Au programme d’OummaTV, un entretien avec Louis Blin, diplomate, historien et arabisant, autour de son dernier ouvrage Lamartine, passeur d’Islam, paru aux éditions Éric Bonnier. Dans cet échange riche et passionné, il revient sur le parcours méconnu d’Alphonse de Lamartine, poète romantique et homme politique engagé, qui fut l’un des premiers intellectuels français à défendre une vision éclairée et respectueuse de l’islam. À travers ses voyages au Levant, ses lectures et ses rencontres, Lamartine a profondément transformé sa perception de l’Orient et du monde musulman. Bien loin des clichés orientalistes de son temps, il a vu dans l’islam une religion de raison, de tolérance et d’humanisme. Louis Blin retrace cette évolution spirituelle et politique, et nous invite à redécouvrir un pan oublié de notre patrimoine littéraire, à la croisée de la France et du monde arabe. Un éclairage passionnant à l’heure où les débats sur l’identité et la mémoire collective prennent une place centrale dans l’espace public.
Compte rendu de l’entretien avec Louis Blin autour de son livre “Lamartine, passeur d’Islam” paru aux éditions Erik Bonnier
Un portrait inédit de Lamartine
Dans un entretien passionnant, l’historien et diplomate Louis Blin présente son dernier ouvrage intitulé Lamartine, passeur d’Islam, publié aux éditions Éric Bonnier. À travers ce livre, Blin dresse un portrait inattendu et éclairant d’Alphonse de Lamartine, figure littéraire majeure du XIXe siècle, dont l’engagement en faveur d’une vision ouverte et humaniste de l’islam est largement méconnu aujourd’hui.
Une évolution personnelle marquée par l’Orient
Louis Blin commence par situer Lamartine dans son époque et dans son parcours personnel. Jeune homme royaliste et catholique intégriste, Lamartine s’est peu à peu éloigné de cette vision étroite pour découvrir l’Orient et l’islam au fil de ses voyages au Liban, en Palestine et en Syrie. Cette évolution personnelle, nourrie à la fois par des lectures et des rencontres, notamment avec des musulmans et des chrétiens arabes, a profondément transformé sa perception du monde. Contrairement à d’autres romantiques de son temps, comme Chateaubriand, fascinés par un Orient fantasmé et exotique, Lamartine s’est attaché à comprendre la réalité de cette civilisation et à lui rendre justice, notamment dans sa dimension religieuse.
Lamartine, passeur d’altérité et d’humanisme
Selon Louis Blin, c’est cette confrontation avec l’altérité réelle qui fait de Lamartine un véritable « passeur ». Il ne s’est pas contenté d’un regard superficiel ou orientaliste : il a vécu une expérience spirituelle qui l’a amené à considérer l’islam comme une religion à la fois tolérante, rationnelle et profondément humaine. Dans cette optique, Lamartine a développé un humanisme qui transcende les clivages religieux, prônant une fraternité universelle entre chrétiens et musulmans, entre Orient et Occident.
La biographie du Prophète : un acte littéraire et politique
Un des éléments centraux de l’ouvrage évoqué par Louis Blin est la biographie que Lamartine a consacrée au Prophète Mohammed. Bien qu’il ne maîtrisât pas l’arabe, Lamartine s’est appuyé sur une traduction de la Sîra d’Ibn Ishaq pour en tirer une œuvre accessible au public français de l’époque. Il souhaitait ainsi faire découvrir au lectorat occidental une figure injustement diabolisée en Europe. Pour Louis Blin, cette entreprise visait à combattre l’ignorance ambiante sur l’islam et à favoriser une identification avec les musulmans, en particulier à travers la figure du Prophète, présenté de manière respectueuse et littéraire.
Un engagement politique au service de l’universalisme
Louis Blin rappelle également que Lamartine fut un homme politique engagé, notamment en tant que ministre des Affaires étrangères et acteur clé de la Révolution de 1848. C’est lui qui, en cette année historique, a aboli définitivement l’esclavage en France. Son engagement politique allait de pair avec sa pensée universaliste : il croyait fermement que la diversité religieuse et culturelle pouvait enrichir la nation française. Ce message, selon Blin, résonne de manière particulière à notre époque, marquée par les crispations identitaires.
Une tradition islamophile oubliée
L’orateur souligne que Lamartine ne fut pas un cas isolé. Il fait partie d’un trio d’amis — avec Victor Hugo et Alexandre Dumas — qui, tous trois, partageaient une sensibilité commune vis-à-vis de l’islam et de l’Orient. Cette islamophilie littéraire du XIXe siècle, trop souvent oubliée au profit d’un récit centré sur la colonisation, mérite d’être redécouverte. Elle montre qu’il a existé, au sein même de la culture française, un courant profond de respect et d’ouverture envers l’islam, incarné par certaines des plus grandes plumes de la nation.
Une mémoire sélective à dépasser
Louis Blin dénonce dans ce contexte la mémoire sélective de la France contemporaine, qui tend à occulter cette tradition d’ouverture au profit d’un récit plus conflictuel. Il appelle à relire Lamartine et à réévaluer son œuvre, non seulement pour mieux comprendre l’islam, mais aussi pour redécouvrir une facette essentielle de l’héritage littéraire et culturel français. Pour Blin, nier cette part islamophile de l’histoire de France revient non seulement à commettre une erreur historique, mais aussi à affaiblir notre propre identité nationale, fondée sur la pluralité et l’humanisme.
Mieux connaître l’islam pour mieux vivre ensemble
Enfin, il insiste sur l’importance, pour les Français d’aujourd’hui, de connaître les grandes figures de l’islam, tout comme ils connaissent celles du christianisme. Dans une société de plus en plus multiculturelle, il ne suffit plus de savoir qui était Saint Pierre ; il faut aussi savoir qui était Khadija ou Abou Bakr. Cette connaissance mutuelle est le socle d’un vivre-ensemble apaisé.
L’islam, richesse de la culture française
Louis Blin termine en soulignant que l’islam, loin d’être un danger, est une richesse culturelle et spirituelle. Et s’il existe un islam français aujourd’hui, il est aussi l’héritier de Lamartine, Hugo et Napoléon. Il est donc temps de réintégrer cette mémoire dans notre récit national, non pas par devoir de repentance, mais par exigence de vérité et de cohérence.


Un non musulman correct est toujours le bien venu,
Les non musulmans qui ont choisi d’etre islamophobes, ont fait leur choix, même s’ils elargissent le cercle qui représente ce choix.
Personnellement, ce qui me dérange le plus, ceux sont les islamophobes musulmans et dieu sait qu’ils sont partout sur la planète.