Les problématiques de la famille musulmane : entre tabous, islam, traditions et processus de guérison

Il ne fait pas de doute que la famille incarne la première entité sociale sur laquelle repose la communauté

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lundi 26 avril 2010

Il ne fait pas de doute que la famille incarne la première entité sociale sur laquelle repose la communauté de l’islam et qu’elle constitue la matrice appelée à forger les générations futures.

Elle fait, dès lors, l’objet d’une attention particulière en islam. En effet, une série de dispositions sont prises en vue de dessiner avec précision les contours de son rôle et de la place qui lui reviennent dans l’édifice social et communautaire.

D’où l’importance qu’accordent les textes fondateurs de l’islam au choix judicieux du conjoint, eu égard aux conséquences qui en découleront sur la stabilité de la famille.

En effet, la fonction principale du noyau familial, qui est de forger des générations garantes de la pérennité du genre humain et de la transmission des valeurs, est tributaire de l’adéquation entre époux.

A ce sujet, le Prophète (r) nous enjoint de mettre l’accent sur la piété et la bonne moralité du futur conjoint.

Fonder un foyer n’est pas chose aisée et nécessite une préparation qui ne se confine pas à l’aspect matériel des choses, comme il est communément admis ; mais couvre également la double dimension éthique et spirituelle reposant essentiellement sur l’instruction et l’éducation de soi.

Certains juristes recommandent même l’existence d’une proximité socio-éducative des deux conjoints permettant une meilleure communication et une plus grande concordance au niveau des us et habitudes.

Malheureusement, cette démarche idéale proposée par l’islam n’est pas à l’honneur dans la composition de nombre de nos foyers aujourd’hui.

En effet, force est de constater que les traditions et cultures qui ont pris le pied sur les enseignements de l’islam ; marquent encore de leur empreinte indélébile l’éclosion de la famille, ainsi que la répartition des tâches et responsabilités qui définissent la place de chacun dans la hiérarchie familiale.

Aussi, la plupart des liens qui unissent les membres des familles musulmanes tendent à se distancer ou même à se rompre. Si l’influence de la culture occidentale sur nos familles traditionnelles n’est plus à démontrer (influence entraînant une dualité difficile à assumer et générant crises identitaires, repli sur soi et confusion des rôles), elle ne suffit pas à elle seule à expliquer les dérives que vivent nos familles.

D’où l’intérêt, dans une approche de thérapie familiale, de s’atteler à traiter les symptômes inhérents au dysfonctionnement de la cellule familiale.

De ce fait, cet article veillera à mettre à nu une série de concepts erronés qui influent d’une façon certaine sur les dégénérescences présentes dans nombre de nos familles.

En effet, en tant que théologien et médiateur social et religieux au Centre Islamique et Culturel de Belgique et en tant que psychologue clinicienne et psychothérapeute en systémique[1], nous nous trouvons en première ligne dans l’accompagnement de personnes au prise avec des difficultés, quelles qu’elles soient, vécues au sein des familles musulmanes.

 Ce texte est le préambule à une série d’articles ultérieurs qui porteront sur différentes thématiques.

 En guise d’introduction, nous nous attacherons à donner un cadre à notre réflexion par le biais d’une série de définitions.

 

Ceci dit, nous aborderons, d’une part, la notion de tabous injustement imputés à l’islam ; d’autre part l’obligation instituée par l’islam de se soigner en vue de surmonter les crises et douleurs qui frappent tant de familles ; et enfin la définition des champs de compétence visant à souligner que le recours à l’imam n’est qu’une partie de la thérapie et non pas toute la thérapie.

Nous verrons qu’il existe d’autres compétences d’ordre profane susceptibles de proposer des remèdes aux maux qui minent nos familles et qui dépassent les compétences religieuses dont dispose l’imam.

Définir ces différentes disciplines, les classifier et dégager la corrélation existant entre elles s’avèrent nécessaire afin de s’attaquer efficacement aux symptômes de ces troubles, selon leur nature. 

Notre but n’est pas de fustiger ces familles mais plutôt de les aider à appréhender leur fonctionnement afin qu’elles puissent solutionner les crises qui traversent leur histoire, sans pour autant être clouées au pilori par la communauté musulmane.

En effet, en filigrane de ce constat, se posent les questions relatives à de nombreux « tabous » présents au sein de notre communauté concernant des problématiques diverses telles que les abus sexuels ou l’inceste, le suicide, les maltraitances psychiques et physiques, le viol, le suicide, l’adoption, etc.

Pour commencer, arrêtons-nous un instant sur le concept de tabou si souvent attribué à l’islam : celui-ci est régulièrement présenté comme étant l’expression d’une certaine pudeur ; dans certaines situations, il est assimilé à tort à l’attitude légitime du point de vue religieux, qui consiste à couvrir son prochain lorsque celui-ci commet une erreur.

 

Il est un fait que la pudeur est une valeur estimée par l’islam. Le Prophète (r) en souligne, d’ailleurs, les vertus : « La pudeur n’apporte que du bien[2]. »

La pudeur est religieusement définie comment étant « le nom désignant ce qu’il convient d’éviter comme attitude malsaine[3]. »

En revanche, elle ne peut en aucun cas être une entrave au devoir incombant au croyant de dire la vérité, même si celle-ci peut paraître gênante.

Le récit suivant illustre parfaitement nos propos : certains compagnons furent conviés à partager le repas avec le Prophète (r) dans sa demeure. Une fois le repas terminé, certains des convives prolongèrent leurs causeries sans remarquer que ceci gênait le Prophète (r) qui ne trouvait pas les mots adéquats pour leur en faire part.

Suite à cela, un enseignement fut révélé, instituant le comportement approprié à adopter lorsque nous sommes invités et rectifiant le comportement prophétique pudique, en l’invitant à n’éprouver aucune gêne quant il s’agit de dire une vérité.

Allah (Y) dit au sujet de ce fait : « Ô croyants ! N’entrez dans les demeures du Prophète que si vous êtes invités à un repas. Evitez d’être là à attendre que le repas soit prêt. Quand vous êtes invités, entrez et après avoir mangé, dispersez-vous, sans vous livrer à des propos familiers. En vérité, cela offenserait le Prophète qui aurait honte de vous en faire part. Mais Dieu n’a pas honte de dire la vérité. » (Sourate Les Coalisés/n°33, verset : 53)

De même, cette pudeur ne peut pas non plus occulter un autre devoir religieux consistant à poser des questions légitimes, aussi intimes soient-elles.

A ce sujet, Oum Sulaym (y) interrogea le Prophète (r) dans les termes suivants : « Ô Messager d’Allah (Y) Allah n’éprouve aucune gêne à ce qu’une vérité soit dite, la femme doit-elle se laver si elle fait un rêve érotique ? Le Prophète (r) répondit : Certes, oui, si elle trouve (dans ses vêtements) une souillure[4]. » 

Dans d’autres situations, nous l’avons dit précédemment, certains musulmans confondent cette pudeur « culturelle » avec l’attitude, somme toute légitime, de couvrir son prochain lorsque celui-ci commet une infamie ; dans la triple finalité de ne pas étaler son péché sur la voie publique, de protéger la famille de l’éclatement qui peut quelques fois épouser des formes dramatiques et de se soustraire à la désapprobation publique, au qu’en-dira-t-on.

Couvrir son prochain dans son écart est une posture religieusement établie ; les sources scripturaires musulmanes sont nombreuses à l’appuyer.

Néanmoins, cette action est loin de représenter une règle absolue ; elle est, au contraire, astreinte à la présence d’un regret et d’un repentir de la part de l’incriminé.

D’un point de vue psychologique, le terme tabou fait référence aux secrets de famille.

Appréhender le concept de « secrets de famille » suggère d’apporter quelques précisions quant à certains concepts systémiques.

Robert Neuburger, psychiatre et psychothérapeute de couple et de la famille, définit la famille comme un groupe d’appartenance pour l’individu. « La constitution du groupe d’appartenance impose une solidarité des membres entre eux. La contrepartie de cet effort de solidarité est une différenciation du contexte général. »[5]

Le sentiment d’appartenance d’un individu est en lien direct avec le « mythe familial » de la famille de cette personne.

Neuburger propose le fait que le mythe familial offre à ses membres la définition de ce qu’est une famille, leur famille ; ainsi que l’assurance que chacun des membres partagent cette définition.

Il rajoute que le mythe familial offre à la famille un véritable code de lois qui régit les rapports entre les membres, définit les relations que les membres doivent entretenir non seulement entre eux, mais aussi avec le monde extérieur.

La recherche de Neuburger[6] est intéressante car elle confère au mythe un caractère paradoxal, par la bipolarité du message qu’il incarne, adressé aux membres de la famille. Il leur est demandé à la fois d’être conforme et à la fois de se singulariser par leur différence.

Par exemple, le mythe familial pourrait se traduire comme suit : « Chez nous, les Ben Aziz, nous sommes des commerçants », ou encore, « Chez les Ben Aziz, les hommes ont le sens de l’humour », etc. De plus, au sein de la famille des Ben Aziz, il faudrait qu’on puisse différencier le petit frère du grand frère, de la sœur, du père et de la mère. En effet, la famille s’organise selon la différence des sexes et celle des générations.

Neuburger précise à ce propos que l’enjeu des membres de la famille est donc, en fonction de ce message paradoxal, de se singulariser sans que leur différence ne mette en danger l’identité familiale. La famille devient alors un véritable lieu de prédilection où l’on peut s’autonomiser et se différencier[7].

En tant que membre de notre famille, nous avons tous une idée sur ce qu’il convient de faire ou non, ce qui provoquerait notre rejet, ou notre acceptation au sein de la famille. Nous participons tous de façon inconsciente au maintien de notre groupe d’appartenance, notre famille. Nous avons tous une idée plus ou moins inconsciente de ce que notre famille attend de nous. Par exemple, dans une famille, où l’on est médecin de père en fils depuis des générations, il sera peut-être difficile pour le fils de devenir artiste ou comédien.

A ce propos, Boszorgmenyi-Nagy[8] définit la loyauté comme la réponse d’un individu à la requête le sommant de se conformer à ce que l’on attend de lui au niveau relationnel au sein de sa famille. Il poursuit comme finalité le souci du bien-être de chacun des autres membres de la famille.

Nous sommes donc tous mandatés par notre famille à jouer un rôle précis en vertu de notre histoire familiale. Selon Boszorgmenyi-Nagy et Spark, les mandats familiaux et les loyautés invisibles occupent une place centrale dans les problématiques d’individuation et d’autonomie[9].

Le concept de mandat de Boszormenyi-Nagy peut exprimer un lien agissant sur plusieurs générations qui comporte un engagement à rendre des comptes. Les loyautés pouvant être cachées, le sujet n’a pas conscience de ses dettes et obligations qui structurent les liens transgénérationnels[10].

En effet, il arrive bien souvent qu’un ancêtre de la famille ait commis une faute non avouée qui est expiée par l’un ou plusieurs de ses descendants. Parfois, les descendants n’en ont pas conscience et portent des symptômes explicables au regard de leur histoire familiale.

Annig Segers-Laurent souligne le fait que certaines familles rendent secrets des événements en raison de la menace qu’ils présentent pour leur identité familiale.

Les bouches se scellent à propos de ces choses qui ne sont pas en conformité avec les valeurs qu’incarne le mythe familial. La levée du ou des secrets fait encourir aux membres de la famille un danger, précise-t-elle[11].

Selon Guy Ausloos, « le secret est un élément d’information que l’on cache parce qu’on croit qu’il ne peut être dévoilé sans risque pour la famille et pour ses membres ».[12] 

Ces secrets de famille nous renvoient à l’existence d’un autre mythe familial, celui de la famille « normale ». De nombreux secrets permettent de maintenir l’identité de la famille, il s’agit d’une  « famille comme les autres » pour le monde extérieur.

En effet, selon Neuburger, « la famille repose sur un autre pôle de croyance : la conviction que le monde extérieur, monde social, a ses propres normes, idéal social d’une bonne famille, d’une famille normale aux yeux de la société. Le fonctionnement normal d’une famille sera de préserver une différence (…), et de veiller à ne pas trop s’éloigner de la norme sociale d’une bonne famille, (…) »[13]

Cela expliquerait effectivement la difficulté pour une famille musulmane à évoquer et intégrer dans son histoire familiale, les abus perpétrés en son sein, abus en totale contradiction avec les préceptes islamiques et la Loi.

Notre hypothèse est la suivante : plus l’histoire familiale des personnes que nous rencontrons lors de nos entretiens est traversée par des tabous et des secrets de famille ; plus grand est le risque que les liens existant entre les différents membres de la famille soient caractérisés par des ruptures ou se distendent, faisant place à une incompréhension de la communauté eu égard aux valeurs islamiques. Dans d’autres cas, ces liens sont régis par des loyautés familiales empêchant toute autonomisation au sein de la famille, générant des symptômes pouvant revêtir des formes diverses.

En d’autres termes, soit, les personnes prennent en considération leur désir personnel de se distancer, voire rompent les liens avec leur famille d’origine, ayant le sentiment de trahir ainsi les règles de leur système familial ; soit, ils font le choix de « se sacrifier » au profit de la loi du groupe familial, déniant tout désir personnel d’autonomisation, et développant toute une série de symptômes divers.  Selon Ausloos, le symptôme d’un ou des membres d’une famille, serait « le résultat d’une incompatibilité entre les finalités de l’individu et les finalités familiales au moment de l’émergence du symptôme. ». [14]

Ceci dit, il devient, donc, impératif de faire la part des choses et de déboulonner le tabou présent dans nos familles de son piédestal, par un retour aux vraies valeurs musulmanes censées présider à la destinée de nos foyers.

Ce retour aux sources et cette prise de conscience ne peuvent que déboucher sur une approche critique des maux, tant individuels que familiaux, qui nous affectent. Nous serons invités à faire le pas vers une thérapie dont les contours devront être définis.

Face à ces secrets de familles ou tabous qui entourent certaines problématiques telles que le viol, l’inceste, les abus sexuels et toutes formes de maltraitances, le suicide, l’adoption, etc. ; il est nécessaire que ces familles puissent se faire accompagner.

D’une façon fondamentale, il importe de « se soigner ». Encore faut-il accepter l’idée que se soigner n’est pas un simple choix mais une démarche impérative dictée par notre foi.

 

En effet, beaucoup pensent qu’il suffit de tourner la page du passé, de faire son deuil et de laisser ensuite le temps agir pour cicatriser les plaies.

 

Une telle attitude revient à nier la nécessité de se soigner afin de retrouver son équilibre spirituel, moral et psycho-mental avant d’ouvrir une nouvelle page dans la vie.

Par analogie avec la blessure physique, les personnes en souffrance psychique ont des blessures qu’elles doivent « soigner ».

Soit, elles utilisent du désinfectant pour soigner la plaie. Cela peut s’avérer dans la plupart des cas pénible et désagréable. Toutefois, le désinfectant traite la douleur initiale, laissant place à une cicatrice. Soit celles-ci cachent la blessure qui continue de saigner et de les faire souffrir.

L’avantage de la cicatrisation est que les tissus cutanés sont beaucoup plus résistants que les tissus d’origine. Toutefois, on voit la cicatrice, qui fait ainsi partie de l’histoire de la personne.

Le désinfectant pour traiter la souffrance psychique sera le fait de pouvoir mettre des mots sur les émotions ressenties. Cela aura pour conséquence de traiter la douleur et de diminuer l’intensité des sentiments.

Nombreuses sont les familles où la règle est de réprimer les sentiments négatifs au plus profond de soi-même. Dans ce cas, on cache la blessure mais elle saigne toujours et continue de faire mal.

De fait, la nécessité de se soigner trouve ses sources dans nos prescriptions religieuses. En effet, le Prophète (r) souligne ce qui suit : « Allah n’a pas fait descendre une maladie sans la faire accompagner de son remède[15]. »

Face à cet impératif de se soigner, deux éléments essentiels nous sont apparus :

- Du premier émerge la question du champ des compétences des différents professionnels confrontés aux familles.

Deux types de confusions sont mis en évidence :

le rôle de l’imam et du psychologue.

le rôle des divers psychologues existants sur le terrain.

 

- Le second concerne les obstacles liés aux préjugés ; aller voir un psy équivaut pour grand nombre de personnes à se considérer comme fou.

Nombreuses sont encore les personnes de la communauté qui confondent le travail de l’imam et celui du psychologue.

La démarche légitime qui consiste à s’adresser à l’imam comme représentant de l’autorité religieuse habilité à répondre aux interrogations des fidèles, qu’elles soient individuelles ou familiales ; lorsque celles-ci relèvent de son domaine de compétence, bien entendu ; reflète tout de même une profonde méconnaissance quant à la nature des problèmes rencontrés dans ces familles. Les dits problèmes dépassent de loin le champ de compétence des imams. La plupart se sentent démunis face aux sollicitations des couples et familles tentant de résoudre un problème. Ils exigent dès lors l’intervention d’un psychologue qui apportera, par ses compétences, le point de vue du thérapeute quant à la solution à apporter.

Ce dernier est en effet formé pour accompagner les personnes dans la recherche de solutions face à leur souffrance.

En conséquence, le psychologue est la personne la plus appropriée pour tenter de répondre à la demande des personnes en souffrance psychique.

Toutefois, toute personne ayant fait des études de psychologie n’est pas, pour autant, compétente pour recevoir des personnes en individuel, en couple et/ou en famille.

D’où la nécessité de procéder à une définition des différents champs de compétences susceptibles de proposer le remède et la thérapie appropriés suivant les différents cas.

Il serait donc intéressant de découvrir quelques-uns de ces champs disciplinaires et de les classifier afin d’aiguiller les foyers dans leur recherche d’une solution aux problèmes qui les minent. 

Plusieurs orientations existent. Il faut différencier au niveau universitaire le psychologue clinicien, du psychologue social, du psychopédagogue, du neuropsychologue, du psychiatre.

Le psychiatre est un médecin qui a poursuivi par la suite une formation en psychiatrie. Il prescrit des médicaments et se charge des problématiques plus lourdes faisant référence à la psychiatrie et aux pathologies mentales plus conséquentes, ne pouvant être traitées dans le cadre de travail du psychologue clinicien. Il est compétent pour recevoir des personnes en souffrance psychique et réaliser un traitement thérapeutique avec ou sans médicaments.

Jérôme Vermeulen, psychologue et responsable du site « le psychologue.be », nous explique de façon succincte et concise les différences qui existent au sein de la profession des psychologues.

« Le premier élément fondamental : le titre de psychologue est protégé par la loi, tout comme celui de psychiatre.
En 1993, le gouvernement belge décide de protéger le titre de psychologue. Depuis, il faut remplir un certain nombre de conditions bien précises pour le porter :

Etre titulaire d’un diplôme universitaire de Licencié en sciences psychologiques (UCL, ULB, ULg, UMH) ;
Etre enregistré auprès de la commission des psychologues de Belgique et se référer à un code de déontologie très rigoureux. »[16]

La Commission des Psychologues est l’équivalent de l’Ordre des médecins pour les psychologues. Tout psychologue qui exerce la profession au sein d’une organisation ou à titre privé a l’obligation légale de s’y inscrire.

De cette façon, toute personne peut vérifier sur la base de données de la Commission des Psychologues, si le psychologue auquel il s’adresse a le droit de porter le titre auquel il prétend. Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter leur site : http://www.psychologencommissie.be/

« Le plus connu des psychologues est le psychothérapeute : celui qui pratique la psychothérapie. Il s’agit en réalité du psychologue clinicien. Il s’agit du psychologue formé à l’aide aux personnes en difficulté (dépression, phobie, stress, anxiété, etc.)[17] ». 

Selon la définition que donne l’ULB sur son site internet, l’objectif de la psychologie clinique est de pouvoir à terme traiter des personnes et des groupes en se référant à la psychologie du développement et à la psychopathologie.[18]

« Les psychologues cliniciens seront en mesure de conduire des entretiens cliniques et d’utiliser des épreuves d’évaluation diagnostique et de collaborer avec les divers partenaires institutionnels qui seront les leurs ».

On peut notamment apprendre sur ce site les différences suivantes :

« La neuropsychologie se situe à la charnière de la neurologie et de la psychologie. Elle part du postulat suivant : les phénomènes psychologiques sont sous-tendus par notre cerveau, dont elle étudie le fonctionnement et la structure.

La psychologie cognitive appréhende notre cerveau comme un formidable système de traitement de l’information : perception, langage, comportements, mémoire,... ; elle a puisé une partie de son inspiration et de son essor dans le développement des technologies informatiques. Aujourd’hui, elle est le plus souvent associée à la neuropsychologie.

La psychologie sociale étudie les phénomènes psychologiques lorsque nous sommes en groupe.

La psychologie expérimentale travaille sur le mode de l’expérimentation : placer des personnes dans des situations expérimentales concrètes, en modulant une ou plusieurs variables de la situation pour en mesurer l’impact sur les comportements et attitudes. Objectif : valider ou infirmer des hypothèses scientifiques à l’aide d’analyses statistiques. ».

Vermeulen précise de plus que : « La psychopédagogie étudie les processus éducatifs et d’apprentissage. Il s’agit de la branche de la psychologie qui étudie la pédagogie et les processus d’apprentissage. Il s’agit des processus normaux ainsi que des difficultés d’apprentissage et les problèmes éducatifs (rééducation, logopédie, milieux défavorisés, etc.)[19] ».

En conclusion, seuls le psychologue clinicien et le psychiatre sont formés pour recevoir des personnes en entretiens individuels, en couple et/ou en famille.

Enfin, tout psychologue n’est pas forcément thérapeute.

A l’heure actuelle, le titre de thérapeute n’est pas protégé. En d’autres termes, n’importe qui peut se proclamer thérapeute.

La plupart des psychologues cliniciens ou psychiatres compétents pour recevoir des familles et/ou en individuel, avec une conscience professionnelle se forme à la clinique psychothérapeutique.

Ces formations sont onéreuses mais indispensables pour mener à bien le projet thérapeutique avec les patients/clients.

Parmi les écoles de psychothérapies, plusieurs obédiences existent.

Les psychothérapies d’orientation psychanalytique, d’orientation systémique, ou d’orientation cognitivo-comportementale, hypnose, gestalt, …[20]

Tout dépend de votre choix ; toutes les écoles n’ont pas les mêmes objectifs et ne travaillent pas de la même façon. Il convient donc de se renseigner pour déterminer l’école avec laquelle on se sent le plus à l’aise.

Enfin, le psychanalyste quant à lui n’est pas forcément psychologue. Il a suivi une psychanalyse[21], ce qui lui donne le droit de se déclarer psychanalyste. En d’autres termes, si un ingénieur décide d’aller se coucher sur le divan d’un psychanalyste pour y réaliser une psychanalyse, il pourra au terme de celle-ci se proclamer psychanalyste.

Le champ des compétences ayant été brièvement décrit, il convient aussi d’attirer notre attention sur un dernier obstacle encore très présent au sein de la communauté musulmane.

En effet, l’idée que seul le « fou du village » va chez le psychologue reste très largement répandue et est dommageable.

En effet, nombreuses sont les personnes qui en raison de ce préjugé, se privent d’une aide qui pourrait leur faire du bien.

A titre de conclusion, nous restons profondément convaincus qu’un travail de conscientisation s’impose, à notre sens, face au constat de départ.

Pour ce faire, cet article sera suivi d’autres articles traitant distinctement des problématiques rencontrées par les familles. Nous tenterons d’y proposer une série de pistes de réflexions susceptibles de déboucher sur une thérapie efficace prenant en considération les champs de compétence et tenant compte des dimensions multiples, complexes et enchevêtrées que recouvre une problématique donnée.

Nous gardons espoir que ces thématiques abordées donneront lieu à des conférences interdisciplinaires visant à ouvrir de nouveaux champs du possible, de nouvelles perspectives pour nos familles, afin qu’elles ne soient plus enfermées dans des tabous empêchant l’accès à toute tentative de solutionner leurs problèmes.

Le but de toutes ces réflexions est, avant tout, de faire tomber les barrières et d’ouvrir les familles à la possibilité d’un mieux-être des individus mais aussi de la famille, permettant à chacun de ses membres de retrouver sa place et de jouer son rôle dans la partition des tâches, et le respect des droits et devoirs prévu par l’islam. Ainsi, l’entité sociale première qu’est la famille retrouvera sa fonctionnalité initiale.

Bibliographie

Le Noble Coran (essai de traduction), éd. Tawhid-Lyon (France).

Al-Bukhary M., Al-Jâmî’ Assahîh (avec son commentaire Fath Al-Bâry d’Ibn Hajar), éd. Al-Maktaba Assalafiya-Le Caire (Egypte) 1987.

AUSLOOS G., La compétence des familles, Ramonville Saint-Agne, Eres, 1995.

AUSLOOS G., « Œdipe et sa famille ou les secrets sont faits pour être agis », Revue Dialogue « Secrets de famille », Ramonville-Sainte-Agne, éd. Erès, 1980, n° 70, pp. 83-91.

BOSZORMENYI-NAGY et SPARK G. M., “Invisible loyalties, Reciprocity in Intergenerational Family Therapy”, New-York, Harper And Row, 1975.

Ibn Hibbân M., Rawdatu-l-‘uqalâ’ wa nuzhatu-l-fudalâ’, éd. Al-Maktaba Al-‘Asriya-Beyrouth /Saida (Liban) 2003.

Muslim Ib. H., Al-Musnad Assahîh (avec son commentaire Al-Minhâj d’Annaw awy), éd. Dâr Al-Khayr-Beyrouth (Liban)/Damas (Syrie) 1994.

NEUBURGER R., « L’irrationnel dans le couple et la famille. À propos des petits groupes et ceux qui les inventent. », Paris, ESF, 1988.

NEUBURGER R., « Le mythe familial », Paris, ESF, 1995, (3éd)

NEUBURGER R., « Les rituels familiaux », Paris, éd. Payot & Rivages, 2003.

SEGERS-LAURENT A., « Quand les mythes et secrets se bousculent, alors parfois le temps s’arrête, Cahiers de psychologie clinique, Bruxelles, De Boeck Université, 1997, n°9, pp.39-53.

 

Sites internet :



[1] Le modèle systémique s’intéresse à la fonction du symptôme, plutôt qu’à son sens, de l’individu au sein du contexte de vie de ce dernier. Dès lors, la famille est considérée comme un système, et le symptôme d’une personne participe au maintien d’un « équilibre familial ». En tant que psychologue clinicienne et psychothérapeute en systémique, la littérature scientifique à laquelle je me réfère fait partie de la pensée systémique.

[2] Rapporté par Al-Bukhary (n° 6117) et Muslim (n° 37) d’après le compagnon ‘Imrân Ibn Hossayn (y).

[3] Ibn Hibbân, Rawdatu-l-‘uqlâ’  p.47. 

[4] Rapporté par Al-Bukhary (n° 282) et Muslim (n° 313).

[5] R. Neuburger « L’irrationnel dans le couple et la famille. À propos des petits groupes et ceux qui les inventent. » . Paris, ESF, 1988. p. 26

[6] Cf. R.NEUBURGER, « Le mythe familial », Paris, ESF, 1995, (3éd).

[7] Neuburger, op cit.

[8] BOSZORMENYI-NAGY et SPARK G. M., “Invisible loyalties, Reciprocity in Intergenerational Family Therapy”, New-York, Harper And Row, 1975. 

[9] BOSZORMENYI-NAGY et SPARK G. M., op cit. 

[10] BOSZORMENYI-NAGY et SPARK G. M., op cit. 

[11] A. SEGERS-LAURENT, « Quand les mythes et secrets se bousculent, alors parfois le temps s’arrête  », Cahiers de psychologie clinique, Bruxelles, De Boeck Université, 1997, n°9, pp.39-53.

[12] G. Ausloos, « Œdipe et sa famille ou les secrets sont faits pour être agis », Revue Dialogue « Secrets de famille », Ramonville-Sainte-Agne, éd. Erès, 1980, p 84.

[13] R. NEUBURGER, « Les rituels familiaux », Paris, éd.Payot & Rivages, 2003.page 149.

[14] G. Ausloos, La compétence des familles, Ramonville Saint-Agne, Eres, 1995. p. 134

 

[15] Rapporté par Al-Bukhary (n° 5678) d’après le compagnon Abu Huraïra (y).

[16] Vermeulen, J. Les différents secteurs de la psychologie http://www.lepsychologue.be/psychologie/psychologues.php, page consultée le 10 janvier 2010.

[17] Vermeulen J, op cit.

[18] Université Libre de Bruxelles, site de l’Université Libre de Bruxelles, http://www.ulb.ac.be/enseignements/presentation/fr/ma/psyc.html, page consultée le 10 janvier 2010.

[19] J. Vermeulen, op. cit.

[20] En définitive, toutes les écoles de psychothérapies se valent. Il convient donc de vous renseigner auprès du psychologue à qui vous vous adressez. Et si besoin est, Internet reste une précieuse ressource pour pouvoir recueillir ce type d’informations.

[21] Une psychanalyse fait référence à la pratique freudienne où le patient est couché sur un divan et est invité à dire tout ce qu’il lui passe par la tête selon la méthode d’association libre. Cette pratique peut servir de technique chez un psychologue ou un psychiatre, mais aussi chez un citoyen lambda. Dès lors, la prudence reste de mise si la personne est uniquement psychanalyste.

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Auteur : Mustafa Kastit

Mustafa Kastit est théologien et licencié de la Faculté du Hadith et des Etudes Islamiques de l’Université islamique de Médine. Il est actuellement enseignant et conférencier.

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