Haiti : la catastrophe était prévue

En septembre 2008, dans une interview accordée au quotidien haitien Le Matin, Patrick Charles, 66 ans, ancien

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jeudi 14 janvier 2010

Haiti : la catastrophe était prévue

« Mieux vaut ne pas en parler, il ne faut pas paniquer » : c’est par ces mots qu’un responsable haitien avait commenté en 2008 la menace sismique.

Le gigantesque tremblement de terre qui s’est produit mardi en Haiti, à une quinzaine de kilomètres de la capitale de Port-au-Prince, était redouté par l’ensemble des sismologues. La localisation de l’île l’a rend particulièrement vulnérable en raison de la proximité d’une importante faille tectonique.

En septembre 2008, dans une interview accordée au quotidien haitien Le Matin , Patrick Charles, 66 ans, ancien professeur à l’Institut Géologique de La Havane (Cuba), avait annoncé le désastre  : « Toutes les conditions sont réunies pour qu’un séisme majeur se produise à Port-au-Prince. Les habitants de la capitale haïtienne doivent se préparer à ce scénario qui finira, tôt ou tard, par arriver ».

Outre l’imminence d’un tremblement de terre ravageur pour la capitale, l’universitaire avait porté la précision jusqu’à prévoir une magnitude de 7.2 sur l’échelle de Richter : hier, les sismologues ont enregistré une magnitude de 7.0 à l’épicentre de la secousse tellurique.

Commentant la prévision du géologue, Dieuseul Anglade, directeur du Bureau des Mines et de l’Energie, avait alors ajouté que "durant deux siècles, aucun séisme majeur n’a été enregistré dans la capitale haïtienne. La quantité d’énergie accumulée entre les failles nous fait courir le risque d’un séisme de 7,2 d’amplitude sur l’échelle de Richter. Mieux vaut ne pas en parler, il ne faut pas paniquer. Mais ce serait une catastrophe ».

Quatre mois plus tot, des chercheurs, réunis à la Faculté des Sciences de l’UEH (Université d’Etat d’Haiti), avaient également prédit la tragédie : « Là où la terre a tremblé, elle tremblera encore ! ». Ils critiquaient en particulier l’absence de normes parasismiques dans la capitale.

Auparavant, en mars 2008, cinq scientifiques avaient rendu un rapport alarmant à l’occasion de la 18ème Conférence géologique des Caraibes. Ils mettaient en garde contre les risques d’un violent tremblement de terre pour les territoires d’Haiti et de la République dominicaine, à la suite d’un première étude publiée en 2004 dans une revue américaine.

Le risque était avéré : malheureusement, les autorités locales ne semblaient avoir ni la volonté politique ni les moyens matériels de prendre au sérieux ces avertissements. Depuis la mise en garde de ces divers scientifiques, la capitale surpeuplée de Port-au-Prince n’a pas bénéficié d’un renforcement des habitations afin de protéger la population.

« Nous n’arrêtons pas d’alerter le gouvernement. Des lois existent, mais il ne les applique pas par peur des réactions de la population. Cette irresponsabilité est d’autant plus grave que nous sommes en zone à haut risque sismique. Port-au-Prince a déjà connu des tremblements de terre par le passé. Je n’ose même pas penser aux dégâts que ferait un séisme de magnitude forte avec l’explosion démographique actuelle », avait déploré en novembre 2008 Dieusel Anglade, le responsable du Bureau des Mines et de l’Energie.

Selon Jean-Max Bellerive, Premier ministre d’Haiti interrogé par CNN, le nombre de morts pourrait s’élever à des centaines de milliers de morts.

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