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Sami Nasri, Zaïr Kédadouche, le football, et le vrai racisme

Parlons encore football mais pour la bonne cause… On connaît désormais la liste des vingt-trois joueurs français qui, sauf blessure, iront au Brésil pour disputer la Coupe du monde de football. Comme on s’y attendait, Sami Nasri, de père algérien, ne figurera pas dans le groupe malgré son excellente saison dans le championnat d’Angleterre.

Le sélectionneur Didier Deschamps a été clair : quand il joue en équipe de France, le milieu de terrain de Manchester City n’est pas transcendant. Et quand il n’est pas sur le terrain, c’est-à-dire quand il est relégué sur le banc des remplaçants, il fait la tête ce qui a tendance à plomber l’atmosphère dans un monde déjà encombré par les égos hypertrophiés. D’autres personnes, à l’image de l’ancien sélectionneur Raymond Domenech, ajouteront aussi qu’il excelle à semer la zizanie entre ses camarades de jeu, ce qui n’est jamais bon quand on veut remporter une compétition.

Sitôt la nouvelle confirmée, les réseaux sociaux se sont emparés de l’affaire, la compagne du joueur contribuant à sa façon au débat avec deux tweets l’un insultant la France et Deschamps, l’autre, vite retiré, traitant l’Hexagone « de pays de racistes ». Du fait des origines de Nasri, il est clair que l’on ne pouvait pas échapper à cette accusation de racisme. De nombreux internautes d’origine maghrébine l’ont immédiatement reprise, oubliant un peu trop facilement que ce joueur est effectivement un « sale gosse » et que Laurent Blanc, l’ancien sélectionneur, et Didier Deschamps lui ont pourtant tous les deux donné sa chance avant de le regretter amèrement.

Bien sûr, d’autres « bleus » sélectionnés sont aussi des têtes de cochon et on a le droit de penser qu’un vrai manager est celui qui arrive à créer un collectif soudé indépendamment du (mauvais) caractère des uns et des autres. Deschamps a peut-être estimé que cette tâche serait trop difficile pour lui. Ce faisant, il a d’ailleurs pris un risque. Que l’équipe de France réédite ses « exploits » de 2010 – elle avait été alors qualifiée de « pire équipe du monde » par la presse spécialisée – et il se trouvera bien quelqu’un pour lui reprocher d’avoir laissé Nasri à la maison.

Quoi qu’il en soit, toutes ces accusations de racisme ne tiennent pas la route. Certes, comme on l’entend souvent dire, Deschamps « est le genre de gars qui, dans un groupe de footballeur, est certainement le seul à aimer les chansons de Michel Sardou » mais de là à en faire un sympathisant de Marine Le Pen… Par contre, ce que l’on ne peut ignorer non plus c’est que nombre d’internautes se sont saisis de cette affaire pour déverser leur fiel à l’encontre des maghrébins, des musulmans, des subsahariens et, de façon générale, de tout ce qui ne peut prétendre, selon ces vrais tarés, au label « français de souche ». Les termes du débat sont donc faussés et l’hostilité à l’encontre de Nasri ne relève pas uniquement de son mauvais comportement qui est, on ne le répétera jamais assez, une norme assez répandue dans un milieu gangréné par l’argent.

Ce qui est dommage, c’est que tout ce bruit a fait passer au second plan une affaire qui mérite bien plus d’attention. Dans une lettre fracassante, Zaïr Kédadouche, ambassadeur de France en Andorre, a annoncé sa démission et son intention de porter plainte contre le Quai d’Orsay (le ministère français des Affaires étrangères) qu’il accuse de racisme à la fois ethnique et social. D’origine algérienne, né d’un père éboueur et d’une mère analphabète, l’homme a un parcours des plus atypiques.

Ancien footballeur professionnel, il est passé par de nombreux ministères dont ceux de la Jeunesse et des sports ou de l’Intérieur et il est aussi Inspecteur général de l’Education depuis 2003. « C’est au ministère des Affaires étrangères que j’ai rencontré le racisme le plus abject et ressenti l’humiliation de ne pas faire partie de la même classe sociale » écrit celui qui s’est vu refuser un poste à Anvers au prétexte que son patronyme irriterait l’extrême-droite flamande et effraierait la communauté juive de cette ville… Zaïr Kédadouche a reconnu que d’autres postes lui ont été proposés mais affirme vouloir régler le problème du racisme au ministère des Affaires étrangères et se dit prêt à porter l’affaire auprès de la Cour européenne de justice.

Sans préjuger du fond de ce dossier, il est évident que cette histoire pose avec acuité la question, pas assez évoquée, du comportement des élites françaises à l’égard de ce que l’on appelle, par commodité de langage, les minorités visibles. La montée du Front national, la droitisation du discours d’une partie de la gauche et la récurrence d’actes xénophobes cachent mal le fait que l’intégration fonctionne vaille que vaille, y compris au sein des classes moyennes. Une promenade dans un centre commercial francilien un samedi après-midi le prouvera aisément. Les « Français » ce sont aussi ces familles d’origine étrangères qui déambulent d’une galerie à l’autre et qui, interrogés, ne voient pas leur avenir ailleurs qu’en France sauf à craindre un quelconque accident de l’Histoire que causerait un retour de l’Europe à ses vieux démons.

Par contre, la question de l’intégration, ou plutôt celle de l’acceptation, se pose encore de manière aigue chez les élites dirigeantes et cela à tous les niveaux. Haute administration, direction d’entreprises, monde politique : le plafond de verre existe bel et bien. De manière régulière, des hommes ou des femmes, d’origine étrangère et n’ayant pour seule arme que leur mérite et leurs compétences se fracassent contre ce blindage invisible. Et cette réalité est bien plus importante, et préoccupante, que le sort d’un millionnaire en short et crampons…

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