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Réponse à l’article « Prier Allah au métro d’Alger »

Oui, on peut invoquer Allah aussi bien  dans le  métro d’Alger que dans le   métro de Sidney !

Nombre de lecteurs ont été surpris hier par l’article publié par le site Oumma.com, et dont le titre était « Prier Allah au métro d’Alger ».

Pour ma part, je fus d’abord interloqué par le détournement très intéressé – et pas du tout intéressant- que fait l’auteur de l’article d’une affichette « Soubhan Allah » (Magnifié soit Dieu) posée sur un pilier d’une station de métro d’Alger. A la fin de cette  lecture, j’ai été pour le moins consterné par ce papier  particulièrement outrancier.

L’auteur  s’est employé  à recenser toute une série d’incivilités  ( crachats par terre, jets de papier en dehors de poubelles,… et j’en passe et des meilleurs) pour finir par  les opposer à une pratique religieuse, en l’occurrence le dhikr d’Allah ?

Tawfiq Belfadel d’une façon plutôt très mal à droite pensait trouver dans cette affichette un prétexte très opportun pour soulager  certainement son haut le cœur, et à travers le site Oumma.com un moyen de déverser sur nous les lecteurs tout son ressentiment.

Ce dernier commence par écrire : « En descendant les marches pour prendre le métro depuis cette station, les regards attentifs tombent sur des étiquettes collées çà et là. Elles affichent des phrases qui incitent le citoyen à prier Allah,  l’invoquer et Lui faire des louanges. Ces publicités islamistes ne sont pas étrangères au pays »

Primo ces affichettes n’ont rien d’islamistes, pour la bonne raison qu’il s’agit de formules classiques entièrement tirées de la tradition prophétique. Deuxio, les phrases qui y sont inscrites n’invitent pas le citoyen à prier Allah, comme le suggère l’auteur de l’article et son titre. Il ne s’agit en aucun cas  de Salât (prière),  mais de “dhikr d’Allah”, qui est une réminiscence, un rappel, une évocation, une invocation et un souvenir d’Allah.

Mais l’auteur de l’article n’a vu  dans ces affichettes que ce qu’il avait réellement  envie de voir : « Une œuvre des méchants et crasseux islamistes, qui cherchent à détourner le regard du bon citoyen du monde d’ici-bas pour le figer dans le rêve de l’au-delà !! »  

Notre ami qui décode  les affiches de métro d’Alger  nous annonce  ensuite : « Pour les islamistes, l’essence de l’Homme est la prière. Il est sur terre pour prier Allah, non pour vivre. La vie vient après la mort. Ceux qui travaillent et calculent le temps sur terre sont des mécréants parce que la vraie vie est ailleurs, dans l’Au-delà. Il faut donc se recroqueviller et invoquer Allah chaque instant et partout, au restaurant, au volant, au métro…Le reste du monde est une vanité. ». Une salve de l’auteur, tout aussi chargée de contradictions et de non-sens. « Pour les islamistes, l’essence de l’Homme est la prière ». Comme le mot islamiste ici n’est qu’un paravent, un prétexte de l’auteur de l’article, je me permets de l’y contre dire. Je ne m’inscris pas en faux sur le bienfondé de cette assertion, mais surtout sa reformulation, et ce faisant, sa déformation de l’assertion ».

L’auteur de l’article voulait certainement  parler de « dessein de l’Homme », employant celui de « essence de l’Homme ». En utilisant le mot « essence » sans crier gars, il aborde un thème plutôt philosophique. Et une fois n’est pas coutume, l’auteur très maladroitement confond les termes « exister » et « vivre ».

Toutefois, si par « essence » on entend dessein, et par « prier » on entend « adorer » (‘ibâdat), il serait alors  utile de  préciser à  l’auteur de l’article, que dans le Coran, Allah dit  [Coran  55 ].« Exerce le Rappel. Car le Rappel est utile (avantageux) aux croyants. 56.Certes Je n‘ai créé les Jinn-s et les humains que pour qu’ils M’adorent » [Coran 51 ; 55 et 56].

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En citant ce verset coranique, en le récitant tout en  usant de notre intelligence pour le comprendre et en tirer sens et pleine conscience, nous pouvons formuler trois réponses à offrir gracieusement à notre ami expert en  affiche dans le métro :

L’adoration est avant  le fait de pratiquer, prononcer et penser ce qui plait à Allah et obtenir  Son agrément : Jeter un papier dans une poubelle en fait partie. Mieux encore: ramasser un papier ou un quelconque détritus jeté à même le sol constitue  un acte de Foi, et donc d’adoration  affirme  le Prophète : «  La Foi est constituée de soixante-dix et quelques rameaux. Le plus haut en est l’attestation de Foi, et le plus bas est le fait de ramasser du sol un détritus ou objet nuisant aux musulmans (passants), et la pudeur est aussi un de ses rameaux » [ Hadith authentique rapporté par Al Bayhaqi est d’autres] (1)

L’adoration,  c’est également  le fait de respecter la nature, et de planter un arbre, fut-il au moment de la fin de ce bas-monde et l’imminence de sa Fin (al qiyâmah). Le Prophète salla Allahou ‘alayhi wa sallam, n’est-ce pas lui, bien-aimé soit-il, qui précise dans un hadith : « Si l’Heure de la Fin des Temps est imminente, et que l’un d’entre vous tient une plantation dans sa main ; s’il peut la planter avant que la fin du monde ne survienne, qu’il le fasse ! » [ Hadith rapporté par l’imam Ahmed, et Al Bukhâri dans adab al mufrad].

Le reste de l’article est  à l’image de son début, voire pire. Son auteur continue à soulever  des problèmes imaginaires liés à des  mauvais comportements, ou mauvaises interprétations attribuées aux « islamistes », « qui ne réfléchissent pas ! » selon notre “spécialiste de l’islamisme“. Il prend donc soin de redresser tous ces torts, lui, le bien pensant, le réfléchi.

« Voilà la preuve qu’afficher le nom d’Allah dans une station de transport ne peut même pas régler un problème de quelques dinars. Alors comment construire un pays en invoquant Allah, les bras et les jambes croisés ?… C’est ensuite une atteinte à l’Islam lui-même. L’Islam, qui véhicule une philosophie profonde et universelle, est réduit à des invocations. Pour sauver son fils du déluge, Noé le sollicitait de monter sur l’arche, non de s’asseoir et psalmodier les noms d’Allah. »

L’auteur de l’article projette sur ses propres angoisses, sa propre vision réductrice de sa société, en fait des problématiques de société, et  s’ingénue à trouver des solutions. Peut-être que la personne qui a collé cette affichette, l’a juste apposé de façon candide,  en vue  d’attirer l’attention des passants pour se souvenir d’Allah en toute occasion, y compris quand on est debout sur un escalator de station de métro. Ce colleur d’affiche  n’a cherché ni à y exprimer la philosophie de l’islam, ni à en réduire la profondeur et la portée du message. Ce qui n’ a pas empêché  l’auteur de l’article de spéculer pour y déverser ses propres fantasmes : « islamistes par-ci », « islamistes par-là »… islamistes partout finalement.

Après ces quelques remarques, dois-je préciser que personne n’est dupe en fait. D’aucun ne peut ignorer que lorsqu’un individu  voit une chose partout, c’est qu’il y a un grand problème. Un grand problème non pas dans ce qui est supposé être vu partout – en l’occurrence, ces islamistes imaginaires- , mais dans le regard et les yeux de celui qui prétend le voir.

Je rajouterai  en m’adressant directement à l’auteur, lequel  n’est pas motivé visiblement   par la critique constructive, mais par  un but inavouable.  La multiplication, et non moins confuse utilisation du terme  « islamiste», agité comme un chiffon rouge face à un taureau, est à la fois  très vendeur et  dans l’air du temps. Faire de ” l’islamisme bashing”,  et “cogner”  sur les islamistes réels ou imaginaires est un business très lucratif. C’est une voie royale pour l’ascension. Avec un peu de talent, une bonne dose d’esprit romancé, conjuguée  à une sacrée mauvaise foi, et, enfin beaucoup “d’islamisme bashing”, vous finirez cher ami, célèbre et auréolé de gloire, tout comme vos prédécesseurs, vos compatriotes et congénères, qui, tout comme vous au détour de la critique de ce que sont  devenues Alger et l’Algérie, règlent leurs comptes avec une religion, qu’ils n’ont jamais appris, jamais compris, mais qui néanmoins leur sert de rampe  de lancement vers la gloire.

Note:

(1)  J’ai cité ici al Bayhaqi, car il a consacré tout une œuvre au commentaire de ce hadith.

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