Le sionisme chrétien comme dimension fondamentale du conflit israélo-arabe

Cette théologie protestante qui identifie les Protestants persécutés des XVIème, XVIIème et XVIIIème si

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lundi 27 novembre 2006

Eléments pour une analyse systémique et transdisciplinaire du conflit Israël-Occident/Palestine-monde arabe

Ière partie : De la Réforme protestante à Théodore Herlz, de la naissance des Etats-Unis à la Déclaration Baflour.

"Notre souffle est plus long que cette longue durée au coeur du néant" Tawfiq Zyad

A l’inverse du réductionnisme méthodologique, notre approche du conflit israélo-palestinien reposera sur une analyse de type systémique : il s’agit d’être attentif moins aux objets qu’aux relations. Le sens d’un fait ne réside pas seulement dans ses caractéristiques propres, mais aussi dans la trame des rapports qui se tissent autour et à travers lui.

Dans cette analyse, le conflit entre l’Israël et la Palestine forme et constitue un système qui n’est intelligible que dans la mesure où nous l’inscrivons dans un méta-système qui est constitué par la relation conflictuelle entre l’Occident et le monde arabe et musulman. Cette relation mérite elle-même d’être articulée avec la relation conflictuelle entre le Nord et le Sud (ou pour reprendre une autre image le Centre et la Périphérie).

Ces élargissements successifs ne sont pas uniquement spatiaux. La profondeur temporelle se trouve elle aussi affectée et il convient, pour ne pas réduire la compréhension du conflit Israël-Palestine à sa temporalité immédiate, de contextualiser selon une longue histoire ce conflit. Ici, nous voudrions tordre le coup à une idée répandue qui le fait remonter à Theodore Herzl et son à projet colonial datant de la fin du XIXème et du début du XXème siècles.

En réalité, nous voudrions souligner que ce conflit n’est pas intelligible si nous ne saisissons pas les enjeux d’une dynamique concrète, sociale et historique qui est celle de la Réforme protestante aux XVIème et XVIIème siècles. En effet, nous voudrions rappeler que la genèse du projet colonial sioniste procède d’une certaine théologie chrétienne protestante.

Cette analyse systémique particulière se doit d’être également transdisciplinaire car les ressources de la seule science politique ou du droit international ne sont pas suffisantes. La théologie et l’anthropologie culturelle doivent aussi être mobilisées. Mais la transdisciplinarité ne se contente pas de la seule sphère de la raison académique et dans notre compréhension de ce conflit ce sont aussi les forces de l’intuition que nous voulons convoquer.

Les Occidentaux, régulièrement, à travers leurs médias, leurs intellectuels et leurs dirigeants politiques, considèrent que la paix entre Israéliens et Palestiniens suppose l’intervention d’un tiers neutre ou, en tout cas, d’un tiers qui n’as pas de responsabilités directes dans la cause du conflit. Conflit entre « Juifs et Arabes », entre « Juifs et Musulmans », entre « fils d’Israël et fils d’Ismaël », les lectures schématiques abondent.

Le point commun entre elles, outre leur essentialisme, est que l’Occident se voit exonérer de toutes ses responsabilités originelles. Les Occidentaux considèrent même qu’ils font le pari de la paix en critiquant les uns et les autres, dénonçant les « excès » de la politique israélienne et l’« extrémisme » de la position palestinienne. En fait, si la terre palestinienne est le lieu de l’existence (au sens de manifestation) du conflit israélo-palestinien, son essence (ses causes profondes) réside dans l’histoire même de l’Occident, de l’Europe issue de la Réforme aux Etats-Unis. Le projet sioniste en Palestine (c’est-à-dire l’installation des Juifs en terre palestinienne) ne relève pas mécaniquement du judaïsme comme le prétendent beaucoup de personnes, mais d’une dérive politico-théologique qui remonte au christianisme protestant.

Sola scriptura ! Par l’Ecriture seule ! Ce principe est l’un des axes fondamentaux de la Réforme protestante initiée par Luther (1488-1546). Il affirme que la Bible (l’Ancien Testament et Nouveau Testament) est la référence ultime de la foi chrétienne. Alors que la version latine de la Bible (Saint Jérôme, Vème siècle) est, de facto, monopolisée par les élites religieuses et intellectuelles de l’Europe chrétienne, la Réforme (dite aussi réformation) démocratise en quelque sorte l’accès aux écritures saintes. Les traductions dans les langues vernaculaires se développent et les Protestants jouent un rôle essentiel dans ce processus religieux et culturel (la traduction de Luther en Allemand).

Dans quelle mesure ce principe, Sola scriptura , intervient-il dans notre questionnement de départ, à savoir la collusion originelle entre protestantisme et projet sioniste en Palestine ? En fait, cette démocratisation de l’accès aux textes bibliques et l’élévation de la Bible au rang de clé de voûte d’une identité chrétienne centrée sur le Christ s’est réalisées dans un contexte historique particulièrement conflictuel. Rappelons, pour notre propos, que durant les XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, l’Europe romaine se lança dans un processus de « reconquête » religieuse afin de contrer la Réforme. Dans le sillage de cette Contre-réforme, ou « Réforme Catholique », les Protestants subissent d’innombrables persécutions.

Or, cette situation devait laisser sur la conscience protestante une empreinte singulière et, dans le contexte de la généralisation de la Bible, elle favorisait à une identification avec les Hébreux persécutés dans l’Egypte des Pharaons. On peut légitimer considérer cette théologie identitaire comme étant l’une des sources de la solidarité « civilisationnelle » qui cohére le monde occidental et l’Israël moderne crée en 1948.

Cette théologie protestante qui identifie les Protestants persécutés des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles aux Hébreux de l’Antiquité va trouver en Amérique du Nord une terre d’accueil. A bien des égards, le rapport entre les Etats-Unis et l’Israël, loin d’être réductible à une simple alliance politico-militaire conjoncturelle, se voit enraciné dans l’histoire anthropologique de pays.

Dans ses mémoires, l’ancien président des USA, Jimmy Carter affirme que l’héritage baptise sudiste lui avait donné une « affinité » avec Israël dont la création avait été « ordonnée » par Dieu : « L’établissement de l’Etat moderne d’Israël est l’accomplissement de la prophétie biblique. » (cité in « La dimension théologique du lobby israélien aux Etats-Unis », Marwan Bishara, Le Débat Stratégique, n°30, janv. 1997). Ailleurs, le célèbre promoteur de « l’idéologie des droits de l’homme », déclarait : « Israël et les Etats-Unis ont été formés par des pionniers. Mon pays est aussi une nation d’immigrants et de réfugiés, formé par des peuples venus de maints pays... Nous partageons l’héritage de la Bible. » (Jérusalem Post, mars 1979, cité dans Les origines lointaines de la colonisation de la Palestine, Ahmed Taleb, Nedjma, n° 19, avril 1989, p.23)

Cette « affinité » n’a de sens que dans le cadre du sionisme chrétien de la culture politico-religieuse nord-américaine. Sans ce socle anthropologique, la solidarité de toujours des Etats-Unis avec l’Etat israélien et le mouvement sioniste demeure inintelligible. C’est qu’il y a, en effet, un jeu de miroir entre les deux.

Les Américains du Nord n’ont fait que revivre leur propre expérience « historico-divine » de la conquête du continent à travers la nouvelle expérience sioniste israélienne. Le colon qui brave le « désert », chassant le « sauvage », pour fonder un kibboutz ressemble trop au colon de la « conquête » de l’Ouest. « L’Israélien est un homme de la frontière comme l’Américain l’avait été. Tout deux avaient à se battre avec une population indigène hostile » écrit Ferdynand Zweig (cité in Israël et les Etats-Unis ou les fondements d’une doctrine stratégique, Camille Mansour, Armand Colin , 1995, p. 246-247)

D’une certaine manière, l’expansion et le colonialisme spécifique du sionisme juif donnait une légitimation à l’expérience sioniste chrétienne des Etats-Unis. Par ailleurs, il faut souligner que le point d’ancrage le plus important dans cette « affinité » réside dans le fait que les deux sionismes pensent être les réactualisations modernes de l’histoire des Hébreux de l’Antiquité. La Bible est, ici, la matrice conceptuelle de justification de l’expérience sociale concrète. Pour le cas des Etats-Unis, cela est d’autant plus vrai que le système de représentation qui a présidé à la création, et au développement, de cette nouvelle entité politique va s’appuyer sur la mémoire de la Bible.

Jean-Paul Mayer est un expert des questions stratégiques. Il a travaillé comme Haut-fonctionnaire à l’Etat-Major de la Marine et à la Délégation aux études générales du Ministère de la défense. Il a fait paraître Dieu de Colère. Stratégie et puritanisme aux Etats-Unis (Association pour le Développement et la Diffusion de l’Information Militaire, col. Esprit de Défense, 1995). Il baptise le premier chapitre de ce livre, «  L’Israël américain de Dieu ». Il écrit ceci : «  Le titre peut surprendre, mais c’est ainsi que bon nombre de citoyens des Etats-Unis baptisent leur pays. Armés de la volonté de bâtir une nouvelle société idéale, les premiers Américains croyaient que Dieu avait tenu ce continent vide pour les accueillir un jour les persécutés. Les premiers colons proclament qu’ils vont pouvoir construire sur ces terres nouvelles « l’Israël américain de Dieu », dénomination qui aura une grande prospérité. Ils affirment que leur pays sera différent des autres puisque Dieu l’a réservé aux vrais croyants pour qu’ils y bâtissent la cité de Dieu. L’un d’entre eux, le prédicateur John Eliot, théorise même un gouvernement divin dans son célèbre The Christian Commonwealth (la communauté chrétienne) (...) Le Dieu de Calvin et des puritains est par bien des aspects bien plus proche du Dieu de majesté et de colère de l’Ancien testament que du Dieu d’amour de la révélation chrétienne : c’est pourquoi le puritanisme est souvent qualifié « d’anglo-hébraïsme ». » (pp. 14-15).

Les auteurs nord-américains prennent des accents prophétiques pour décrire le futur de leur nouvelle patrie : « Ce sera une grande, une très grande nation lorsque le Seigneur aura élevé son Israël américain au-dessus des autres nations en nombre, en gloire et en renommée. » prophétise d’Ezra Sitles en 1783 (p. 20-21)

Les Pilgrim Fathers (Pères Pèlerins) fuient la reprise en main politique et religieuse des Stuart d’Angleterre. Ils sont exilés en Hollande, pour ensuite embarquer le 16 septembre 1620 à bord du Mayflower ; ils arrivent à Plymouth en Nouvelle Angleterre. Ces dissidents puritains de l’Eglise anglicane d’Angleterre traversent l’Atlantique avec un projet, celui de construire la Cité même de Dieu, qui est, moins le Dieu de l’Evangile, que celui des textes les plus guerriers de la Bible hébraïque.

Dans son livre, Les mythes fondateurs de la nation américaine. Essai sur le discours idéologique aux Etats-Unis à l’époque de l’Indépendance (1762-1800) (Bruxelles, éd. Complexe, 1992), l’historienne Elise Marienstras restitue très bien l’ambiance intellectuelle de la Fondation et de « l’aventure » : « Le plus souvent, l’Atlantique est comparée à la mer Rouge, l’émigration des sectes anglaises est identifiée à la fuite des Hébreux. La comparaison était en effet utile à plus d’un égard : la mer qui se referme après le passage des fugitifs est une barrière définitive entre le peuple élu et ses oppresseurs ; mais aussi la traversée de la mer Rouge appartient à l’histoire providentielle. Il s’agit d’une histoire hors de la mesure du temps conventionnel, celle qui se situe dans le temps très long du destin de l’espèce humaine et de l’accomplissement de la volonté divine. Il a fallu que les Hébreux franchissent la mer Rouge pour sortir de l’histoire de l’Egypte ; après la traversée du désert qui a permis sa gestation, la nation juive se forme et recommence l’histoire selon le plan divin. » (p. 76)

En 1799, le pasteur congrégationaliste, Abbot Abiel, publie un ouvrage au titre révélateur, Traits of resemblance in the People of the United States of America to Ancient Israel. Comme dans tous les sionismes, le thème de l’élection est primordial. Dans l’idéologie nord-américaine, cette élection prend la forme d’un exceptionnalisme et d’une prétention d’incarner, pour le bien du genre humain, l’Universel :

« Peuple élu, les Américains sont un nouveau peuple d’Israël. La ressemblance des anciens juifs avec les Américains tient en trois traits essentiels :

1- le bonheur d’Israël

2- leur différence avec les autres nations

3- la cause de deux premiers points : la faveur divine. » (p. 92)

Cet exceptionnalisme des Etats-Unis s’accompagne d’une mission divine, d’une responsabilité morale à l’égard des secteurs de l’humanité qui n’ont pas le privilège de l’élection. Le Président Théodore Roosevelt le dira bien :« Le colon dur, féroce, qui chasse le sauvage de sa terre, obtient une créance à l’égard de tout homme civilisé. » (« Le verdict de l’Histoire : Le cas des Cherokkes », Norman Finkelstein, Revue des études Palestiniennes, n° 5, automne 1995, p. 32-33)

Les grands écrivains de l’Indépendance établissent un parallèle entre les colons blancs américains et les Hébreux de l’Antiquité : Dans A Discourse (1786) Enes Hitchkock écrit : « Quiconque prête attention aux nombreux points de similarité qui existent entre leur histoire et la nôtre ne trouvera pas excessif ou artificiel d’appliquer ce passage (de l’histoire biblique) à cette nation chrétienne et à cette révolution dont nous reconnaissons aujourd’hui la grandeur. » (p. 77) Benjamin Franklin lui-même contribue à ce sionisme chrétien avec son livre, Comparaison entre la conduite des anciens juifs et celle des anti-fédéralistes aux Etats-Unis. Il écrit ceci : «  J’aurai, moi aussi besoin de la faveur de l’Etre suprême dans les mains duquel nous sommes et qui a conduit nos ancêtres, comme il l’a fait pour l’antique Israël, de leurs terres natales vers ce pays qui regorge de tout ce qui est nécessaire et utile à l’existence. » (Deuxième Discours inaugural, cité in p. 86)

Il serait faux de croire que nous sommes là au coeur d’une mémoire qui n’a plus d’actualité, c’est-à-dire qui n’a plus de résonances dans la conscience du corps social nord-américain. Jusqu’à ce jour, le sionisme chrétien représente une force de première importance. Les chiffres que les spécialistes de ce courant donnent sont impressionnants et témoignent bien que, malgré le mouvement de la contre-culture des années 1960, l’idéal de « l’Israël américain » reste vivace : Les Protestants les plus engagés dans cette mouvance prennent à leur compte la problématique évangélique de la « seconde naissance », naissance selon l’Esprit et non plus uniquement selon la chair.

Ils sont les « Born Again », les « nés de nouveau ». Richard Landes, directeur d’un centre d’études sur le millénarisme chrétien à Boston, précise : «  Aux Etats-Unis, le noyau dur des « Born Again » regroupe des centaines de milliers de fidèles, jouissant d’une influence considérable parmi 50 millions de fondamentalistes. Ils bénéficient de nombreux relais politiques aux Etats-Unis et en Israël. » (L’Orient-Le Jour, 19/6/1998).

L’analyste palestinien, Camille Mansour, dans son étude sur les Etats-Unis, confirme ce chiffre : « L’identification américaine avec Israël est encore plus marquée dans certains secteurs, comme les chrétiens fondamentalistes et évangéliques pour qui l’Etat d’Israël remplit une fonction eschatologique. La figure la plus célèbre de ces chrétiens fondamentalistes dont le nombre s’élèverait à 50 millions, a été durant les années 80 Jerry Falwell, dirigeant de la « majorité morale », dont les sermons à la télévision battirent les records d’audience. » (Israël et les Etats-Unis ou les fondements d’une doctrine stratégique, Paris, Armand Colin , 1995, p. 247)

De son côté, Claude Lévy, dans une remarquable étude consacrée au « Lobby juif américain », précise le type de rapport qui existe entre les groupes de pression pro-israéliens et les groupes sionistes chrétiens : « En effet, à eux seuls, les Juifs américains seraient tout à fait incapables d’infléchir la politique américaine au Moyen-Orient, d’autant plus que traditionnellement le Département d’Etat est favorable aux thèses arabes. Ce qui fait la puissance d’AIPAC (le principal lobby pro-israélien, ndlr) c’est sa capacité à convaincre d’autres segments de la population américaine de soutenir sa cause. Aipac trouve notamment des alliés auprès des syndicats affiliés à l’AFL-CIO, ainsi que dans les millions de protestants fondamentalistes, lesquels considèrent Israël comme essentiel à la survie politique et spirituelle des Etats-Unis. Leur engagement aux côtés d’Israël est fondé sur la croyance que la création de l’Etat hébreu est inscrite dans la Bible. Beaucoup de ces fondamentalistes considèrent les Juifs comme le Peuple Elu et les Millénaristes parmi eux voient dans la recréation du Grand Israël le signe avant-coureur de la Deuxième Venue du Christ. Il y a aux Etats-Unis plus de cinquante millions de fondamentalistes dont trente millions d’évangélistes qui sont, pour des raisons religieuses, favorables aux thèses sionistes appelés pour cela des Sionistes chrétiens. Pour son soutien à Israël, l’un des chefs de file des évangélistes, Jerry Falwell, a été décoré par Bégin de l’ordre Jabotinsky. » (in Revue Française d’Etudes Américaines, n° 63, février 1995, p. 79)

C’est exactement en 1979, qu’autour de ce télévangéliste Jerry Falwell, que s’organise la Majorité Morale qui entend défendre les valeurs puritaines et nationales-coloniales américaines (5 millions d’adhérents) : c’est l’essor de la nouvelle droite, expression forgée par un catholique du Texas, Richard Viguerie. La base sociale de cette droite conservatrice : la Bible Belt, la Ceinture de la Bible, sud et sud-ouest des Etats-Unis. Impulsés par la Majorité Morale, les fondamentalistes sionistes chrétiens déploient une activité sans limites dans l’univers télévisuel et, en général, dans celui des nouvelles technologies de communications. L’influence est à la hauteur de cette activité. « On sait l’énorme l’impact des télévangélistes de l’église électronique comme Jim Bakker ou Jimmy Swaggart sur près de 80 millions d’Américains, en proie à une profonde crise culturelle générée par les années de la contre-culture. » (Histoire des Etats-Unis, Jean-Michel Laroix, Paris , Puf, 1996, p. 483)

On peut conclure cet aspect, en évoquant la liaison entre les dynamiques sionistes chrétiens et le lobby pro-israélien. L’AIPAC, qui est l’une des principales composantes de ce lobby, a crée un poste, dans sa direction centrale, dont la mission est de maintenir un lien permanent et opérationnel avec les réseaux sionistes chrétiens. Cet attrait des pro-israéliens pour des dynamiques religieuses et identitaires est souligné par le chercheur Marwan Bishara dans son article sur « La dimension théologique du lobby israélien aux Etats-Unis » que nous citions au début de cette note :« Le fait nouveau est la forme de plus en plus idéologique, voire théologique, que revêt l’action de certains composants du « lobby juif » à Washington.Ce fait est dû à la conjonction de deux facteurs : la montée en puissance des religieux orthodoxes et de la droite ultra en Israël, et le rôle de plus marquée du mouvement évangéliste - au sein du parti démocrate autant qu’au sein du parti républicain, surtout dans le Sud, mais également dans le Nord - et, d’une manière plus générale, l’émergence de la vision et du discours théologique dans la définition du rôle universel des Etats-Unis dans le XXe siècle. »

Il y a incontestablement une dimension messianique dans la thématique du Nouvel ordre Mondial de Bush père et de Clinton (ce dernier est issu de la tradition baptiste du Sud) qui est né quelque part, entre la destruction du mur de Berlin et la destruction de l’Irak (comme Etat, nation et société). Cet Ordre nouveau, et cela constitue un élément important, est la réactualisation de « l’Empire du Bien » de Reagan et de ses amis sionistes chrétiens de la Majorité morale face à « l’Empire du Mal ». C’est dans ce cadre que nous estimons que la rhétorique guerrière de Bush Jr, depuis notamment le 11 septembre 2001, avec le thème de l’« Axe du Mal ». En 1952, le théologien protestant Rheinold Nieburgh s’exclamait : « Nous sommes l’Israël américain de Dieu. » (Dieu de colère, p. 25). Avec cette prétention politico-théologique, nous avons l’une des clefs les plus importantes pour rendre intelligible les ressorts de la solidarité et de la complicité israélo-américaine.

Pour en savoir plus : L’association Ishtar organise une conférence le Mercredi 29 novembre 2006 : L’impact du sionisme chrétien et des groupes fondamentalistes protestants dans le monde arabo-musulman et dans l’émigration (Librairie Ishtar 10, rue Cardinal Lemoine 75005 Paris, M° Cardinal-Lemoine / Jussieu / Maubert Mutualité, à partir de 19h30 (libre participation aux frais) Réservation obligatoire : Tel/Fax : 01 43 29 33 08 - [email protected])

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Auteur : Mohammed Taleb

Historien et philosophe. Il travaille depuis plusieurs années sur la question des interférences entre les paramètres anthropologiques, culturels, théologiques dans la compréhension du conflit israélo-arabe. Il s’intéresse également aux enjeux culturels de la globalisation-occidentalisation néo-libérale, et à son impact déstructurant sur les peuples et sociétés du Sud, aussi bien au niveau de leurs existences sociales concrètes qu’à celui de leurs personnalités, de leurs imaginaires, de leurs représentations du monde. Il est notamment l’auteur de « Visages du sionisme chrétien. Essai d’interprétation historique et théologique », Paris, Revue des études Palestiniennes, n° 21 (automne 1999) et n° 22 (Hiver 2000). Il préside la nouvelle association Ishtar

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