"Les intifadas à la française", selon Ivan Rioufol

Il est étonnant d’observer à quel point l’allégorie dominante, quasi obsessionnelle, qui imprègne l’

jeudi 21 octobre 2010

Il est étonnant d’observer à quel point l’allégorie dominante, quasi obsessionnelle, qui imprègne l’inconscient collectif de nos faiseurs d’opinion, dépeint chaque soubresaut de la société française à travers des clefs d’interprétation aux influences venues d’ailleurs…

Qu’elle emprunte son symbolisme à la mafia ou au Proche-Orient, l’imagination n’est pas au pouvoir dès lors qu’il s’agit de décrypter la déconfiture des Tricolores au Mondial, ou de disserter sur le climat insurrectionnel qui règne en France suite au passage en force de la réforme des retraites, à moins que son indigence suspecte ne serve avec diligence les intérêts d’un pouvoir Sarkozyste en pleine dérive droitière.

La plume de l’éditorialiste Ivan Rioufol a couru sur la feuille blanche pour la noircir d’une encre intransigeante de procureur général, qui a puisé dans l’analogie incendiaire de « l’Intifada des jeunes palestiniens face aux forces israéliennes », la matière de son réquisitoire contre le coupable idéal, responsable des heurts de Lyon : la jeunesse de confession musulmane des banlieues, entre redoutables caïds "encapuchonnés" et rebelles indomptables de la République. Un sombre portrait qui ne laisse guère de place à la représentation plus radieuse d’une autre réalité…

"Ce qui s’observe chez ces voyous, c’est un refus de s’intégrer dans une société qu’ils rejettent culturellement” assène celui qui a perçu dans les récentes scènes de révolte, certes alarmantes et répréhensibles, un mimétisme calqué sur le conflit israélo-palestinien.

"Intifada, échec de l’intégration, fractures identitaires, guerillas urbaines", l’impact des mots sont autant de violents jets de pierre qui meurtrissent et creusent des abîmes d’incompréhension et de haine entre les français. Mais cette offensive rhétorique là, qui joue insidieusement sur la métaphore palestinienne pour faire triompher une vision partiale du conflit dans notre pays, n’est-elle pas la plus pernicieuse des frondes ?

Si la République doit être garante de la paix sociale, elle doit aussi plus que jamais rassembler tous les français autour de valeurs humanistes bien mises à mal aujourd’hui, et inviter urgemment chacun, notamment ses intellectuels tentés par « l’Intifada » sémantique, à savoir raison garder.

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