Algérie, le chaos en embuscade

L’évolution du système politique algérien laisse présager un avenir particulièrement sombre et chaotiqu

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mercredi 10 décembre 2008

Algérie, le chaos en embuscade

L’évolution du système politique algérien laisse présager un avenir particulièrement sombre et chaotique. L’Algérie se meurt, et le peuple vit dans la peur et l’incertitude.

Dans ce contexte et au-delà des clivages politiques et idéologiques, tous les acteurs de l’opposition qui ne gravitent pas autour du régime, s’accordent désormais à reconnaître que l’heure du changement a sonné, et qu’une coordination des efforts est nécessaire pour créer une dynamique politique susceptible de convertir la rhétorique théorique en une action positive concrète.

Dans cet environnement de crise économico-financière mondiale, le régime algérien qui est plus que jamais gangrené par la corruption et paralysé par l’incompétence et le clientélisme, entretient une inquiétante opacité sur le devenir des réserves en devise accumulées durant les années où les prix des hydrocarbures ont atteint des records. Aucun ministre n’est en effet capable de fournir la moindre information vérifiable sur les avoirs algériens placés à l’étranger !

Dans ce contexte, on entrevoit une aggravation évidente de la fracture sociale, doublée d’un risque à court terme d’une explosion aux conséquences désastreuses. Les connaisseurs du régime algérien observent avec perplexité le déplacement des lignes de fracture au sein du système.

De ce fait considérable qu’est la rupture des équilibres au sommet du cercle des décideurs, l’Algérie est à la veille « d’une nuit des longs couteaux ». La récente sortie médiatique de l’ancien président Chadli démissionné de force en janvier 92, et cloîtré depuis dans un silence forcé, ainsi que l’entretien accordé par son ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali au journal El khabar, réputé proche de certains décideurs militaires, sans omettre la compagne orchestrée pour une candidature du général à la retraite Zeroual, sont autant de signes annonciateurs d’une fin de règne.

C’est dans cette atmosphère, et en dehors de toute concertation, que le Président en exercice Abdelaziz Bouteflika a amorcé une fuite en avant, en modifiant la constitution par un Parlement croupion, s’ouvrant ainsi une voie royale pour un mandat à vie. A ce niveau du développement de la situation en Algérie, deux scénarios sont possibles :

Le premier scénario s’articule autour de deux axes :

1.L’instrumentalisation d’une explosion populaire semblable aux évènements d’octobre 88, mais à une échelle plus réduite, qui permettrait au clan actuellement détenteur du pouvoir de désigner un nouveau responsable tout en le neutralisant politiquement.

2. Second axe : ramener l’opposition non-organisée à la table de la compromission. Le système ressemble à une cellule biologique qui est en situation d’échange permanent avec le monde extérieur dont il dépend entièrement. Le pouvoir algérien a donc un besoin impératif de cette opposition non-structurée pour se régénérer et se maintenir.

Le deuxième scénario résiderait dans une explosion incontrôlée, favorisée à la fois par le conflit armé endémique au sein de ce pays, et par l’absence d’une réelle alternative démocratique. Du fait de la désorganisation de l’opposition en Algérie, un risque de voir se produire une situation à la somalienne n’est pas à exclure, avec cependant des conséquences beaucoup plus graves en raison de la position stratégique qu’occupe l’Algérie.

À la lumière de ces deux scénarios catastrophiques, il serait totalement néfaste de continuer à se complaire dans une opposition archaïque et stérile, caractérisée essentiellement par une guerre des chefs, et des querelles de chapelles qui font office de programme, facilitant ainsi dle travail d’officines qui agissent comme des virus de l’immunodéficience politique en vue de miner toute crédibilité.

 L’ autre alternative : Les hommes politiques reviennent à la raison en adoptant un comportement responsable et pragmatique. S’asseoir autour d’une table pour élaborer une plate-forme commune qui dessinera les contours d’une sortie de crise structurelle qui n’en finit pas de secouer l’Algérie.

Un premier pas dans ce sens a été effectué à Genève au cours de la deuxième semaine du mois de novembre, dans le cadre d’un colloque organisé par le centre pour la paix de la fondation Cordoue, qui a vu plusieurs Algériens issus de divers courants politiques se réunir et débattre dans le respect de la pluralité avec pour seul et unique but : sauver l’Algérie.

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Auteur : Yacine Saadi

Consultant International

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