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Une lycéenne d’Orléans, à la jupe trop longue, sort de son long silence

Depuis Charleville-Mézières où elle a défrayé la chronique locale, avant d’être montée en épingle de manière passionnelle à l’échelle nationale, l’affaire de la jupe longue, habillée pour l’hiver, a fait tache d’huile à Orléans, poussant la jeune Ikram, une lycéenne en terminale gestion, à sortir du silence dans lequel elle s’était murée pour révéler son calvaire long de neuf mois et sa décision de porter plainte.

Logée à la même enseigne que Sarah (photo ci-dessus), la collégienne des Ardennes mise violemment à l’index de son établissement scolaire pour sa jupe accusée de tous les maux, et cristallisant surtout des crispations éducatives ahurissantes qui ont fini de déconsidérer la laïcité à la française aux yeux du New York Times, Ikram, à bout de nerfs, a confié au quotidien La République du Centre son immense désarroi face au harcèlement et la discrimination que lui fait subir le corps enseignant à la vue de son choix vestimentaire marqué au fer rouge de l’ostentation. La marque des nouvelles pestiférées des temples du savoir…

« Tous les soirs, lorsque je rentre chez moi, je pleure », s’est épanchée cette jeune fille de 18 ans qui, conformément à la loi de 2004, ne porte le voile qu’ à l’extérieur du lycée et « par conviction », en relatant les faits accablants : « Je suis victime de discrimination et de harcèlement. Certains professeurs me parlent de ma tenue, de ma jupe longue. Tous les jours, on me dit que ce n'est pas une tenue appropriée. Mais dans le carnet, nulle part, il est écrit que l'on ne peut pas porter une jupe longue au lycée. Jamais, je n'ai le voile à l'intérieur de l'établissement. »

Pas un jour ne s’est écoulé sans qu’elle ne soit convoquée par la direction de son lycée pour s’entendre reprocher toujours la même chose, « je suis trop couverte » précise-t-elle avec amertume, et sans qu’elle ne fasse l’objet de remarques désobligeantes et vexatoires. « Ma jupe n'est pas un signe religieux », insiste-t-elle, désemparée, mais en ayant toutefois puisé en elle la force de résister à ces terribles pressions, assorties de piques blessantes qui n’ont pas cessé de fuser pour la faire fléchir. « On m'a demandé si je voulais aller faire le jihad. On m'a dit, aussi, que ma longue jupe pouvait servir à passer la serpillière », s'indigne-t-elle.

Aucune humiliation, ni sanction n’auront été épargnées à Ikram, la subite interdiction de cours infligée par une professeure et l’obligation de s’excuser pour avoir le droit de revenir en classe ayant été la goutte qui a fait déborder le vase. «  Mais que je m'excuse de quoi ? », s’emporte-t-elle, alors que son anxiété grandit à l’approche des épreuves du bac, se sentant épuisée psychologiquement, en dépit des marques de soutien témoignées par certaines camarades de classe.

« Pour la soutenir, nous avons essayé de discuter avec des profs, de leur dire qu'il y avait de l'acharnement par rapport à cette jupe longue. Ils nous disent que ce ne sont pas nos affaires. Des élèves ont même déjà été exclus avec elle. Nous soutenons Ikram, notamment, en lui faisant suivre les cours qu'elle manque », a raconté une amie.

Si elle ignore encore si elle sera en mesure d’obtenir son bachot, ce précieux visa pour se forger un avenir, Ikram est au moins sûre d’une chose : elle ne veut plus jouer les victimes expiatoires du système scolaire, et a frappé à la porte du collectif «  Stop aux discriminations » pour ne plus taire le sort injuste qui lui a été réservé et la profonde souffrance qui en a découlé. Résolue à saisir la justice, sa plainte pour « discrimination et harcèlement moral », qui sera étayée d’une dizaine de témoignages probants émanant d’amis de sa classe, ne sera pas « une plainte contre X mais contre deux personnes du lycée » a annoncé Ali Jafrani, le responsable du collectif.  

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