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L’expression « pro-Palestiniens » est-elle pertinente ?

 

Depuis le lancement de l’offensive israélienne sur Gaza, le 8 juillet 2014, et la tenue, en France et dans le monde, de nombreuses manifestations en signe de solidarité à l’égard d’une population assiégée, acculée et décimée, un certain nombre d’amalgames et d’écueils doivent être impérativement levés. Pour banal qu’elle puisse apparaître de prime abord, cette clarification n’en est pas moins nécessaire.

Ces amalgmes visent principalement à entretenir la confusion, comme notamment de délégitimer, sans même examiner, le contenu des revendications collectives en faveur des Gazaouis, qui n’ont absolument rien de sectaire, de raciste ou d’antisémite, du moins dans leur essence. Ceci n’exclut pas les éruptions antisémites ponctuelles, qui ne sont pourtant pas, de loin s’en faut, le vecteur principal des mobilisations.

Ceux qui manifestent, par ailleurs, ne sont pas forcément des musulmans, des Arabes ou des Maghrébins, qui réagiraient par solidarité ethnique ou religieuse au sort des Palestiniens de Gaza. C’est pourquoi, je m’interroge aussi de plus en plus sur la pertinence de l’expression « pro-Palestinien(s) », qui, à mon sens, en plus d’uniformiser, participe de l’amalgame autour des mobiles ou ressorts profonds qui poussent les gens à aller manifester.

C’est une question de vocabulaire qui mériterait sans doute d’être plus largement discutée. En effet, celui qui manifeste par solidarité avec Gaza, peut être présent moins en raison de la nationalité ou religion des victimes des bombardements israéliens que par leur identité d’êtres humains dont les droits élémentaires sont violés, si l’on s’en tient aux conventions internationales.

En outre, parler d’ « importation du conflit israélo-palestinien » est moins que jamais un argument sérieux qu’une argutie, dans la mesure où nous vivons dans un village planétaire, le conflit s’invitant quotidiennement dans nos foyers, via toutes sortes  de vecteurs, tels que la télévision, l’Internet ou, plus précisément, les réseaux sociaux.

En outre, les manifestations, à l’évidence, sont largement transconfessionnelles et transcourants : elles ne sont ni sectorielles ni catégorielles. Soutenir, comme l’ont fait certains observateurs ou commentateurs mal inspirés ou mal avisés, que les manifestants seraient ipso facto« pro-Hamas », est une contrevérité, même si certains militants, minoritaires cela dit, peuvent par ailleurs avoir de la sympathie pour l’organisation islamiste en question et légitimer les opérations militaires de sa branche armée ; en tout état de cause, là n’est absolument pas l’objet principal de la présence dans la rue de milliers de personnes aux horizons de pensée et à l’histoire personnelle différents.

Il est de coutume, quand des musulmans sont impliqués dans des violences accomplies au nom de la religion islamique, de sommer les autorités ou clercs de l’islam de France de prendre clairement position pour condamner ces agissements. Or, alors même qu’il est à présent avéré que des éléments de la Ligue de Défense Juive (LDJ) ont commis des actes de violence, comme des dégradations publiques, ou tenu des propos ouvertement racistes à l’égard de manifestants, ni le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) ni le Consistoire, à notre connaissance, ne les ont ouvertement condamnés ou dénoncés.

  Si l’antisémitisme doit être évidemment pointé lorsqu’il est manifeste, il n’en demeure pas moins que le racisme n’a pas de visage. Il n’est certainement pas une spécificité arabo-musulmane, à moins de verser, une fois de plus, dans un culturalisme très douteux.

Enfin, interdire les manifestations représente un risque majeur que peu de commentateurs ont suffisamment mesuré : nourrir la frustration et donner du grain à moudre à des individus ou groupuscules, apprentis sorciers s’il en est et pour le coup ouvertement antisémites, qui diffusent insidieusement l’idée que les juifs ou le CRIF  contrôleraient la politique française, en empêchant l’élan de solidarité internationale pour l’arrêt des opérations militaires à Gaza.

Au Proche-Orient, nous ne sommes pas, fondamentalement, dans un conflit de civilisations ou de religions, sauf pour certains acteurs qui le lisent comme tel, mais dans un conflit avant tout territorial et politique. Souvenons-en.

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