La « Sîrat Al Rasûl » traduite intégralement pour la première fois en Français

La vie du prophète Muhammad (sas) a fait l’objet de nombreuses biographies. Ces dernières que les historie

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dimanche 27 janvier 2002

La « Sîrat Al Rasûl » traduite intégralement pour la première fois en Français

La vie du prophète Muhammad (sas) a fait l’objet de nombreuses biographies. Ces dernières que les historiens construisirent dès le huitième siècle, se basent toutes, essentiellement ou en partie, sur « Sîrat Al Rasûl » de Ibn Hishâm. Ce présent ouvrage (éditions Al Bouraq) est la traduction intégrale et inédite de la source la plus ancienne qui ait été écrite sur la vie du Prophète Muhammad (sas).

Le traducteur, Abdurrahmane Badawî est un éminent penseur et philosophe arabe contemporain.

Commençons par dénoncer une erreur « impardonnable » commise depuis au moins cinq siècles1 par des biographes et surtout par des éditeurs modernes, et qui consiste à dire : Sîrat Ibn Hishâm, car l’auteur de la Sîrat Rasûl Allâh est Ibn ’Ishâq, et lui seul. Ibn Hishâm n’a fait qu’abréger un peu le texte original de Ibn ’Ishâq et y introduire quelques notes généalogiques et linguistiques qui sont généralement insignifiantes, voire d’aucune valeur pour l’éclaircissement du texte. André Guillaume, dans sa version anglaise, a bien fait de reléguer les notes de Ibn Hishâm à la fin de la traduction2. D’ailleurs, ces notes ne représentent –quantitativement– qu’un tiers du texte de Ibn ’Ishâq.

Qui est Ibn ’Ishâq, l’unique auteur de la Biographie de l’Envoyé d’Allâh (sas) ?

Son nom est Muhammad Ibn ’Ishâq Ibn Yasâr Ibn Khiyâr, on dit aussi Ibn Kûnân. Il fut surnommé Abû Bakr ou ’Abû ‘Abd Allâh. Son grand-père fut emprisonné par Khâlid Ibn al-Walîd lorsqu’il s’empara de ‘Ayn al-Tamr en l’an 12 h. Khâlid l’envoya à al-Madînah à ’Abû Bakr, le calife, avec les autres captifs. Yasâr avait été parmi ceux qu’avait retenus Chosroès, le roi de la Perse, et que Khâlid trouva dans l’église de ‘Ayn al-Tamr à la frontière de l’Iraq.3 Parmi eux se trouvaient également le grand-père d’Ibn al-Kalbî, le généalogiste et Muhammad Ibn Sirîn, le traditioniste. Yasâr fut acheté par Qays b. Makhramah b. al-Muttabib b. ‘Abd Manâf, qui l’affranchit quand il se convertit à l’Islam ; d’où la nisbah « al-Qurâshî » donné à Ibn ’Ishâq par affranchissement. Yasâr enfanta deux fils : ’Ishâq et Mûsâ, qui devinrent traditionistes, c’est-à-dire qui compilaient et transmettaient les traditions concernant le Prophète Muhammad .

’Ishâq Ibn Yasâr enfanta Muhammad, l’auteur de la Biographie de l’Envoyé d’Allâh (SAW),4 probablement en l’an 55 h, à al-Madînah. Aussi l’appelle-t-on al-Madanî. Il suivit la même route que son frère et son oncle paternel, à savoir : la compilation et la transmission des traditions du Prophète.

Ses maîtres, ses garants

1. Al-Qasim b.Muhammad b. ‘Abû Bakr Al Siddiq

2. Nâfi’, muawlâ ‘Abd Allâh b. ‘Umar

3. Abû Salamah b. ‘Abd al Rahmân b. ‘Awf

4. Muhammad b. Muslim b. Shihâb al Zuhri

5. ‘Abd al Rahman b. Hurmuz al A’raj

6. Muhammad b. Ibrâhîm b. Al Taymî

7. Ja’far b. Muhammad al Sâdiq

8. ‘Abd Allah b. Abî Nujayh

9. Ja’far b. ‘Amru b. ‘Umayyah al ‘Amri

10. Hîsham b. Urwah

11. Al-‘alâ’ b. ‘Abd al Rahmân

12. Al Muttalib b. ‘Abd Allâh b. Qays b. Makhramah

13. Bukhayr b. ‘Abd Allâh b. Al-‘Ashajj

14. Yazid b. ‘Abi Habîb al Misrî

15. Sa’îd al-Muqburî

16. ‘Âsim b. Umar b. Qatâdah

17. ‘abd Allâh b. Al Fadl al-Hâshimî

18. Yahya b. Sa’îd al ‘Ansarî

19. Shu’bah b. Al Hajjaj

20. Rawh b. Al Qâsim

Il fréquenta :

1. Qays b. Mâlik, le fondateur du système malachite en fiqh (mort en 179) ;

2. Sa‘îd b. al-Musayyab, l’un des plus éminents successeurs

3. Sâlim b. ‘Abd Allâh b. ‘Umar ;

4. ’Abân b. ‘Uthmân.

A l’âge de trente ans, il se rendit en Egypte et y entendit les leçons de Yazîd b. ’Abû Vabîb.5 Ensuite, il retourna à al-Madînah. Il alla à al-Kûfah, à al-Jazîrah sur le Tigre, et à al-Rayy.

Il s’établit finalement à Bagdad et fut présenté au Calife ‘Abû Ja‘far al-Mansûr, deuxième calife ‘abbasside, lorsque celui-ci était à al-Virah.6

Ibn Khillikân7 dit que Ibn ’Ishâq mourut à Bagdad en 150 ou en 151 ou en 152 h. Il fut enterré dans le cimetière d’al-Khayzarân, sur la cité est. Cet endroit est d’après le nom d’al-Khayzarân, la mère de Hârûn al-Rashîd et de son frère al-Hâdî car elle y est enterrée.

Passons maintenant à l’œuvre principale – ou unique ? - de Ibn ’Ishâq, intitulé : Sîrat Rasûl Allâh (Biographie de l’Envoyé d’Allâh).

Son disciple, Ziyâd b. ‘Abd Allâh al-Bakkâ’î, écrivit deux copies complètes de l’original écrit par Ibn Ishâq.

Malheureusement, aucune de ces deux copies, ni des copies faites directement d’après elles, ne nous sont parvenues. Ainsi, le texte original tel qu’il fut rédigé par Ibn ’Ishâq, est-il perdu ?

Une troisième copie de l’original fut écrite par Maslamah b. Fadl al-’Abrash al-’Ansârî. Al-Xabâri cite l’original de Ibn ’Ishâq d’après la copie de Ibn Fadl.

Une quatrième copie de l’original fut écrite par Yunûs b. Bukayr en Rayy. Elle fut employée par Ibn al-’Athîr (né en 555h et mort en 630h) dans son ‘Usud al-Ghâbah. Une partie de cette recension existe, dit-on8, à la Mosquée Qarawiyyîn (n.727) à Fez (Maroc). Cela veut dire qu’au moins, jusqu’au premier tiers du 7e siècle de l’hégire (13e de l’ère chrétienne) une copie complète de l’original de Ibn ’Ishâq existait encore.

Enfin, Ibn al-Hâshim dans son al-Fihrast, (p.92) mentionne une copie écrite par al-Nawfalî (mort en 234 h.), et qui serait donc la cinquième copie. Mais, que je sache, aucun auteur ne la cite.

Aucune, donc, de ces cinq copies, ni aucune autre copie faite d’après elle n’existe plus. Le texte original écrit par Ibn ’Ishâq est perdu.

Et malheureusement, il ne nous reste plus que la recension de Ibn Hishâm. Avant d’en parler, disons quelques mots sur celui-ci.9

’Abû Muhammad ‘Abd al-Malik b. Hishâm b. ’Ayyûb al-Vimayrî al-Basrî est né à al-Basrah. Il alla en Egypte – nous ne savons pas à quelle date – et y passa tout le reste de sa vie. Il mourut le 13 Rabî‘ II, 218 h à Fustat.

Il était savant en généalogie et en grammaire. Cela explique pourquoi la presque totalité de ses notes porte sur la généalogie et la philologie. Al-Suyûtî dit de lui qu’il était l’un des meilleurs savants comme philologue, historien et généalogiste.

Ibn Khâthîr dit qu’il vécut en Egypte, où il rencontrait al-Shâfi‘î. Les deux se récitaient un grand nombre de poèmes des Arabes.10

Ibn Hishâm avait dépeint (p.4, éd. Wüstenfeld) les principes qui l’ont guidé dans sa recension. Les voici :

1 – Il commence avec le prophète ’Ismâ‘îl, supprimant donc toute l’histoire avant celui-ci, une histoire traitée par Ibn ’Ishâq comme le prouvent les citations chez al-Xabarî dans son Histoire et dans son Tafsîr du Coran.

2 – Il supprime les récits où il n’est pas question du Prophète Muhammad et qui ne sont pas mentionnés dans le Coran.

3 – Il supprime ce qui ne touche pas à l’objet du livre ou qui ne l’explique pas – par besoin d’être bref, comme il le dit.

4 – Il laisse tomber les vers et les poèmes qu’il a vu « qu’aucun des savants en poésie ne connaît. »

5 – Il élimine des passages en les remplaçant par : « Il ne sied pas d’en parler, la mention nuit à quelques gens, al-Bakkâ’î ne nous recommande pas de rapporter. »

Ces principes nous font supposer que Ibn Hishâm a supprimé beaucoup de passages de l’ouvrage original écrit par Ibn ’Ishâq, ce qui nous fait regretter la perte immense des copies ci-dessus mentionnées de cet ouvrage.

C’est une calamité qui est survenue à pas mal d’ouvrages arabes et étrangers de grande importance. Mentionnons par exemple : Âdâb al-Falâsifah de Vunayn Ibn ’Ishâq11 et ’Akhbâr al-‘Ulamâ’ bi ’Akbhâr al-Vukamâ’ d’al–Qiftî.12

Outre ces principes, Ibn Hishâm rapporte, de son propre cru, d’autres versions des événements que celles rapportées par Ibn ’Ishâq, mais comme l’a maintes fois remarqué al-Suhaylî dans son commentaire, elles sont plus maladroites et moins justes.13.

Tout cela prouve que Ibn Hishâm avait, par sa version, beaucoup nui à l’ouvrage original de Ibn ’Ishâq.

Si quelqu’un dit que Ibn Hishâm a pourtant rendu un grand service en permettant par le –relativement– petit volume de sa recension, à mieux répandre l’ouvrage, et, partout, à lui assurer une sorte de survie, cela n’est pas sûr. En revanche, on peut affirmer que son abrégé a contribué plutôt à la perte de l’original, les gens se contentant d’un abrégé minuscule au lieu de transmettre par copie le très gros ouvrage de Ibn ’Ishâq.

Mais comme le dit A. Guillaume : « Perhaps his greatest service is his critical observations on the authenticity of the poetry of the Sîrah, not only when he records don’t all, or some, authorities report certain poems all together, but also when he corrects Ibn ’Ishâq, and assigns verses to their true author. »14

Pourtant ce « mérite » est sujet à caution, pour les raisons suivantes :

1 – Ibn Hishâm ne mentionne pas les noms de ces « connaisseurs en poésie » qu’il dit qu’ils ont rejeté l’authenticité de tel ou tel poème.

2 – Il ne nous donne pas non plus les raisons pour lesquelles ces « connaisseurs de poésie » ont nié l’authenticité ou l’attribution à tel ou tel de ces poèmes. S’il avait fait cela, il aurait rendu un grand service à la critique historique en ce qui regarde les poèmes cités.

Mais il y a là quand même un grand service qui fait grand honneur aux critiques littéraires arabes aux 2e et 3e siècle de l’hégire. C’est aussi une belle leçon pour les imbéciles « savants » conformistes de notre temps actuel qui ont fait tant de tollé, quand, depuis 130 ans, et surtout en Egypte dans les années vingt, on a nié l’authenticité de la plupart de poèmes arabes attribués à l’époque pré-islamique et au temps du Prophète. Ces critiques des 2e et 3e siècles furent mille fois plus intelligentes et plus libres et plus ouvertes d’esprit que nos soi-disant « savants » contemporains.

Dans notre traduction, qui est la première en français nous avons essayé d’éviter ces défauts. Elle est littérale et très conforme au texte arabe, malgré ce que cela comporte de lourdeur et même du sacrifice de l’élégance du style français. Car la Sîrah est essentiellement un livre d’histoire religieuse et politique, elle n’est pas une œuvre littéraire.

Aussi faut-il être fidèle aux exigences scientifiques et ne faire aucun cas de l’élégance littéraire. Elle est calquée très fidèlement sur l’original ; elle en est le miroir pur.

Muhammad (tome 1) par Ibn ’Ishâq traduit par Abd al-Rahmân Badawî, 654 pages : 26,07 euros

 

Muhammad (tome 2) par Ibn ’Ishâq traduit par Abd al-Rahmân Badawî, 608 pages : 26,07 euros

 

Ce livre est disponible :

 

Librairie de l’Orient & Éditions Al Bouraq
18, rue des Fossés Saint Bernard - 75005 Paris
Tél. 01 40 51 85 33 - Fax 01 40 46 06 46

 

 

1. Al-Siyûxî : Vusn al-Muhâdarah , cité par Wüstenfeld, c.2, P. XXXV. Güttingen 18 bs.

2. The life of Muhammad, p. 691 - 798.

 

· Wüstenfeld (t.II) a reproduit et a traduit un bon nombre de notices biographiques qui concernent Ibn Ishâq. Nous y référons en ce qui suit.

3. Al-Bakrî :Dictionnaire géographique, s.v. Ibn Khilikân n° 623 ; Ibn al-Najjâr : al-Kamal fî ma‘rifat al-rijâl , n° 270.

4. Nous l’appellerons dorénavant : la Sîrah.

5. Voir Biographie von Gewahrsmännern de Ibn ’Ishâq ; éd. Fischer, Leiden, 1890.

6. Al-Khatîb al-Baghdâdî (c. I, p. 221) prétend qu’al-Mansûr l’avait chargé d’écrire la Sîrah pour son héritier al-Mahdî et qu’il l’avait abrégée après. Cette information paraît être une légende.

7. Ibn Khillikân : Wafiyât al-’a‘yân, n° 623.

8. A. Guillaume : Life of Muhammad, p. XVII. Il dit qu’il espère publier cette partie, mais il ne l’a pas fait.

9. Voir : Ibn Khillikân , n° 390, de Slane, II, 128 ; al-Yâfi‘î : Mir’ât al-Janân, II, 77 ; Suyûxî : Bughyat al Wu‘ah, p. 315.

10. Cité par al-Suyûtî : Vusn al-Muhâdarah, chap. sur les linguicités cité par Wüstenfeld, II, p. XXXV

11. Voir notre édition, Koweït, 1995 ; abrégé par Muhammad Ibn ‘Alî al-’Ansâri.

12. Edition Lippert, 1903 ; abrégé par al-Zawzani.

13. Voir : A. Guillaume, p. XLI – XLII

14. Ibidem, p. XLII.

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Penseur et philosophe arabe contemporain.

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