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L’islamophobie contamine les collèges et lycées britanniques, selon une enquête édifiante

Si on leur dit « islam », à quoi pensent les adolescents britanniques, de 10 à 16 ans, qui empruntent chaque jour le chemin de l’école, et à travers quel prisme déformant, ou sous l’influence de quelle rhétorique fielleuse et irresponsable ?

Il n’est pas aisé de préserver son libre arbitre, quand on est à l’âge tendre où se forgent les personnalités, face à la violence de la propagande islamophobe qui se propage partout, infecte le débat public, et pollue les esprits des grands, ces sujets majeurs et vaccinés de Sa Gracieuse Majesté dont la perception de la religion musulmane en ressort au mieux brouillée, au pire irrémédiablement obscurcie.

Pour un tiers des 6 000 collégiens et lycéens reconnaissables à leur uniforme scolaire « so british »,  et interrogés dans le cadre d’une enquête menée entre 2012 et 2014 afin d’évaluer la prégnance du racisme anti-musulman dans le temple scolaire, la seule évocation de la présence musulmane au Royaume-Uni les renvoie au sombre fantasme, bien dans l’air vicié du temps, d’une « invasion de notre pays ».

Si jeunes, et déjà la tête farcie de préjugés fortement ancrés dans leur inconscient collectif, les milliers d’élèves britanniques ainsi sondés par l’association anti-raciste bien nommée « Mettre un carton rouge au racisme » (SRTRC), chapeautée par Ged Grabby, ont coché, pour la plupart d’entre eux, les cases les plus calomnieuses et catastrophistes figurant sur le questionnaire envoyé à plus de 60 écoles à travers le pays.

"Cette enquête montre à l’évidence que leur regard porté sur l’islam est assombri par une vision totalement déformée du nombre d'immigrants et de musulmans vivant au Royaume-Uni", a commenté Ged Grabby, en indiquant que 60% d’entre eux se disent convaincus que « les demandeurs d’asiles et les immigrants volent les emplois des Britanniques », tandis que 49% considèrent que « le problème de l’immigration est hors de contrôle et est mal géré ».

Comme si cela n’était pas suffisamment édifiant, la publication des résultats de cette étude a coïncidé avec la rencontre pour le moins embarrassante, et surtout atterrante, entre Tristram Hunt, Secrétaire d’Etat à l’éducation issu du Parti Travailliste, et un écolier qui, sans se démonter, lui a lancé que plus tard il voterait pour l’extrême droite, représentée par le Parti UKIP, pour « mettre dehors tous les musulmans et les étrangers ».

Face à ce sombre tableau des idées noires qui se bousculent dans les esprits de ces chères têtes blondes, impressionnables et malléables comme de la pâte à modeler, certains experts britanniques tendent à relativiser les conclusions pessimistes, à l’instar de la professeure Hilary Pilkington, de l’université de Manchester. "Je ne vois pas là  la preuve tangible d’un racisme largement répandu chez les jeunes, mais plutôt l’indication d’une anxiété, souvent basée sur des informations inexactes", a-t-elle déclaré, en préférant mettre en valeur les 41% des teenagers qui ne perçoivent pas les musulmans comme des conquérants en puissance, et les 47% qui regrettent que les relations entre musulmans et non-musulmans soient « pauvres ».

Mais la nuance apportée par Hilary Pilkington a été très vite contrebalancée par la lucidité inquiète d’un éminent confrère et conférencier, le Dr Paul Jackson, de l’Université de Northampton, qui alerte sur l’existence d’un "écart entre la réalité et la perception sur ces questions", en appelant à ce que les autorités britanniques prennent conscience "de l'hostilité grandissante envers l’islam et les étrangers qui gangrène les écoles du royaume", constituant "une grande source de préoccupation que nous, en tant que société, devons prendre au sérieux".

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