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L’Occident face à l’extrémisme religieux : conte d’une folie ordinaire

Texte de l’intervention de l’auteur au Colloque de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme sur le thème :« Le radicalisme religieux au Moyen Orient : Le Droit à la connaissance et la liberté de croyance » Genève 5-6 Septembre 2015

 De la religion au Moyen-Orient

La politique est la résultante de l’interaction des faits et des hommes ; des faits objectifs et des hommes, conditionnés par leur environnement. La religion est un fait prégnant de la zone du Moyen-Orient, berceau des trois monothéismes, un cas unique dans le monde en ce que les trois grandes religions monothéistes ressortissent des religions d’Asie.

Espace de communion et d’exclusion, la religion est un espace concurrentiel (1). L’instrumentalisation de la religion à des fins politiques est une constante de l’histoire. Toutes les religions y ont eu recours, dans toutes leurs déclinaisons, que cela soit la guerre de conquête de la chrétienté en Amérique latine ou les croisades vers le monde arabe, ou bien à l’inverse, la conquête arabe vers l’Asie, vers la rive méridionale de la méditerranée ou l’Afrique.

Guerre de religion au sein de l’espace occidental de la chrétienté (entre protestants et catholiques en France ou en Irlande du Nord), ou guerre de religion au sein de l’espace musulman (entre sunnites et chiites), ou enfin le sionisme, la forme la plus moderne de l’instrumentalisation de la Bible à des fins politiques par la mise en œuvre de la notion du retour à Sion, sur les débris de la Palestine.

La religion n’est pas condamnable en soi. Ses dérives si en ce que la piété n’exclut ni l’intelligence, ni le libre-arbitre. Elle n’interdit pas l’esprit critique. Elle ne saurait, en tout état de cause, se dévoyer dans des causes desservant l’intérêt national. Mais nul part ailleurs qu’au sein du leadership sunnite arabe, l’instrumentalisation de la religion n’a autant dévié de son objectif, desservant la cause arabe, au bénéfice de ses commanditaires, les États-Unis, le meilleur allié de leur principal ennemi, Israël.

L'islam, une religion de dimension planétaire, le monde musulman, un déploiement de portée stratégique 

L’Islam se présente comme une communauté humaine cimentée par une langue commune de prière (l’arabe), une continuité territoriale rarissime à l’articulation des grandes voies de navigation transocéanique à proximité des grands gisements énergétiques de la planète.

Avec près de 1,5 milliards de croyants, l’islam est une religion de dimension planétaire, dont le déploiement est de portée stratégique. S’étendant sur cinq continents, groupant 55 pays membres de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), le monde musulman se situe à l’intersection du monde européen et du monde indien. Renfermant les 2/3 des ressources énergétiques, il contrôle quatre des principales voies de navigations transocéaniques (Détroit de Gibraltar, Canal de Suez, Détroit d’Ormuz), avec en prime le Détroit des Dardanelles.

 La créance du monde musulman à l'égard de l'Occident 

Partenaire majeur de l’Alliance atlantique durant la guerre froide soviéto-américaine, le monde musulman dispose d’une dette d’honneur à l’égard de l’Occident, avec la Turquie en sentinelle avancée de l’Otan sur le flanc sud de l’URSS, amplifiée par la participation de 50.000 arabo-afghans à la guerre contre l’armée rouge en Afghanistan, avec en surplus la participation de près de 2 millions d’arabo- africains aux deux guerres mondiales contre l’Allemagne.

Mais, paradoxalement, en dépit de cette contribution, unique dans l’histoire, l’Islam et les musulmans constituent une thématique majeure de la polémologie contemporaine, désormais promus au rôle d’épouvantail dans la production intellectuelle occidentale, alors que les pays musulmans sont les grands perdants de la coopération islamo-occidentale.

La Turquie ne dispose même pas d’un strapontin au sein de l’Union Européenne et pas une parcelle de la Palestine n’a été restituée aux Palestiniens, alors que parallèlement, l’opération française Serval au Mali, en janvier 2013, pour neutraliser le groupement Ansar Eddine du Qatar, de même que l’opération Sangaris en RCA, ont affranchi la France de sa dette à l’égard des troupes d’outremer. En surplomb, les suppliques du Mufti de l’Otan Youssef Qaradawi, pour bombarder des pays arabes (Libye, Syrie), ont libéré les anciennes puissances coloniales occidentales de leur dette à l’égard des arabes et des musulmans.

L'Occident, artisan de l'instrumentalisation de la religion comme arme politique: les précédents du Pakistan et d'Israêl

1948 constitue à cet égard une date charnière avec le démembrement de l’Inde et la création du Pakistan, selon un critère religieux, corrélativement à la création d’Israël, selon le même critère religieux.

Pour le sionisme la colonisation de la Palestine a théorisé, par ricochet, une idéologie de la discrimination, justifiant a posteriori l’antisémitisme en ce qu’elle établit dans les faits une ségrégation entre Juifs et non Juifs.

Le Pakistan : dividende des États Unis à l’Arabie saoudite pour sa conclusion du Pacte de Quincy (1945) fondant le partenariat stratégique entre la grande démocratie américaine et le régime le plus obscurantisme de la planète. Israël : Le solde de tout compte de l’Occident du génocide hitlérien, par la sous traitance aux pays arabes de l’antisémitisme récurrent de la société occidentale. Une compensation sur bien d’autrui, génératrice d’une perversion triangulaire dont les effets se font sentir encore de nous jours. 67 ans après sa création, l’état hébreu se réduit à cette équation : un ghetto dans son environnement régional, l’Apartheid à l’égard des ses propres spoliés palestiniens, dans la pure tradition coloniale (2).

Pakistan et Israël ont signé l’entrée en force du religieux dans le politique, particulièrement dans le champ islamique dont son instrumentalisation la plus achevée connaîtra sa concrétisation, 32 ans plus tard, d’abord avec la guerre anti soviétique d’Afghanistan. Elle prendra ensuite la forme de parrainage d’oppositions off-shore par le Qatar, la Turquie et l’Arabie saoudite en Libye et en Syrie, en 2011, prélude à la mise sur pied d’une alliance régionale et internationale « Des amis de la Syrie ». Pour déboucher, enfin, une nouvelle alliance internationale et régionale « Contre le terrorisme » avec les dérives sanguinaires de Jabhat an Nosra et Da’ech, sous-tendant une guerre frontale contre les déclinaisons du concept de nation, nationalité, concitoyenneté et nationalisme arabe revendicateur et contestataire de l’hégémonie israélo-américaine ; une guerre contre les armées nationales arabes, concédant à l’hégémonie israélo-américaine sur la zone ce que ce duo n’a pu assurer ni par la paix ni par la guerre.

 Les prédicateurs éléctroniques 

Au plus fort de la rivalité soviéto-américaine, les Américains ont déployé une vingtaine de grandes corporations radiophoniques religieuses disposant de moyens financiers et techniques sans équivalent dans les deux tiers des pays de la planète (TRANS WORLD RADIO (TWR), suivie d’Adventiste World RADIO (AWR), Feba Radio, Ibra Radio, WYFR-Family Radio, Monitor Radio et Nexus IBD) en vue de prêcher la bonne parole atlantiste.

Ces prédicateurs électroniques ont nourri une prédilection particulière pour les foyers de tension (Sud du Liban, Sud du Soudan) et les minorités ethnico-religieuses des pays fragilisés par les dissensions intestines (Arméniens, Kurdes, Berbères) et, depuis l’invasion de l’Irak, en 2003, pour le nord kurdophone irakien.

IBRA Radio (International Broadcasting Radio) a animé au Moyen-Orient vers le Sud du Liban et la zone frontalière libano-israélienne une antenne locale onde courte pour les émissions de la station High  Adventure.

Le Sud du Soudan, peuplé de chrétiens et d’animistes en rébellion contre le gouvernement islamique de Khartoum, a été alimenté par les programmes de « Radio Elwa », dirigée depuis Montovia (Liberia) par des missionnaires anglo-saxons.

Toutefois par son ampleur et ses capacités, Trans World radio (TWR) constitue la première radio planétaire trans frontière de surcroît religieuse. En comparaison, The Friend of Israël Gospel Ministry, Église baptiste des États-Unis, diffuse des émissions en faveur d’Israël sur 700 stations américaines et publie la revue Israël My Glory dans 151 pays, collectant, rien qu’en 2005, des dons d’un montant de 8,5 millions de dollars en faveur de l’État hébreu.

A suivre…

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