Ardisson, Chabot, Fourest, Ramadan : qui est dangereux ?

Lors de sa dernière émission (30 octobre), Thierry Ardisson a invité Caroline Fourest et lui a donné l’o

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jeudi 4 novembre 2004

Lors de sa dernière émission (30 octobre), Thierry Ardisson a invité Caroline Fourest et lui a donné l’occasion, seule à seul et pendant près de 15 minutes, de répandre des calomnies et des mensonges à mon sujet. Sur chacun des points abordés pendant l’interview, Caroline Fourest déformait mes propos ou mentait sur mes prises de position (je n’aurais jamais pris position sur la violence conjugale, je verrais la conspiration juive partout, etc.) avec la « bénédiction objective » de Thierry Ardisson qui ne lui a opposé aucune contradiction ni aucun contradicteur. Sur le plateau de Tout le Monde en parle le propos de Caroline Fourest était « parole d’Evangile » et Thierry Ardisson s’est transformé pour l’occasion en bien curieux apôtre de la bonne parole. Somme toute, rien n’est plus clair dans les faits : ses amitiés « dans le milieu » lui imposent de véritables contorsions intellectuelles mariées à un manque de courage réel, grave et attristant.

Caroline Fourest a de plus osé affirmer sur le plateau que j’avais refusé un face à face avec elle dans l’émission Mots croisés. Quel grossier mensonge ! Mon bureau a reçu un premier appel de Nathalie Saint-Cricq, la rédactrice en chef de Mots croisés, le 16 septembre pour une participation à une émission prévue le 11 octobre. Mon assistante a demandé une copie de l’ouvrage afin de prendre une décision en connaissance de cause. Le livre a été envoyé avec du retard et la date de l’émission a finalement été déplacée au lundi 8 novembre. Les conditions avaient été fixées : face à face sur le plateau, en direct et avec un temps de parole égal. Au même moment, la Télévision Suisse Romande envisage d’organiser un autre face à face entre Caroline Fourest et moi-même à Genève dans l’émission Infrarouge. Contactée le jeudi 21 octobre, Caroline Fourest, par l’intermédiaire de sa maison d’édition, refuse d’y participer prétextant une crainte « pour sa sécurité » puis, lorsqu’ un duplex depuis Paris lui est proposé, elle affirme que son « plan média », déjà établi, ne lui permet pas d’y prendre part. Devant cette dérobade, mon bureau appelle la collaboratrice d’Arlette Chabot pour lui demander de confirmer que Caroline Fourest est bien prête au face à face prévu pour Mots croisés. La rédactrice en chef affirme devoir se renseigner et promet de rappeler pour confirmation définitive... puis, plus de nouvelles entre le 22 octobre et le 2 novembre. Entre-temps, Caroline Fourest est intervenue le 30 octobre chez Thierry Ardisson et a menti. A la suite de cette émission, mon bureau a rappelé la collaboratrice d’Arlette Chabot le 2 novembre pour savoir ce qu’il en était : comme par hasard, elle n’avait pas compris qu’elle devait rappeler, le programme avait changé, Arlette Chabot était occupée mais Nathalie Saint-Cricq allait rappeler le lendemain. Le lendemain, par hasard encore, la rédactrice en chef ne répond plus, interminablement occupée sur une autre ligne de téléphone, et aucune explication quant à ce « changement de programme » très curieux et bien malhonnête. Or, dans les faits, Caroline Fourest a, par deux fois, refusé le débat.

Arlette Chabot comme Thierry Ardisson ont, dans les faits, protégés une soi disant journaliste d’investigation, menteuse et malhonnête. Il n’y aura pas de débat contradictoire ni de vérification des élucubrations d’une protégée de chez Grasset. Reste la seule vraie question du jour : qui est dangereux pour la République d’aujourd’hui et de demain ? Qui travaille à briser les fondements du vivre ensemble ? Qui stigmatise et ment sur l’autre, l’Arabe, le musulman, présenté comme une menace et un danger à combattre par tous les moyens, même les plus malhonnêtes. Le vrai danger c’est Caroline Fourest et tous ses compères, pseudo journalistes d’investigation, reporters idéologues ou intellectuels sectaires, qui, à longueur d’interviews, d’articles et de livres répandent le mensonge, la manipulation pour propager la peur, la suspicion et l’exclusion des citoyens toujours trop arabes, toujours trop musulmans.

Le climat qui règne en France fait réellement craindre le pire quant au traitement de la question de l’islam. Au-delà de ma personne, le traitement intellectuel et médiatique que j’ai pu subir depuis un an révèle un malaise et un mal très profonds. Nous vivons une époque où le débat de fond pluraliste sur l’islam est absent, où la passion l’emporte, où l’on peut mentir et diffamer sans vergogne devant des millions de téléspectateurs et où finalement la surdité s’installe : on ne se questionne plus, on n’écoute plus l’autre et l’on pousse le public à ne chercher qu’à confirmer ses peurs et ses suspicions ou à justifier son rejet de l’autre. En perpétuant ces pratiques télévisuelles dans des registres certes différents, Thierry Ardisson et Arlette Chabot, jouent un jeu des plus dangereux : l’apparent non conformisme revendiqué par le premier et les semblants de débats orchestrés par la seconde (quand ils ont vraiment lieu) propagent et enracinent l’idée que la suspicion à l’égard des musulmans est légitime. Et ce en faisant fi, l’air de ne pas y toucher, du minimum requis de déontologie.

Au-delà de ces péripéties qui permettent à une femme à l’idéologie dangereuse de se présenter comme une journaliste objective devant le sourire bienveillant de Thierry Ardisson et, finalement, de se voir protégée par Arlette Chabot d’un face à face qui n’aurait pas manqué de dévoiler la malhonnêteté de son livre de propagande ; au-delà de ces faits, disais-je, ce qui demeurera, c’est l’aveuglement et la surdité sciemment entretenus sur ce que je ne cesse de dire et de répéter depuis quinze ans. La France a changé : des citoyennes et des citoyens de confession musulmane sont en train d’apparaître sur la scène et il faudra, bon gré mal gré, vivre et composer avec eux. Ils sont citoyens, ils respectent la laïcité, ils connaissent leurs responsabilités et exigent d’être traités de façon juste et égalitaire. Ils refusent la mise sous tutelle des Etats étrangers comme de l’Etat français, ils sont libres, indépendants et capables d’être farouchement critiques comme le leur a enseigné la vieille tradition française du débat contradictoire et de la revendication sociale et politique. Ils sont le présent, ils sont l’avenir.

On peut continuer à jeter l’opprobre et à vociférer contre un individu transformé en symbole d’une réalité qu’on a peine à regarder en face et qui gêne. Vous pouvez certes continuer ainsi à tromper et à vous tromper, chers Caroline Fourest, Thierry Ardisson et Arlette Chabot, en supposant qu’en s’acharnant sur un homme on finit par transformer la réalité... Rien n’est moins sûr, et il faudra bien que vous commenciez à voir, à vraiment voir comme disait André Breton, que des générations entières de citoyens vont bientôt vous obliger, par sagesse, par intérêt ou simplement par nécessité, à faire votre travail plus honnêtement. On peut s’acharner sur un homme, mais on ne peut pas indéfiniment s’acharner contre les évidences du temps.

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Auteur : Tariq Ramadan

Dernier livre paru, Faut-il faire taire Tariq Ramadan ?, éditions Archipel, janvier 2005  (Cliquez ici pour vous procurer ce livre)
Professeur à l'université d'Oxford (St. Antony's College) et Senior Research à la Lokahi Foundation. (site internet : www.tariqramadan.com)

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