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Un mépris institutionnalisé de la vie des Palestiniens

Soit on rejette par principe le meurtre de non-combattants, soit on adopte une approche plus tribale de tels problèmes. Les 14 dernières années, Israël a tué des enfants palestiniens au rythme de plus de deux par semaine.

Dans le cas d’Israël et des Palestiniens, le déferlement mondial de chagrin et la condamnation du meurtre de trois jeunes Israéliens en Cisjordanie occupée sont l’équivalent moral d’un Rolf Harris dénonçant un Jimmy Savile.(*)

Les 14 dernières années, Israël a tué des enfants palestiniens au rythme de plus de deux par semaine.

Il semble qu’il n’y ait pas un seul enfant israélien en péril que Barack Obama ne veuille comparer à ses propres filles, mais leurs équivalents palestiniens sont balayés d’un revers de main avec la litanie habituelle sur le droit à l’auto-défense d’Israël.

Le mépris institutionnalisé de la vie palestinienne en Occident aide à expliquer non seulement pourquoi des Palestiniens recourent à la violence, mais aussi le pourquoi de la dernière attaque israélienne contre la bande de Gaza.

On fait généralement remonter l’actuelle série d’escalades au 12 juin, moment où trois jeunes Israéliens ont disparu. Deux garçons palestiniens avaient été abattus par balles à Ramallah le 15 mai, mais cela – comme bon nombre d’incidents dans l’intervalle, quand Israël exerçait son droit de coloniser et de spolier – est considéré comme insignifiant.

Benjamin Netanyahou a immédiatement accusé le Hamas de la disparition des trois adolescents israéliens. La Maison Blanche a rapidement confirmé la culpabilité du Hamas, qui depuis a été traitée par les médias comme un fait établi. Cependant les coupables restent dans la nature et leur affiliation institutionnelle demeure peu claire.
Pour sa part le Hamas qui, comme d’autres organisations palestiniennes n’hésite jamais à revendiquer la responsabilité de ses actions et aurait plutôt tendance à amplifier ses activités, a cette fois nié toute implication.

Ce que nous savons, c’est qu’un appel téléphonique de détresse, envoyé par un des jeunes israéliens ce 12 juin, comportait en fonds sonore le bruit d’un tir d’arme à feu, ce qui a fait conclure à la sécurité israélienne qu’ils avaient été tués. Netanyahou a supprimé cette information, et il a prétexté une opération de sauvetage des otages pour lancer un déchaînement militaire dans toute la Cisjordanie.

Sa démagogie, même selon ses propres critères, a atteint de nouveaux tréfonds de vulgarité. Accuser de l’assassinat qui a suivi d’un jeune Palestinien de 16 ans brûlé vif quelques Israéliens fanatiques égarés (après que la tentative de le faire passer pour le meurtre d’un jeune homosexuel par sa propre famille eut échoué), c’est prétendre qu’une telle barbarie existe indépendamment du contexte colonial et politique qui le produit.

Puisque l’on savait qu’il n’y avait pas d’otages à sauver, qu’est-ce qu’Israël cherchait à obtenir ?

L’un des principaux objectifs était de renverser la démarche entreprise par le Fatah et le Hamas vers une réconciliation nationale. Israël préfère un régime palestinien divisé, dirigé en partie par des militants islamistes [nationalistes], plutôt qu’un gouvernement unifié mené par l’accommodant Mahmoud Abbas, qui reste attaché aux négociations et proclame publiquement que la collaboration sécuritaire avec Israël est « sacrée ».

A un moment où l’agitation palestinienne croissante pourrait mener à un nouveau soulèvement préoccupant pour Israël, celui-ci a cherché à l’anticiper. Dans cette optique, il a ré-arrêté un certain nombre de Palestiniens libérés lors de l’échange de prisonniers avec le Hamas, en 2011. Dans le contexte d’une faillite de la diplomatie sous égide étatsunienne, et d’un consensus mondial reprochant à Israël son appétit pour les terres palestiniennes et le non-respect de ses engagements sur la libération des prisonniers, Netanyahou a sauté sur une occasion de remanier la version colonialiste de l’histoire et de ses conséquences terroristes.

Les exactions d’Israël ont suscité des troubles importants en Cisjordanie et dans la communauté palestinienne en Israël ainsi qu’une nouvelle confrontation avec la bande de Gaza. On n’en reste pas moins assez loin d’une troisième Intifada, d’abord parce que l’infrastructure organisationnelle qui a produit et soutenu les deux premières est dégradée, n’existe plus ou est contrôlée par des dirigeants qui préfèrent au combat et au sacrifice les gratifications et les privilèges de l’administration .

Quant au Hamas, il préférerait également éviter une confrontation à grande échelle avec Israël. Mais contrairement aux derniers mois il répond maintenant à la violence par la violence plutôt que d’imposer le calme. Il a moins à perdre que jamais depuis sa prise de pouvoir à Gaza en 2007. Ses principaux objectifs du récent accord de réconciliation – paiement des salaires de ses fonctionnaires, réouverture du passage de Rafah à la frontière égyptienne, reconstruction dans la bande de Gaza et amélioration de sa légitimité régionale et internationale – ne se sont pas matérialisés. Le nouveau gouvernement de l’Autorité Palestinienne, bien que constitué avec l’aval du Hamas, agit comme si Gaza n’existait pas, et il continue de coopérer avec Israël contre le Hamas en Cisjordanie.

L’hostilité acharnée des nouveaux maîtres de l’Egypte envers Gaza et le Hamas signifie qu’il n’y a pas de médiateur crédible, à moins que la Turquie ou le Qatar ne s’engouffrent dans la brèche.

L’addition de tous ces développement pourrait rendre la confrontation entre Israël et le Hamas plus longue et plus intense que ce qu’aucune des parties n’avait prévu.

(*) Deux personnalités anglo-saxonnes excessivement médiatisées, condamnées l’une et l’autre pour avoir agressé sexuellement des enfants ; le premier aurait fait 4 victimes tandis que le second fut l’un des pires prédateurs sexuels pendant un bon demi-siècle.

(Cet article est paru initialement dans la London Review of Books le 9 juillet 2014).

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