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Ni Zemmour ni Hapsatou

Comme réactions à la plupart des débats dans lesquels Éric Zemmour est impliqué, on remarquera généralement de nombreux désaccords, trop souvent passionnés, non argumentés et parfois se réduisant à de l’opposition de principe, alors qu’il conviendrait bien mieux d’analyser et de comprendre ce qui est dit pour enfin, et en connaissance de cause, soit contredire, soit s’accorder.

C’est d’ailleurs là le seul comportement que devrait adopter tout bon musulman qui se respecte, en tant qu’il se dit adorateur du Dieu Unique, Qui n’est autre que la Vérité : par suite, il ne considère nullement le messager mais bien le message. Nous enseignait l’émir Abdelkader : « Sachez que l’individu intelligent doit considérer la parole et non la personne qui l’a dite. Car si cette parole est une vérité, il doit l’accueillir de celui qui l’a dite, fût-il réputé grave ou frivole. L’or s’extrait du sable, le narcisse de l’oignon, la thériaque des serpents, et la rose des épines ».

Comprenons donc que ceux qui s’arrêtent à ânonner que Zemmour souhaite la guerre civile (ce qui, toutefois, semble assez exact) pour le disqualifier ne font rien d’autre qu’aller dans son sens, puisqu’ils ne font rien d’objectif qui la préviendrait, en tant qu’ils ne contre-argumentent nullement.

« Laisser paraître de la colère ou de la haine dans ses paroles ou sur son visage, cela est inutile, dangereux, imprudent, ridicule, commun. (…) Les animaux à sang froid sont les seuls qui aient du venin », écrivait Schopenhauer. Il nous a ainsi paru que cette absence de contre-argumentation efficace avait son sens, de sorte qu’il fallait non pas nous égarer sur des éléments secondaires au débat, mais bien nous intéresser aux motifs de ce genre de réactions, en nous demandant pourquoi certains musulmans préféraient choisir un prénom à consonance non-française, puisque c’est bien à eux que nous nous adressons en premier lieu.

Parmi les Français de confession musulmane – et sans prétendre ici à l’exhaustivité -, certains diront que la France est un pays non musulman et qu’il importe de préserver l’Islam et les musulmans de toute altération. D’autres verront derrière l’adoption d’un prénom à consonance française une trahison, un reniement de leurs origines. Il en sera nécessairement qui refuseront du fait d’une histoire particulière (la colonisation, par exemple) et qui, tout en profitant du niveau de vie ici, continueront de se dire de là-bas sans y être pourtant.

Relativement au premier point, de quelle altération parle-t-on ?

L’Islam est-il, en France, d’abord une religion d’Africains immigrés et de leurs descendants ? Car si l’Islam n’est pas universel, il faut que tous se réfèrent à un modèle culturel précis et que nous demandions à un Claude ou une Ginette voulant se convertir à l’Islam de changer de prénom, de se chausser de babouches, d’opter pour la djellaba, de préférer la viande de mouton ou de chameau…

On le voit : ce genre de proposition nuit davantage à l’Islam qu’il ne le sert ; mais surtout, observons que nous contredisons alors directement les injonctions du Coran, puisque le musulman est celui qui adore Dieu, tout simplement :

« Le Prophète croit pleinement à ce que lui a révélé son Seigneur, ainsi que les fidèles. Tous ensemble croient en Dieu, à Ses anges, à Ses Écritures et à Ses messagers sans faire aucune distinction entre Ses prophètes. Ils affirment : « Nous avons entendu et nous avons obéi. Pardonne-nous, Seigneur, car c’est vers Toi que tout doit faire retour ! » (Cor. 2:285).

En réalité, ceux qui imaginent que leur religion sera comme frelatée par l’adoption des us et coutumes “étrangers” ne disent rien d’autre que leur religion à eux est effectivement frelatée, ne la considérant qu’imprégnée d’une culture bien déterminée. Et c’est là toute l’instabilité de leur position : car si l’Islam est universel, leur culture ne l’est pas. Mais parce qu’ils y comprennent l’Islam, il faut qu’ils ne puissent adopter des prénoms du dehors et en viennent même à exiger l’adoption de prénoms de leur culture comme pour parachever le processus de conversion de non-musulmans. C’est ce que nous remarquons avec ces convertis non-Arabes que l’on oblige parfois à choisir un prénom à consonance arabe, alors même que l’Islam n’a pas de rapport avec l’arabité.

Quant au deuxième point, qu’il nous soit permis de conter un épisode lors duquel un Français d’origine kabyle nous exprima son désarroi de se voir déraciné, car il ne maîtrisait pas la langue kabyle de ses ancêtres.

À quoi nous lui demandâmes si Adam parlait aussi le kabyle. Il comprit rapidement où nous voulions en venir, car si ses ancêtres ne parlaient pas la langue première qui était celle d’Adam, c’est donc qu’ils étaient eux-mêmes déracinés ; qu’il parle le français ou le kabyle, le déracinement demeure, faisant que, peu importe son choix, il rompt avec ses ancêtres.

C’est ce genre de problèmes simples, auquel trop de fausses réponses sont apportées, qui font qu’il y a des identités brisées, incomplètes, voire en souffrance. Pourquoi ne comprenons-nous pas que nous sommes tous, d’une façon ou d’une autre, des déracinés ? Les langues, les nations, bref, les divisions que nous avons créées entre nous sont nécessairement amenées à disparaître à terme, puisque Dieu nous a créé unis : il faut donc comprendre que notre état naturel est bien l’UNITÉ de tous les Humains.

Il est toutefois des délirants qui ne citent que le verset 13 de la sourate 49 («Nous vous avons répartis en peuples et tribus afin que vous fassiez connaissance entre vous»), comme pour justifier l’existence et la prorogation de la division parmi les Humains, tout en omettant avec soin les versets qui montrent que ces peuples et tribus ne sont qu’une contingence et une épreuve (cf. 2:104 ; 2:113 ; 3:103 ; 10:19 ; 21:92 ; 23:52 inter alia).

Mais faut-il s’étonner de cette lecture du Coran partielle et partiale de la part d’individus formatés par le clanisme ? Car la plupart préféreront faire ainsi que ce Kabyle fantasmé : ils s’arrêteront à ne considérer que l’histoire des Kabyles comme expurgée de l’histoire humaine, à laquelle pourtant ils sont rattachés. Car enfin, Adam était-il Kabyle ? (Précisons néanmoins qu’il n’y a aucun sentiment anti-Kabyle de notre part, puisqu’il est bien évidemment possible de remplacer «Kabyle» par tant d’autres faux concepts.)

Ceux répondant au dernier point sont dans une revendication négative de leur identité

Avant d’être quelque chose, ils sont d’abord contre quelque chose. Dans notre cas présent, il s’agit d’un sentiment anti-français. Quand bien même le ressentiment du fait d’une histoire particulière serait compréhensible, vivre ainsi est évidemment misérable et on se demande ce que l’on peut dire à de tels individus qui érigent la haine en tant que part essentielle de leur être, par ailleurs schizophrène, lorsqu’ils font le choix de vivre chez l’«oppresseur assassin colonisateur à jamais coupable et redevable de tout en tout et pour tout ce qui se produit en mal en ses anciennes possessions coloniales», tant ils savent que du lieu dont ils se réclament, la situation est moins enviable.

Nous voyons donc que le problème est bien celui de l’identité. Et c’est sûrement ce qui explique les vigoureuses réactions de certains relativement à notre affaire, en tant qu’ils ressentent les déclarations de Zemmour comme une attaque contre leur être. Mais ont-ils raison de le croire ?

Lors de la Quatrième Croisade, les Latins se rendirent à Constantinople où ils trouvèrent des musulmans, ce qui ne manqua pas de les irriter. M. Richard écrit dans son “Histoire des Croisades” que les Latins y brûlèrent les mosquées. Outre ce fait, il faut voir que les orthodoxes étaient tellement sûrs de leur fait que cohabiter avec les musulmans ne les dérangeait nullement. Mieux encore : ils devaient peut-être même espérer que les avoir auprès d’eux les conduirait au Christianisme.

Prenons l’exemple de l’homophobie : il se peut que ceux-là mêmes qui se montrent les plus en viscérale détestation de l’homosexualité soient en réalité en lutte contre une tendance, un désir profond. Une étude américaine, conduite par des chercheurs de l’Université de Géorgie, semble démontrer qu’une certaine homophobie serait le fait d’homosexuels refoulés. Écrit M. Louapre : «Au cours de l’expérience, les chercheurs ont soumis tous les sujets à trois vidéos de 4 minutes chacune : une vidéo hétérosexuelle, une vidéo homosexuelle féminine, et une vidéo homosexuelle masculine (Dans leur publication, les chercheurs qualifient ces vidéos de ‘explicitement érotiques‘, mais vu les détails qu’ils donnent, en clair c’était du porno.) L’objectif des chercheurs était de mesurer la réaction d’excitation des différents individus alors qu’ils visionnaient ces séquences.  Pour quantifier cette réaction, ils ont décidé d’aller à la source, et de recourir à ce qu’on appelle la plethysmographie pénienne. Sous ce nom barbare se cache une idée simple : mesurer les variations de circonférence du pénis des individus. Apparemment cela se fait sans trop de problèmes avec une « jauge de déformation »; un petit instrument qu’on est plutôt habitués à trouver dans les labos de mécanique, mais pourquoi pas ! (…) Ainsi en voyant le film gay, 80% des homophobes ont une augmentation supérieure à 6mm, contre seulement 35% des non-homophobes. Clairement l’effet chez les homophobes est généralisé, et il n’est pas le fait de quelques individus isolés.»

Il est possible de transposer ce cas aux autres phobies, puisque nous remarquons que des individus issus de l’extrême-droite islamophobe parfois se convertissent à ce qu’ils combattaient pourtant hier. Citons MM. Werner Klawun, Arnoud van Doorn, Maxence Buttey…

Bref : ce que ces deux exemples nous enseignent (et il y en a tant d’autres que nous aurions pu citer), c’est qu’une fois l’identité de l’individu poséeaffirmée et certaine, quelle crainte, phobie, malaise ou angoisse peut-il donc y avoir à se retrouver entourés d’individus de tendances autres ? C’est d’ailleurs ce qui explique l’adhésion grandissante (toutefois encore très minoritaire) de Français à des thèses identitaires : puisqu’ils fondaient leur identité sur du néant et que la société capitaliste ne peut désormais plus rien leur proposer afin de dissimuler ce néant, ils sont confrontés à une alternative irrévocable, c’est-à-dire soit le sursaut de conscience radical abolissant le Faux qui les colonisait depuis bien trop longtemps, soit se maintenir coûte que coûte en ce Faux, tant ils répugnent à se poser les véritables questions existentielles.

Onfray et Zemmour sont chacun représentants de ces deux camps antagonistes

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Nous reprocherons néanmoins au premier de ne prolonger la réflexion, car s’il est évident que les civilisations finissent nécessairement par mourir, Onfray ne va pas assez loin en tant qu’il n’expose pas la raison profonde de leur disparition, à savoir que notre état naturel d’être humain y étant absolument contraire, il faut qu’elles ne  soient maintenues que par artifice. Et parce que tout artifice nécessairement disparaît sous le poids même de ses contradictions ou (et c’est la même chose) parce qu’il ne nous est consubstantiel, il est donc possible que diverses divisions parmi l’Humanité apparaissent, qu’elles soient civilisationnelles, culturelles, linguistiques, ethniques, religieuses, territoriales et autres : leur destin normal est bien la nécessaire disparition.

Quant à Zemmour, sa réussite provient de ce qu’il veut maintenir ce qui ne peut plus l’être. En effet, pressentant le profond abîme existentiel qui se fera jour une fois que l’Illusion (culturelle, ethnique, etc.) sera évanouie, mais plus encore parce que ses sectateurs abhorrent le premier choix que nous évoquions, à savoir celui de la remise en question profonde, il ne leur reste qu’à se complaire dans ce qu’ils voient mourir et qui n’est autre que ce qu’ils contribuent eux-mêmes à éteindre.

Que l’on se mette dans la peau du lecteur type du Figaro (donc de droite libérale) : l’immigration lui plaît, car elle constitue à ses yeux un facteur lui permettant de jouer à la baisse sur les salaires et les conditions de travail, mais elle lui déplaît aussi, parce qu’elle est susceptible d’entraîner des changements auxquels il ne souhaite pas adhérer. L’on voit donc l’impasse conceptuelle dans laquelle est coincée la droite d’affaires et identitaire, rassemblée autour de Marion Maréchal-Le Pen, tant la contradiction est visible. Mais demandons leur encore ce que signifie qu’être Français : se fera alors un nombre incalculable de réponses différentes sinon contradictoires, tant le concept ne recouvre de réalité (encore une fois, on peut dire de même pour toutes les autres nations).

Il en est qui, peut-être plus clairvoyants que d’autres sur certaines illusions, supputent qu’il vaudrait mieux s’en référer à des caractéristiques génétiques. Zemmour parle notamment du « peuple ayant vécu mille ans et qui voudrait y vivre encore mille ans ». Ce n’est donc nullement hasardeux que, sur YouTube et tant d’autres sites, foisonnent des publicités nous proposant de connaître nos racines par une analyse de l’ADN. L’ancien footballeur Robert Pirès, qui figure sur une de ces réclames, aurait découvert grâce à la génétique que ses ancêtres étaient Portugais et, plus précisément, natifs du village de São João da Ribeira. Mais être un déraciné ayant versé 150 euros pour apprendre que son trisaïeul a vécu en tel endroit, quel intérêt ? À quoi cela nous avance-t-il dans la connaissance de soi, du Monde et du Bien ?

Car ainsi que nous le disions relativement à notre Kabyle, nos ancêtres sont déjà des déracinés qui ont vécu pour la plupart d’entre eux dans l’aliénation et la séparation d’avec les autres Humains. Et si l’on espère trouver une réponse à nos problèmes existentiels en se référant à des déracinés, c’est que l’on se trompe encore. Un illuminé avait une fois dit : « Dieu ne nous a mis sur Terre que pour une chose : que nous la fassions bien que n’ayant rien fait d’autre et nous aurons tout fait ; que nous fassions tout sinon cette chose précise que nous n’avons rien fait ». À bon entendeur.

Conclusion

Zemmour ne fait rien d’autre qu’exciter la conscience fausse, c’est-à-dire séparée du Tout. Chez les “tenants de la civilisation française”, il les maintient dans l’impasse ; chez quelques musulmans d’origine immigrée, il provoque une réaction enflammée, sinon proprement affligeante. Tahar Ben Jelloun s’est fendu d’un article publié par Le Point, dans lequel il justifie sa position anti-Zemmour notamment par le fait que Zinédine Zidane, étant un Français d’origine kabyle internationalement reconnu, devrait aussi changer son prénom si nous devions un jour appliquer le programme zemmourien ; et parce que ce grand footballeur a été adopté sous ces prénoms et nom kabyles, il faut donc accepter tous les autres, ce qui n’est pas, à nos yeux, moins absurde que si nous étions en présence d’un zoophile notoire reconnu pour son immense contribution scientifique (remède contre les cancers) et que Ben Jelloun nous disait qu’il faille faire de même, c’est-à-dire légaliser la zoophilie et que nous en soyons les promoteurs.

On voit l’ineptie profonde de la chose, surtout qu’il lui était possible de citer l’exemple du cardinal Mazarin qui francisa ses prénom et nom. Mais s’il choisit cet exemple-là et non celui-ci, c’était bien évidemment à dessein, quand bien même il s’affranchirait de toute logique objective. Toutefois, ayant reconnu que sa littérature avait, pour lui, un rôle thérapeutique – et il en est de même pour la quasi-totalité des auteurs d’ouvrages de diversion qu’on nomme romans -, il suit que ce que Tahar Ben Jelloun soulève n’est autre que l’expression de sa subjectivité.

Bref, c’est en jouant sur le Faux auquel trop sont encore maintenus que Zemmour provoque réellement la guerre civile. « L’emploi d’un peu de logique historique permettrait de conclure assez vite qu’il n’y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipulés ; et même encore plus facilement que d’autres », écrivait Guy Debord. N’est-il pas aisé de manipuler quelques désaxés en les entraînant en un suprémacisme ou un exclusivisme noir, blanc ou kabyle par exemple, si on les arrête à ne considérer qu’un pan de l’histoire humaine ? Le mouvement indépendantiste kabyle, minoritaire mais latent, en est une illustration évidente. D’ailleurs, il a été noté que Ferhat Mehenni avait des liens avec l’État hébreu qui voit, dans la déstabilisation de l’Algérie, le complément de ses sûretés. Mais les Israéliens et tant d’autres n’eussent pu y travailler, s’il n’y avait déjà là le terreau de la division, puisque les Arabes musulmans, conquérants du Maghreb, et contrairement aux prescriptions de la Religion Vraie, perpétuèrent le racisme entre eux et les Berbères, au lieu d’abolir le Faux, afin de les considérer comme des frères en tant que tous descendent d’Adam. Car en ayant de ce sens historique dont nous parlions, l’Arabe comme le Kabyle ne se considéreraient pas comme Arabe ou Kabyle mais bien comme descendants d’Adam, ce qui l’ouvre à l’Humanité entière en tant que c’est bien là son essence, alors que sa supposée appartenance à la chimère Arabie ou Kabylie n’est qu’une contingence, un artefact, une fausseté. Mais celui qui se détache volontairement du Prophète, après avoir eu connaissance de la Voie du salut, pour suivre un chemin autre que celui des croyants, celui-là Nous l’abandonnerons au destin qu’il s’est choisi et Nous le précipiterons ensuite dans la Géhenne, pour qu’il y subisse son triste sort (Cor 4:115). Peut-être, donc, que les Israéliens auront gain de cause dans cette histoire.

Et c’est notamment pour nous préserver de ce triste sort que le Coran nous proscrit de suivre nos ancêtres afin que nous ne nous référions qu’au Dieu Uniquel’Essence : Lorsqu’on leur dit : « Conformez-vous à ce que Dieu a révélé et à l’avis du Prophète ! », ils rétorquent : « L’exemple de nos ancêtres nous suffit ! » Quoi ! Et si leurs ancêtres étaient totalement ignorants et vivaient en plein égarement ? (Cor. 2:104-105).

Cet interdit nous est hautement profitable car, en plus de nous préserver de toute aliénation, que nos ancêtres aient été égarés ou non, nous sommes conduits à faire nos propres choix, alors qu’en les suivant, « nous vivons pour le monde extérieur plutôt que pour nous ; nous parlons plutôt que nous ne pensons ; nous « sommes agis » plutôt que nous n’agissons nous-mêmes. Agir librement, c’est reprendre possession de soi », ainsi que le notait très justement Bergson.

Mais hélas : pour beaucoup, le soi que nous évoquons commence par le prénom. Pourtant, à bien considérer la chose, l’on verrait qu’il ne peut en être ainsi. En effet, nul ne niera que l’on peut réduire à deux les raisons nous faisant choisir tel ou tel prénom, à savoir l’hommage à un parent ou à une personnalité et l’attrait qu’il exerce sur nous. Mais dans le fond, le prénom que nous donnons au nouveau-né ne lui est adéquat que s’il le qualifie adéquatement.

C’est ainsi que Muhammad devait se prénommer Muhammad avant même qu’il ne naquît (Cor. 61:6), parce que ce prénom, qui signifie «loué», lui seyait tout-à-fait, et il suffit de lire la biographie du Prophète pour voir que son comportement était effectivement digne de louanges. Mais si nous prénommons nos enfants Mohamed, nous ne faisons rien d’autre que choisir arbitrairement un prénom sans même s’intéresser à celui qui le portera et s’il lui sied. Pour s’en convaincre, il suffit de visiter une prison française où le nombre de Mohamed y est légion ; de même, les Jesús en les prisons sud-américaines ne nous disent pas autre chose. Tous les Christophe n’ont pas de rapport avec le Christ Verbe de Dieu dans le comportement, l’adoration du Seigneur, la promulgation du Vrai…

Car le prénom que Dieu donne (Cor. 19:7) diffère de celui donné par un humain. Dans le premier cas, le prénom définit adéquatement son porteur, alors que dans l’autre, il s’agit surtout du souhait des parents qui trouvèrent ce prénom joli. Il s’agit donc de comprendre que Dieu n’est pas à notre manière : nous pouvons nommer une chose pour changer ensuite le signifiant, le signifié ou même les deux. C’est ainsi que la gare Matabiau de Toulouse conserve son nom, quand bien même il n’y aurait plus d’abattoirs ou que nous employions le concept de planète alors que la définition n’a jamais été clairement établie, puisque Platon a été considérée comme planète pour ne plus l’être désormais (en 2018, l’Union Astronomique Internationale prévoit de réviser la définition pour la n-ième fois).

Mais Dieu étant la Vérité, et parce que la Vérité ne peut changer (sans quoi elle ne serait plus Vérité), il faut qu’en ayant donné le nom de «loué» à Muhammad, sa qualité de «loué» demeure nécessairement ou (et c’est la même chose) que Muhammad ne puisse jamais commettre d’acte qui contredise cette dignité de louanges. Il en est de même pour Jean-le-Baptiste : « Ô Zacharie, lui fut-il dit, Nous te faisons lannonce dun garçon qui portera le nom de Jean et auquel Nous navons pas donné dhomonyme auparavant. » (« Ô Jean ! Applique-toi à létude du Livre avec ferveur ! » Et Nous lui donnâmes dès son enfance la sagesse, ainsi que la tendresse et la pureté, par un effet de Notre grâce. Il craignait Dieu, il était plein de piété filiale pour ses parents et il n’était ni violent ni désobéissant (Cor. 19:7 & :12-14).

Ces versets assoient notre thèse car tous les Jean n’ont pas ce comportement, ce qui prouve bien que leur prénom ne leur fut donné que sur des considérations autres que la Vérité, la Réalité, bref : Dieu. Le corollaire obligatoire de ce fait indubitable est que ceux qui érigent le prénom donné par leurs parents comme part essentielle de leur être démontrent par là ignorer le Seigneur, mais aussi leur propre nature en tant qu’ils s’attachent à une chose évidemment dénuée de réalité. Et la quasi-totalité de ceux qui réagissent de façon épidermique aux dires de Zemmour démontrent qu’il en faut peu pour les émoustiller. Et s’il en faut si peu, c’est parce ces gens-là sont inconsciemment conscients de l’absence de certitude de certitude d’être (note : la phrase est correcte)Quoi ?! Changer de prénom serait-il si terrible, quand bien même celui que nous porterions ne serait qu’un pseudonyme, une totale fiction, une coquille vide ne nous définissant nullement ? Mais en est-il qui toutefois se sont interrogés sur la réalité de leur pseudonyme ?

Ainsi, si le choix d’un prénom à consonance française (ou autre) n’est nullement contradictoire avec l’Islam, un problème se posera en revanche avec certaines cultures ou considérations tribales. Et c’est précisément sur ce point sensible que Zemmour porte ses attaques, car si les musulmans s’arrêtaient à ce qu’ils devraient être, c’est-à-dire des adorateurs du Dieu Unique, ils n’auraient de problème ni à adopter des prénoms à consonance française, ni à adapter à la mode du pays où ils vivent les prénoms qu’ils auraient portés dans leurs pays d’origine, ainsi que le Coran le promeut : en effet, Soulaymane (سليمان) n’est que l’adaptation arabe de l’hébreu Shlomo (שְׁלֹמֹה) et Yishma’ël (ישׁמעאל) a été arabisé en Ismâî’l (إسماعيل) ; originellement, on ne dit pas Ibrâhîm (إبراهيم) mais Avraham (אַבְרָהָםZakariyâ (زكرياne signifie rien en arabe, mais en hébreu (זְכַרְיָה), le prénom comporte le sens du souvenir de Dieu. Autrement dit, Zemmour ne parviendrait à rien, si nous étions ce que nous devrions être.

La conclusion est donc limpide :

S’il est des musulmans préférant n’employer que les termes en arabe, plutôt que de se conformer aux exemples que nous exposons, c’est parce qu’ils n’ont qu’une vision frelatée de leur religion (que ce frelatage soit ethnique, culturel ou autre). Et il n’est pas étonnant qu’il s’agisse des mêmes qui s’offusquent des thèses zemmouriennes, puisqu’ils s’imaginent attaqués en leur être, ce qui n’est pourtant le cas. Mais s’ils le croient, c’est parce qu’ils pâtissent de problèmes existentiels, en plus de ne pas saisir l’essence de l’Islam. Un biographe d’un certain philosophe rapporte : « Voilà les deux plus grands et plus ordinaires défauts des hommes, savoir la Paresse et la Présomption. Les uns croupissent lâchement dans une crasse ignorance qui les met au-dessous des brutes ; les autres s’élèvent en Tyrans sur l’esprit des simples en leur donnant pour oracles éternels un monde de fausses pensées. C’est là la source de ces créances absurdes dont les hommes sont infatués, ce qui les divise les uns des autres et ce qui s’oppose directement au but de la Nature qui est de les rendre uniformes comme enfants d’une même mère. C’est pourquoi Spinoza disait qu’il n’y avait que ceux qui s’étaient dégagés des Maximes de leur enfance qui pussent connaître la vérité et qu’il faut faire d’étranges efforts pour surmonter les impressions de la coutume et pour effacer les fausses idées dont l’esprit de l’homme se remplit avant qu’il ne soit capable de juger des choses par lui-même. Sortir de cet abîme, c’était, à son avis, un aussi grand miracle que celui de débrouiller le chaos ».

Et ce sont à ces étranges efforts que nous appelons le lecteur.

Bref, la victoire de Zemmour provient précisément de ce que nombre de musulmans ne sont pas ce qu’ils devraient être. Parce que la plupart d’entre eux préfèrent errer en de fausses considérations, ils ne font qu’appeler, en réalité, à la guerre que Zemmour souhaite entre deux tenants du Faux. Et au lieu de montrer ici le comportement attendu de désignation et de destruction du Faux (Cor. 3:110), certains réagissent comme l’a très certainement prévu et voulu Éric Zemmour. Par conséquent, lequel est le réel fauteur de guerre : le manipulateur qui ne fait que profiter de l’opportunité ou le manipulé qui ne l’est que parce qu’il a renoncé à un des enseignements du Seigneur, tout en prétendant L’adorer ?

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