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Tunisie : les manifestations pour l’emploi se multiplient

La clameur de protestation populaire monte depuis mercredi à Kasserine, allant en s’amplifiant dans plusieurs villes du gouvernorat, comme la cité Ezzouhour, dans plusieurs délégations à Thala, Feriana, ou encore à Béjà, El Fahs, Siliana, jusqu’à Tunis, à mesure que la détresse sociale des Tunisiens, notamment des plus jeunes, éclate au grand jour contre un chômage désespérément endémique et des promesses de renouveau non tenues.

Cinq ans après la révolution qui a fait vaciller l’autocrate Ben Ali, la Tunisie est à nouveau le théâtre de manifestations houleuses et de heurts violents avec les forces de l’ordre, comme seule la désespérance humaine la plus profonde peut en créer. L’histoire cruelle semble se répéter, car cette fois encore, c’est la mort insupportable d’un jeune chômeur de 26 ans qui a mis le feu aux poudres. Ridha Yahyaoui, diplômé en climatisation, a en effet succombé à son électrocution, samedi 16 janvier.

A Sidi Bouzid, le fief de la révolution tunisienne, la tension a atteint son paroxysme lorsque les manifestants, n'y tenant plus, ont explosé de colère. Les forces de l’ordre ont alors recouru au gaz lacrymogène pour disperser la foule. Kasserine et Sidi Bouzid, deux villes logées à la même enseigne et abandonnées à leur triste sort depuis une cinquantaine d’années. Il est à noter qu’un couvre-feu a été instauré dans la ville de Kasserine, dans la journée du mardi 19 janvier, à partir de 18h jusqu’à 5 heures du matin, selon le communiqué du ministère de l’Intérieur.

"La révolution des jeunes est confisquée par les vieux ! » peut-on lire sur une feuille portée par un jeune homme silencieux au milieu des centaines de diplômes brandis par les chômeurs de Kasserine", rapporte le site d'information tunisien "nawaat" dans son reportage tristement édifiant, intitulé " Personne ne saura calmer la colère de la faim."

Et de poursuivre : "Nous sommes le mercredi 20 janvier 2016, cinq jours après la mort de Ridha Yahyaoui, « martyr du chômage ». Près de 1500 personnes scandent d’une même voix « Travail ! Liberté et dignité ! » dans les jardins du gouvernorat. Une ambiance qui a des airs de décembre 2010, quand les jeunes de Kasserine ont rallumé, par leur détermination et courage, la flamme de la rébellion.

Le sit-in des jeunes chômeurs de Kasserine se poursuit au siège du gouvernorat malgré la répression policière. Mercredi matin, des centaines de jeunes continuent à occuper les lieux. Wahida Zidi, 34 ans, originaire de Foussana, est diplômée en psychologie de la faculté du 9 avril. Après 6 ans de travail précaire dans un centre d’appel à Tunis, elle est revenue à sa ville natale dans l’espoir de trouver un travail décent. Sur les escaliers du grand bâtiment déserté par le gouverneur et les fonctionnaires, Wahida martèle : Nous ne lâcherons pas nos droits ! Les décideurs qui nous dupent avec des promesses non tenues ! C’est fini ! Les responsables qui font la sourde oreille ! c’est fini ! Nous devons rester ici, solidaires et déterminés jusqu’à ce qu’ils nous écoutent !".

Des images de ces Tunisiens poussés dans la rue par l'urgence de leur extrême précarité et une inertie polique désespérante.

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