Cette fois, Alger a décidé de fermer la porte. L’Algérie a annoncé jeudi la rupture de ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, après des années de tensions et de profondes divergences avec Abou Dhabi.
Le ministère algérien des Affaires étrangères affirme avoir « épuisé toutes les voies » permettant de préserver les relations entre les deux pays. L’ambassadeur émirati a été convoqué et sommé de quitter le territoire. Alger a également décidé de fermer son espace aérien aux appareils immatriculés aux Émirats, avec une exemption temporaire pour les vols commerciaux.
Une décision spectaculaire, mais qui ne tombe pas du ciel. Depuis plusieurs années, Alger regarde avec une défiance croissante la politique régionale menée par Abou Dhabi. Le président Abdelmadjid Tebboune avait lui-même accusé, sans la nommer explicitement, une monarchie du Golfe de chercher à s’ingérer dans les affaires intérieures algériennes et à déstabiliser le pays.
Et les sujets de confrontation ne manquent pas. Sur Israël, d’abord. Là où l’Algérie refuse catégoriquement toute normalisation avec l’État hébreu et a dénoncé à plusieurs reprises le génocide à Gaza, les Émirats arabes unis ont été l’un des principaux artisans des accords d’Abraham et entretiennent depuis 2020 des relations diplomatiques officielles avec Israël.
Un contraste devenu encore plus saisissant depuis le début de la guerre à Gaza, Alger ayant choisi d’afficher un soutien constant à la cause palestinienne, tandis qu’Abou Dhabi a maintenu ses relations avec Israël.
Sur le Sahara occidental, ensuite. Abou Dhabi soutient ouvertement la position marocaine et a même ouvert un consulat à Laâyoune, tandis que l’Algérie défend le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui et soutient le Front Polisario. Au Sahel, enfin, Alger voit également progresser l’influence émiratie dans une région qu’elle considère comme directement liée à sa sécurité nationale. Face à cette accumulation, Alger a choisi de ne plus faire semblant.
Abou Dhabi a réagi avec un discours beaucoup plus conciliant, affirmant espérer que la rupture ne soit que « temporaire » et mettant en avant les liens fraternels entre les deux peuples. Mais l’Algérie, elle, semble considérer qu’une ligne rouge a été franchie.
Cette rupture traduit surtout une réalité de plus en plus visible : Alger entend rester maître de ses choix diplomatiques et refuse que les grandes manœuvres du Golfe, les rapprochements avec Israël ou les rivalités régionales dictent sa politique étrangère. Dans un monde arabe où l’argent et les alliances géopolitiques permettent parfois de peser lourdement sur les États plus fragiles, l’Algérie vient d’envoyer un message particulièrement clair à Abou Dhabi : l’indépendance algérienne n’est pas à vendre.

