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Libérer l’Islam, Libérer les femmes : la question de l’héritage (1/2)

Libérer l’Islam, Libérer les femmes (4)
Le travail continue. Le tri se poursuit. La dignité est le don divin le plus également partagé entre les membres de la famille humaine. Et seule l’action de bien peut en conférer plus à son auteur par rapport aux autres, que celui-ci soit femme ou homme, « car le plus digne d’entre vous est le plus pieux ». Pour celui qui le lie et le médite, c’est le principe qui suinte de tout le Coran.
Seulement l’interprétation fait rage. Son exégèse commandée par l’ordre établi fragmente le Livre en versets qui s’abrogent. Il fait ainsi dire à la révélation, sur la question des femmes notamment, ce que ses signes démentent. Ce sont ces versets fragmentés que nous avons repris lors de nos précèdent billets sur cette question, pour les réinsérés dans la cohérence qui en font des signes clairs à méditer.
Fondamentalisme et modernisme : l’interprétation commune
Un autre verset donc, balancé à tout va comme un slogan par les atomiseurs de sens : « …et pour le mâle une part égale à celle de deux femelles… ». C’est l’argument que mon camarade, qui avait, sans le méditer, mémoriser le Coran, utilisa pour argumenter en faveur de la supériorité de l’homme sur la femme. Il ajouta, goguenard, cet autre passage comme une massue sensée me clouer le bec : « les hommes sont supérieurs (selon sa compréhension déliante) aux femmes en raison des faveurs que Dieu accorda aux hommes sur les femmes (selon sa traduction) … ».
– « Et donc ? lui demandai-je »
– « Ben c’est clair non ? me répondit-il. L’islam dit que les femmes sont inférieures c’est tout.
C’est un « fondamentaliste » me diriez-vous. Il prend le verset à la lettre. Seulement, de l’autre côté, les « modernistes » partagent sur ce passage la même compréhension. Il suffit pour s’en rendre compte d’écouter le débat tunisien qui eut lieu il y a quelques temps sur la question de l’héritage : « Il faut être fidèle ! » ; « non il faut abroger ce passage, les droits de ‘’l’homme’’ l’exigent» ; un troisième larron alors intervient « moi je pense personnellement qu’il faut contextualiser. Ce passage était un progrès à l’époque maintenant il est dépassé ».
Ainsi, chez les musulmans, notamment l’élite, fondamentalistes religieux et modernistes libéraux, sont des caricatures qui partagent le même logiciel : celui de l’imitation et de la fragmentation. Ce sont des pantins. A ceci près qu’ils sont leur propre ventriloque. C’est le règne sans partage du don-quichottisme. Demandez-leur pour vous en convaincre de voter, là-bas ou en France d’ailleurs, l’égalité des salaires et vous verrez la basse-cour cesser ses caquètements. L’agitation se plait à faire croire qu’elle est une action.
Mais je m’étale. Revenons aux passages en question et relions-les. Rappelons cette règle encore une fois : toute compréhension d’un verset qui contrevient au sens qui se dégage de tout le Coran, est à corriger à la lumière du tout coranique qui en fait un signe (âya). Il faut saisir, avant de juger, la logique d’ensemble qui soutient ces passages et la dynamique éthique et sociale qu’ils veulent enclencher et accompagner.
L’héritage entre homme et femme : égalitarisme, égalité ou équité ?
Nous sommes en compagnie d’une sourate, celle des « Femmes ». Et elle commence, en contredisant frontalement les deux fragments maladroitement cité plus haut : « O humains, ayez conscience de votre enseigneur qui vous a créé d’une seule âme et d’elle il créa sa paire. Et de ces deux il dissémina tant d’hommes et femmes. Ayez donc conscience de Dieu par qui vous vous demandez mutuellement assistance ainsi que des liens de familles. Car Dieu constamment vous observe » (S4 ; s1).
Ce signe est fondateur. Il résume le sujet de toute la sourate : l’humanité est égalité. Elle est diversité. Et elle est interdépendance biologique (la famille) et symbolique (la famille humaine) qui engage à l’entraide (la société) dans la conscience et le respect révérenciel du Seigneur (qui fonde l’ordre naturel de la création) et de Dieu (qui fonde l’ordre moral de la révélation) qui donne à la relation avec l’autre (le politique) la consistance et la valeurs de la relation avec lui (le religieux). L’humanité est donc relation à tous les niveaux.
Or celle-ci peut, dans l’oubli du sens divin, s’établir sur la domination et l’exploitation qui l’annihilera. Il s’agit donc de la maintenir par la solidarité envers ceux que la loi du plus fort déconsidère : les enfants, les femmes, les esclaves, les dépendants, les fragiles, les pauvres, les ignorants, les immigrés etc. C’est la logique de la relation distributive qui fonde l’humanité contre celle de la domination restrictive et privative de la subsistance (la nourriture du corps) et de la science (la nourriture de l’esprit) pour réduire les liens et détruire l’humain. Lisez donc attentivement la sourate et vous vous en rendrez compte.
Ces deux fragments de versets, partialement cité plus haut, issus de cette sourate ne peuvent, si le Coran est cohérent (et il l’est assurément), signifier ce que l’interprétation leur font dire. Il faut donc écouter, relier et méditer.
Prenons le premier passage et voyons si celui-ci instaure en principe l’inégalité entre femmes et hommes. Il concerne l’héritage et sa redistribution entre les membres de la famille du défunt. La sourate en parle dans la suite des recommandations faites pour la bienveillance envers les orphelins elles-mêmes issues de l’unité d’origine et de sens de l’humanité et de la solidarité qui en découle :
« Dieu vous recommande, en ce qui concerne vos enfants, au garçon une part équivalente à celle de deux filles, si elles sont des femmes au-dessus de deux elles ont alors pour elles les deux tiers de ce qu’il aura laissé. Et si elle n’y en a qu’une, alors à elle la moitié de l’héritage. Et pour chacun de ces deux parents (mère et père) un sixième de son héritage s’il a des enfants… » (S 4 ; s 11).
Le reste du passage est assez long, il s’agit pour nous ici de mettre en exergue le fragment dans son ensemble et de le méditer. Méditons donc d’abord cet extrait puis résumons le reste. Tout d’abord, nous constatons qu’il ne vient pas installer une règle générale. Il s’agit d’un cas particulier dans la redistribution de l’héritage, notamment celui entre les enfants du défunt. Ensuite, il y est beaucoup question des filles, de sorte qu’il soit impossible de partager l’héritage sans les inclure. Car c’est à partir de leur quote-part que celle des garçons se détermine.
Ce qui rejoint notre propos dans le précèdent billet sur le droit de la famille tel que dessiné par le Coran : il est fondé sur les droits des femmes de sorte qu’il soit impossible de l’appliquer dans sa totalité, pour la communauté des croyants, sans en tenir compte, à moins de le fragmenter comme c’est le cas dans le monde musulman. Dans ce cas ce n’est pas la sharia qui est appliquée mais le patriarcat. Résumons donc en ces points le passage consacré à l’héritage.
1) Entre enfants du défunt : le frère reçoit une part qui fait deux fois celle de sa sœur.
2) Entre parents du défunt : mère et père sont à égalité (ils partagent le sixième de l’héritage).
3) Entre conjoint : a- le veuf reçoit la moitié ou (s’il y des enfants) le quart ; b- la veuve reçoit le quart ou (s’il y a des enfants) le huitième.
4) Entre frères et sœurs d’un défunt sans héritier direct : les sœurs et frères sont à égalité (ils se partagent le tiers de l’héritage).
A la lecture de ces points, la question qui se pose est pourquoi dans certains cas il y a inégalité et dans d’autres il y a égalité ? C’est une question que ne se posent ni les fondamentalistes, ni les modernistes. Et c’est pourtant par là que la réflexion devrait commencer. La réponse bien-sûr existe. Mais pour la trouver la suffisance et l’impatience sont à proscrire. Sinon c’est l’égarement.
A voir de plus près, cela ne semble correspondre ni à la logique patriarcale (qui donne tout aux hommes), ni à celle du matriarcat (qui donne tout aux femmes), ni non-plus à celle de l’égalitarisme (qui confond égalité et mêmeté).Or c’est bien la fainéantise intellectuelle et l’absence de profondeur qui mettent le sens de ces passages sur le dos d’on ne sait quel patriarcat contextuel ou universel. Car si la vision du Coran était patriarcale en raison du contexte de l’epoque, ces passages n’auraient tout bonnement pas pu être révélés.
Il se trouve donc là une autre logique qui ne peut être découverte et appliquée en son esprit que si nous déshabillons nos réflexions des partis pris culturels et idéologiques qui les aveugles. Nous sommes en présence d’une autre logique, unique en soi, qui ne correspond à aucune catégorie et qui est portée par une vision cosmique des interactions nature-culture, male-femelle, économique-symbolique, moyen-finalité qui sous-tend la création entière. Ce qui n’a pas encore été médité comme il se doit, préoccupés que nous sommes à utiliser ces signes coraniques en versets idéologiques. C’est bien d’un autre modèle des interactions sociales à partir de l’ensemble cosmique qui les sous-tend, qui est ici condensé. Malheureusement la nature de cet article ne nous permet pas de pousser plus loin la réflexion. Contentons-nous pour l’heure de déconstruire l’interprétation qui empêche sa compréhension par la fragmentation de ses signes et la falsification de leur sens.
En tous les cas, après analyse et méditation nous pouvons affirmer que ce fragment (au garçon une part égale à celle de deux filles) n’est pas une règle générale qui instaure l’inégalité entre homme et femme. Il fait plutôt parti d’un tout qui vise l’équité et la justice dans les rapports socio-économiques et les interactions femmes-hommes. Comme cela va être démontré dans le prochain artcle.
A suivre…

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