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Printemps arabe : où en sommes-nous?

L’autre jour, en parlant avec une connaissance à propos de son pays natal, l’Iraq, et de la situation chaotique que vit ce pays, quelle fut ma surprise quand je l’ai entendu murmurer ces mots : « Que Allah Bénisse l’âme de Saddam !»  Cette personne n’est pas une baathiste, ni un membre d’un parti politique quelconque, ni une femme d’affaire défendant ses intérêts matériels perdus. Elle est une simple citoyenne qui a fuit la guerre et qui n’arrive toujours pas à accepter ce qu’est devenu son ancien pays : un véritable champ de bataille entre fractions rivales et  un gros « gâteau»  à partager entre les grandes puissances mondiales.

Pour cette dame qui représente un peu la voix simpliste et populaire, Saddam, le dictateur qui dirigeait le pays d’une main de fer voire même d’une main chimique,  avait su dompter le peuple iraquien. A son époque, il était facile pour le communs des mortels de faire la part des choses et d’identifier le bons d’un côté et les méchants de l’autre. Aujourd’hui, les choses ne sont plus pareilles. En dehors de la zone verte à Bagdad protégée par les soldats américains, c’est la pagaille totale: meurtre, carnage, viols, kidnappings…

Mais au fond pourquoi étais-je surprise? N’ai-je pas entendu beaucoup de russes dans les journaux et à la radio, des années après l’implosion de l’Union soviétique,  vanter les bienfaits de l’ère communiste? « Au moins, disaient certains, on avait un  toit au dessus de nos têtes et un bouleau garanti à l’usine… »

Cet été, en visitant la Tunisie, mon pays natal, une amie de ma mère m’a tenu des propos presque semblables. « Sous Ben Ali, on était mieux! »  Cette  fois aussi, la dame ne faisait pas partie de la classe élite ou  ne travaillait pas avec le clan mafieux des Trabelssi. C’est une mère de famille à la retraire qui a fait de son mieux pour élever ses enfants. Je la regardais avec des yeux ahuris et je me lançais dans un monologue effusif pour la convaincre de l’importance de la liberté d’expression et des méfaits de la dictature. Elle me regarda d’un air blasé et me dit « avant, je prenais une petite marche le soir sans avoir peur, aujourd’hui j’ai tellement peur de me faire arrêter par des voyous et me faire voler mon cellulaire, à mon âge j’ai presque tout vu ! »

Ces deux incidents à l’air anodin m’ont amené à réfléchir sérieusement sur  la signification réelle du printemps arabe. Deux ans, après le déclenchement de ces « révoltes », la poussière est retombée, les émotions se sont calmées, toutefois la visibilité est plus que jamais embrouillée.
Ces révoltes qui ont mis en avant des slogans gratifiant la dignité sur le pain. Ces révoltes qui ont fait des petits même au Québec avec le printemps érable, sont aujourd’hui à  la croisée des chemins.

Je ne prétends pas détenir une boule de cristal mais beaucoup d’indications me laissent croire que si rien ne sera fait, si aucun mouvement populaire, émergeant de ces pays, n’arrive à offrir une vision claire avec un programme économique innovateur et une reforme sociale courageuse, bientôt tout le monde arabe plongerait dans une guerre civile généralisée. La Syrie nous en donne un amer avant goût.

J’entends déjà des voix dire que la Syrie ou l’Iraq n’ont pas les mêmes géostratégies ni les mêmes compositions ethniques que la Tunisie, l’Égypte ou la Libye.  Cependant, là ne réside pas la question. Depuis leur indépendance, les pays arabes ont vécu de longues périodes de dictature qui ont infantilisé les forces d’opposition et réduit la population à deux classes principales : les nantis et les pauvres. Même les idéologies comme le communisme, le panarabisme ou le socialisme n’ont pas pu produire un changement dans ces pays. Elles se sont vite marginalisées après  la fin des années 60. Aucune expérience démocratique arabe n’a vraiment réussi. Aucun modèle à suivre, c’est le défaitisme qui prend le dessus.

Les révoltes arabes nous ont voulu nous faire croire que la nouvelle génération arabe est une génération éduquée, branchée sur Facebook et Twitter, pacifique et ouverte sur le monde. Toutefois, ces mêmes révoltes ont oublié de nous faire montrer l’autre face de la médaille, à savoir la pauvreté, les horizons bouchés, la confusion de l’identité religieuse et la radicalisation rampante.

Les anciennes générations, celle de l’amie de ma mère  ou celle de ma connaissance iraquienne ont fait leur choix. Leur choix me semble douteux et abject, mais ces deux dames sont le produit de leur génération. Elles ont choisi la sécurité au détriment de la liberté. Elle n’aimait pas Saddam ni Ben Ali, ni Kaddafi non plus, mais elles se sont tues et ont vécu à la marge. Elles ont profité d’une sécurité artificielle payée au prix de milliers prisonniers politiques, d’abus et d’intimidation.

Mais aujourd’hui, les jeunes arabes qui vivent dans ces pays, quel choix feront-ils? Certains encouragés par les sermons et l’argent des pétrodollars des monarchies du pays du golf ont fait leur choix : ils ont pris les armes et ont choisi le combat armé. Pour les autres, on ne le sait pas encore. L’hésitation est encore palpable. Est-ce qu’ils continueraient à vivre par procuration comme l’ancienne génération ou est-ce qu’ils seraient prêts à affronter  les peurs, prendre leur avenir en main, offrir de nouvelles solutions et avoir enfin confiance en eux-mêmes ?

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