propagande de Goebbels.
Par ailleurs, il n’a a pas été suffisamment souligné que le président
Ahmadinejad n’a, tout comme son prédécesseur « réformateur » Mohammad Khatami très apprécié de l’Occident, qu’un pouvoir réel assez limité, le véritable pouvoir se trouvant entre les mains du « guide » l’Ayatollah Ali Khamenei, qui a notamment la haute main sur l’armée.
Enfin, en ce qui concerne la guerre Iran-Irak des années 80, il n’a pas
été rappelé que si c’est l’Irak qui déclencha les hostilités pour le
contrôle du Chatt-el-Arab, à partir de juilllet 1982 c’est l’Iran qui
envahit le territoire irakien un mois après que Saddam Hussein eut
décrété unilatéralement un cessez le feu et retiré ses forces armées sur
les frontières internationales conformémement aux résolutions des
Nations unies.
Et c’est l’Iran qui poursuivra la guerre avec acharnement
jusqu’en 1988, refusant tous les appels aux cessez le feu (au point que
même la Syrie finira par s’en désolidariser). C’est un point qui semble
aujourd’hui oublié qu’il y a eu deux phases bien distinctes dans ce
conflit où on présente généralement Saddam Hussein comme « l’agresseur » pour son intégralité, ce qui n’est pas historiquement honnête.
En vous remerciant de votre attention
Marc-Antoine Coppo
Universitaire
Nice