Sous le règne sans partage et vengeur de Narendra Modi, le Premier ministre et ancien leader du parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP), dans une Inde où les discriminations les plus criantes et les persécutions les plus cruelles pleuvent sur la minorité musulmane, la justice, sans surprise, s’est fait le bras armé du pouvoir.
Dans le sud du pays, le tribunal de grande instance de l’Etat de Karnataka a rendu une décision sans précédent que beaucoup redoutaient, et dont chacun craint à présent qu’elle ne fasse tache d’huile ailleurs, tant elle piétine une liberté individuelle fondamentale garantie aux citoyennes musulmanes par la Constitution : celle de porter le hijab dans les établissements scolaires et universitaires.

Tombé comme un couperet sur les frêles épaules de centaines de jeunes indiennes de confession musulmane, le verdict sans appel a tranché en leur défaveur. S’il ne cristallisait que peu d’espoirs, le jugement de la Haute Cour du Karnataka, qui entérine une ordonnance du gouvernement local interdisant le port du voile à l’école, a déclenché depuis plusieurs jours une levée de boucliers à Udupi.
« Nous sommes d’avis que le port du hijab par les femmes musulmanes ne fait pas partie de la pratique religieuse essentielle de la foi islamique », a déclaré sèchement le juge Ritu Raj Awasthi.
A ces mots, de nombreuses étudiantes musulmanes voilées et non voilées, toutes profondément indignées, sont aussitôt allées protester vigoureusement sous les fenêtres du tribunal, refusant de se soumettre à ce diktat foncièrement anti-constitutionnel.
Alors qu’une immense clameur de colère montait des rangs des contestataires, retentissant avec force dans les rues d’Udupi, Ayesha Imthiaz, qui poursuit son cursus sur les bancs d’une prestigieuse université, a laissé éclater son mécontentement auprès de Reuters. « Nous ne pouvons pas enlever le hijab, nous n’enlèverons pas le hijab !», a-t-elle martelé, avant que sa voix tremblante ne trahisse une inquiétude grandissante face à l’avenir proche : « Nous avons des examens très importants le mois prochain, que va-t-il se passer d’ici là ?».
Outrée, l’Organisation islamique des étudiants indiens a tiré la sonnette d’alarme. « Nous ne voulons pas que cette décision de justice arbitraire puisse créer un précédent national, nous appelons à son annulation », a exhorté son secrétaire général, Musab Qazi, ajoutant avec gravité : « Le verdict du tribunal pourrait encourager d’autres États à proscrire le port du hijab. Donc, selon toute vraisemblance, nous allons saisir la Cour suprême dans les meilleurs délais ».
Dans l’Inde de Narendra Modi, qui exalte un nationalisme assoiffé de vengeance à travers la propagation de l’idéologie de l’hindutva (« hindouité » ou une nation pour les hindous), plusieurs politiciens musulmans se sont insurgés contre ce verdict qualifié de « profondément décevant ».
Un euphémisme bien trop doux pour Mehbooba Mufti, l’ancienne ministre en chef de l’État de Jammu-et-Cachemire, qui a dénoncé le caractère éminemment liberticide de cette décision de justice. « Nous parlons d’autonomisation des femmes, mais nous refusons aux femmes musulmanes le droit à un choix simple. Il ne s’agit pas seulement de religion mais de liberté de choix », a-t-elle fermement réprouvé sur Twitter.