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Une belge d’origine marocaine dénonce son licenciement pour “avoir prié au travail et parlé arabe”

Chronique du racisme ordinaire dans le monde enchanté du travail, les quatorze années de bons et loyaux services de Habiba Zerouani passées au sein du Centre public d’action sociale de la localité de Saint-Josse, en Belgique, ont été réduites en miettes en un éclair, balayées par le vent mauvais de la stigmatisation aux airs de sombre machination. Impuissante à déjouer le piège qui s'est refermé sur elle il y a quelques mois de cela, cette Belge de 56 ans, d'origine marocaine, n'a rien pu faire contre les allégations mensongères de ses collègues, ni contre le licenciement qui l’a mise dehors et sur la paille, sans autre forme de procès.

Abasourdie par la cabale effarante dont elle se dit victime, Habiba Zerouani, cette maman de deux grands enfants dont elle est si fière, une fille de 21 ans et un fils de 22 ans, était une chef de service dévouée qui supervisait une équipe de techniciennes de surface. C’est dans sa colère teintée d’incompréhension qu’elle puise aujourd'hui la force de se battre pour rétablir la vérité contre la calomnie, et réfuter les accusations fallacieuses, mais rédhibitoires, qui lui ont coûté son poste : avoir prié au travail et parlé arabe.

Prise en grippe, à son insu, par un environnement professionnel pas si imperméable que cela aux influences extérieures, elle refuse de céder à l'accablement pour dénoncer avec force le complot à caractère raciste qui l'a prise pour cible.

"Au bout de quatorze ans, j’ai été licenciée, une «démission d’office» comme ils disent. On me reproche d’avoir prié au travail, d’avoir interdit aux pensionnaires de boire de l’alcool, d’avoir insulté mes collègues, d’avoir parlé arabe avec certains pensionnaires et collègues. Tout cela est complètement faux ! Aujourd’hui, je n’ai plus rien. Plus de travail, plus de salaire, plus rien. J’ai 56 ans, comment voulez-vous que je retrouve du travail à mon âge ? Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive", s’indigne-t-elle dans son cri du coeur lancé sur le site LeSoir.

Et de poursuivre : "Regardez-moi, je suis musulmane oui, c’est vrai ! Mais je m’habille comme vous, je ne porte pas de foulard. Ma religion, je la vis en privé, pas sur le lieu de mon travail. Je n’ai jamais prié dans le home, d’ailleurs il n’y avait même pas de local approprié à la prière", s’exclame-t-elle, avant de renchérir : "Jamais, je n’ai prié sur les lieux de mon travail. La prière ne prend pas plus de cinq minutes. Pas plus de temps pour certains pour fumer une cigarette. Mais je ne l’ai jamais fait, tout simplement, car c’est interdit !".

Est-ce son franc parler qui lui a été fatal, bien plus que le grief qui lui est fait d’avoir parlé en arabe ? Habiba Zerouani en est convaincue, reconnaissant qu’elle n’hésitait pas à appuyer là où le bât blesse quand les circonstances professionnelles l’exigeaient.  "En tant que chef de service, je faisais mon travail. Je disais ce qui allait mais également ce qui n’allait pas. Je pense que certains collègues, ceux qui ont déposé plainte contre moi, n’ont pas accepté cela", a-t-elle indiqué, tout en s’insurgeant contre le reproche ridicule d’avoir parlé arabe : "On me reproche aussi d’avoir parlé arabe avec certains collègues ou résidents du home. Bien sûr que c’est vrai ! Mais est-ce que c’est choquant ? Certaines femmes de ménage ne parlent quasiment pas le français, comment voulez-vous que je m’exprime et que je me fasse comprendre ? Quant aux résidents, certains viennent du Maroc, ils sont tout simplement contents de pouvoir parler dans leur langue. Je ne vois vraiment pas où est le mal."

Alors que l’affaire est entre les mains du Conseil d’Etat qui a confirmé la « démission d’office », une belle formule pour masquer un limogeage abusif mû par une discrimination caractérisée, Habiba Zerouani, qui affronte cette épreuve entourée de l’affection de ses deux enfants, un réconfort moral essentiel qui se double d’une aide financière non moins précieuse, s’est retournée contre sa hiérarchie au pénal, déterminée à répondre coup pour coup à ce traquenard professionnel dans l’enceinte d’un prétoire.

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