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L’ennemi principal de l’Arabie saoudite : L’Iran ou Da’ech ?

Arabie Saoudite : Vers une révision des priorités saoudiennes en matière de désignation de l’ennemi principal : L’Iran ou Da’ech?
 
L’attentat contre la mosquée du QG des forces spéciales à Abha, le 6 Août 2015, paraît devoir conduire l’Arabie saoudite à reconsidérer ses priorités dans la désignation de son ennemi principal en ce que cette opération revendiquée par Da’ech s’est produite dans un périmètre hautement sécurisé, –la mosquée des forces spéciales et non une mosquée chiite faiblement protégée-, de surcroît dans un secteur qui représente la profondeur stratégique sunnite du royaume, la province d’Al Assir, dans le sud du pays- et non une province de mixité démographique.
 
Cet attentat, qui a fait 15 morts, représente l’une des attaques les plus meurtrières ayant visé les forces de sécurité depuis la vague d’attentats d’Al Qaida ayant frappé le royaume entre 2003 et 2006. Revers majeur pour le prince héritier Mohamad Ben Nayef, en charge de la sécurité interne du Royaume et adoubé à ce titre par les Américains, il devrait donner une plus grande marge de manœuvre au gouverneur effectif de l’Arabie, le propre fils du roi, Mohamad Ben Salmane.
 
La nouvelle guerre du Yémen lancée, en mars 2015, par l’Arabie saoudite, avec son cortège de mobilisation sectaire, a entraîné une stigmatisation plus marquée des chiites dont se réclament les miliciens houthistes yéménites. Le Royaume saoudien a été toutefois, dans la foulée, la cible de quatre attentats revendiqués par Da’ech, dont trois attentats meurtriers contre des lieux de culte, faisant au total de 42 morts.
 
Outre l’attentat d’Abha, un attentat suicide à la voiture piégée a eu lieu à Ryad, le 16 juillet, en pleine fête du Fitr qui marque la fin du jeune du ramadan, blessant deux policiers à un point de contrôle de la capitale. Deux mois auparavant, en Mai, la province orientale de l’Arabie saoudite a été secouée par deux attentats contre des mosquées chiites ayant fait 25 morts. L’attentat de Koudeih, le 22 mai 2015, a fait 21 morts et 81 blessés. La responsabilité de cet attentat a été revendiquée par Da’ech au nom des «Soldats du califat dans la province du Najd. Le royaume a par ailleurs déjoué un attentat contre l’ambassade des États Unis à Ryad, interceptant un camion chargé de 80 kg d’explosif, en provenance de Bahreïn.
 
Dans les années 2004-2005, l’Arabie saoudite avait été secouée par une vague d’attentats commis par Al-Qaïda, la matrice de Da’ech, contre des intérêts étrangers. Ces derniers mois, plusieurs incidents ont été recensés contre des policiers saoudiens et des étrangers, qui sont avec les «hérétiques chiites», les ennemis déclarés des djihadistes sunnites. Dans une opération de diversion, s’explique dans ce contexte l’incarcération du chef spirituel de la communauté chiite saoudienne, Cheikh Nimr Al-Nimr, arrêté en novembre 2014 et condamné à mort.
 
L’accord nucléaire iranien et la nouvelle guerre saoudienne contre le Yémen, déclenchée quatre mois plus tôt précisément pour en entraver la conclusion, a bouleversé la donne, au point d’être considérée désormais par les cercles dirigeants saoudiens comme une conjonction cauchemardesque.
 
A l’arrière plan d’une politique d’austérité rendue nécessaire par les coûts des guerres de Syrie et du Yémen, de la chute du prix de pétrole, et du coût des programmes d’armement exorbitants, -autant d’éléments générateurs de mécontentement interne-, la nervosité est grande à Ryad: Un publiciste saoudien Zouheir Katabi (62 ans) a fait les frais de cette fermentation intellectuelle sur fond de grenouillage subversif.
 
Pour avoir préconisé l’instauration d’une «monarchie constitutionnelle» et la dissolution de la police religieuse ainsi que la cessation de la répression politique et religieuse, -des propos jugés apparemment subversifs par le pouvoir-, ce journaliste respecté de la profession a été traduit en justice.
 
La flambée de violence interne tend à justifier le bien fondé de la mise en garde du président Barack Obama adressée aux pétromonarchies lors de leur rencontre de Camp David, au printemps 2015, pointant le fait que «le plus grand danger qui mime le pétromonarchies est le front intérieur» avec une jeunesse désœuvrée et maintenue à l’écart de la vie publique nationale, de toute participation à la vie politique. Elle tend de surcroît à démentir la guerre psychologique menée depuis trente ans par la famille royale saoudienne visant à diaboliser l’Iran et les Chiites. A mettre à nu la démagogie wahhabite.
 
60 % de la jeunesse saoudienne sympathisante de Da’ech.
 
La conjonction est si cauchemardesque qu’un notable saoudien a tiré la sonnette d’alarme, révélant sur la chaîne de télévision saoudienne «Al Arabiya» que 60 % des jeunes saoudiens sont des sympathisants de Da’ech. L’homme, Khalil Al Khalil, ancien membre du Conseil consultatif, un expert dans le domaine du terrorisme, n’a fait l’objet d’aucune mesure disciplinaire.
 
Une mansuétude qui ne doit rien au hasard dans un pays hermétique à l’extrême. Sans doute en raison du fait que Khalil Al Khalil a avancé des chiffres au dessous de la réalité en ce que le nombre de sympathisants pro Da’ech au sein de la jeunesse saoudienne se situerait autour de 92 pour cent selon un sondage réalisé sur les réseaux sociaux. Une véritable bombe à retardement pour ll’Arabie saoudite.
 
Les contrats d’armement des pétro monarchies : des contrats d’assurance déguisés.
 
Du Golfe, une zone hyper protégée mais nullement hermétique.
 
Depuis l’avènement de la République islamique à Téhéran, l’Iran était désigné comme l’ennemi principal des Saoudiens et des sunnites. Un credo qui justifiait tous les abus sur le plan interne et tous les excès sur le plan externe, avec l’appui immuable du bloc atlantiste.
 
L’Iran a d’ailleurs constitué une véritables mine d’or pour le complexe militaro- industriel américain, à en juger par les contrats mirifiques qui se sont succédé entre les pétromonarchies du Golfe et les firmes américaines, dont les derniers en date se chiffrent à 130 milliards de dollars. Les emplettes portent aussi bien sur un bouclier anti-missiles que John Kerry a vendu aux gérontocrates du Golfe, -sur le modèle du dôme d’acier israélien, mais en moins perfectionné- que sur des chasseurs-bombardiers F15, des missiles Hellfire (Lockheed Martin) et des véhicules blindés Humvee-(AM General). Pour se prémunir à la fois contre le danger iranien que l’État Islamique.
 
SOS International, dont un des dirigeants n’est autre que Paul Wolfowitz, ancien sous secrétaire d’Etat à la défense sous Georges Bush Jr, et un des artisans de l’invasion de l’Irak, en 2003, a emporté un appel d’offres prévoyant la mise à disposition de l’armée américaine de plusieurs centaines de bodyguard, de traducteurs confirmés, de convoyeurs, majoritairement recrutés au sein de la grande réserve de retraités militaires américains, en vue de protéger les deux nouveaux camps établis par les États-Unis en Irak, pour la formation de la nouvelle armée irakienne, le camp de Samaya et le Camp de Taji. Un contrat de 400 millions de dollars. 3.500 soldats américains sont revenus en Irak à la faveur de la nouvelle guerre déclenchée contre Da’ech, l’été 2014, et 6.300 retraités de l’US Army s’apprêtent à reprendre du service «contractuel» pour le compte de SOS international. Ce bilan ne tient compte ni de la commande Rafale faite par le Qatar à la France, ni de la transaction saoudienne de l’ordre de 16 milliards de dollars pour la fourniture par la France de réacteurs EPR pour le nucléaire civil saoudien.
 
Le précédent gros contrat, de l’ordre de 123 milliards de dollars, avait été conclu en 2010 entre l’Amérique et quatre pays du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Abou Dhabi, Qatar), précisément en vue de renforcer leur capacité défensive «face à l’Iran». Soixante milliards de dollars pour la vente à l’Arabie saoudite de 87 chasseurs bombardiers «F-15», de 70 hélicoptères de combat «Apache» et de 72 hélicoptères «Black Hawk», 36 hélicoptères Little Bird AH-6, ainsi que des bombes, des missiles, y compris la bombe guidée par GPS, JDAM, produite par Boeing et le missile guidé par laser Hellfire. Trente milliards de dollars complémentaires seront affectés à la fourniture de bâtiments de guerre et d’un système de défense balistique, complémentaire au réseau de missiles de type Patriot et au reconditionnement des anciens appareils de l’armée de l’air et de la marine.
 
Bases militaires, barrages électroniques et compagnies militaires privées: le Golfe, une zone hyper protégée mais nullement hermétique.
 
De surcroît, des barrages électroniques ont été édifiés aux frontières de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis pour décourager toute invasion ou infiltration. Le barrage électronique saoudien a été édifié avec le concours des Français, celui d’Abou Dhabi, avec le concours de la firme israélienne AGT (Asia Global Technologies), dont le contrat de trois milliards de dollars concerne aussi bien la protection des frontières que la protection de quinze sites pétroliers de l’émirat, ainsi que la fourniture de Drones, les avions de reconnaissance sans pilote, de fabrication israélienne.
 
Faiblement peuplées, entourées de puissants voisins tels l’Iran et l’Irak, de création récente et inexpérimentées, les pétromonarchies ont longtemps confié leur protection à des pays amis aguerris, ou, à défaut, à des compagnies militaires privées, les mercenaires des temps modernes, et, les fabuleux contrats d’armement étaient généralement perçus comme des polices d’assurance déguisées, en raison des mirifiques rétro commissions qu’ils généraient.
 
La protection de l’espace aérien saoudien a été longtemps confiée aux aviateurs pakistanais, le territoire national du Sultanat d’Oman aux bédouins de la légion arabe jordanienne, les mercenaires occidentaux se chargeant du reste, avec une répartition des rôles entre les Anglais, surtout présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du Golfe, et les Américains ayant la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste du Moyen-Orient.
 
La protection du Cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyane, Émir d’Abou Dhabi et président de la Fédération des Émirats du Golfe, ainsi que l’encadrement des troupes omanaises dans la répression de la guérilla marxiste du Dhofar, dans les années 1965-1970, ont relevé de la responsabilité de «Watchguard», une des deux compagnies de mercenaires britanniques, dont le siège est à Guernesey. Fondée en 1967 par David Sterling, un ancien des commandos de l’air britanniques (Special Air Services), elle passe pour être un instrument d’influence de la diplomatie britannique.
 
Outre Blackwater, qui s’est fâcheusement illustrée en Irak, les États-Unis comptent, eux, deux grandes sociétés privées militaires: Vinnell Corp, dont le siège est à Fairfax, en Virginie, et BDM international. Toutes deux filiales de la multinationale Carlyle, elles apparaissent comme les bras armés privilégiés de la politique américaine en Arabie et dans le Golfe. Vinnel corp, dont la mission saoudienne a fait l’objet d’un attentat à Khobbar en 1995, a la haute main sur la formation de la Garde nationale saoudienne, tandis que BDM gère la formation du personnel de l’armée de l’air, de la marine et des forces terrestres saoudiennes
 
Face à l’Iran, la constellation des pétromonarchies du Golfe s’est ainsi transformée en une véritable base flottante américaine au point que se pose la question de la viabilité stratégique et de la pertinence politique des gros contrats d’armement jamais conclu dans l’histoire, en temps de paix, entre les États Unis et les pays de la zone. Le contrat de 2010 comme celui de 2015 outrepassent les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux.
 
Preuve de l’inanité de ces contrats, la transaction de 2010 portant sur des chasseurs bombardiers F.15 n’a pas empêché le Royaume saoudien de recourir à des pilotes mercenaires américains, français et pakistanais – 7.500 dollars la sortie aérienne- pour pilonner les positions de leurs contestataires houthistes au Yémen.
 
Si l’on excepte sa piètre démonstration militaire au Yémen, en 2015, l’Arabie saoudite n’a en fait jamais mené de guerre directe contre aucun de ses adversaires potentiels, encore moins contre Israël, l’ennemi officiel du monde arabe, dont elle est le principal opposant sur le plan théorique, se bornant à financer des guerres obliques de déstabilisation toujours contre les pays arabes ou musulmans.
 
La zone pétro- monarchique est couverte d’un réseau de bases aéronavales anglo-saxonnes et françaises le plus dense du monde, dont le déploiement pourrait à lui seul dissuader tout éventuel assaillant éventuel, rendant superflu de tels contrats. Elle abrite à Doha (Qatar), le poste de commandement opérationnel du Cent Com (le commandement central américain) dont la compétence s’étend sur l’axe de crise de l’Islam qui va de l’Afghanistan au Maroc; A Manama (Bahreïn), le quartier général d’ancrage de la V me flotte américaine dont la zone opérationnelle couvre le Golfe arabo-persique et l’Océan indien.
 
Si le 10 ème de cette somme avait été consacré par les pétromonarchies du Golfe à la libération de la Palestine, et non à polluer la planète du djihadisme takfiriste, non seulement la Palestine aurait été libérée depuis belle lurette de même que la sécurisation de l’espace nationale arabe assurée, mais le Monde arabe aurait forcé le respect du Monde en accédant au seuil critique, condition indispensable pour accéder au rang d’acteur majeur de la scène internationale et non de supplétifs de stratégies atlantistes.
 
Le croquemitaine n’est peut-être pas celui que l’on croit
 
A l’Iran s’est superposée depuis la créature saou américaine, Da’ech. Ses prises de guerre sur l’ennemi notamment le matériel de guerre pris à l’armée irakienne conduit au renouvellement des stocks. Le jackpot est ainsi assuré pour l’industrie américaine d’armement avec l’appauvrissement consécutif des pays arabes et l’accentuation de leur dépendance.
 
Par un subterfuge que les politologues américains désignent du vocable de «Politics of Fears, l’Iran sert depuis trente ans de prétexte pour éponger le surplus de pétrodollars arabes en alimentant le complexe militaro-industriel américain, et Israël, un prétexte pour maintenir la dépendance technologique arabe.
 
Alors que le monde arabe accuse un retard manifeste tant au niveau de la recherche scientifique que du développement des nouvelles technologies et que le chômage atteint des proportions rarement égalées ailleurs dans le monde, quatre pétromonarchies auront débloqué la colossale somme de 253 milliards de dollars en cinq ans (123 milliards en 2010+130 milliards en 2014-2015), pour résorber le chômage…. des Etats-Unis.
 
Force est pourtant de constater que l’unique intervention militaire iranienne contre les pétromonarchies s’est produite à l’époque où l’Iran se situait dans la mouvance occidentale dans la décennie 1970 sans que la protection américaine n’ait été d’un grand secours aux protégés arabes qui se sont vus amputer ce jour là de trois îlots appartenant à l’Émirat d’Abou Dhabi: (la grande et la petite Thomb et l’île d’Abou Moussa. Il est vrai que le Chah d’Iran Mohamad Reza Pahlevi faisait office à l’époque de gendarme du Golfe pour le compte des Américains et que les princes arabes ne pouvaient qu’obtempérer, sur injonction américaine, au super gendarme régional qui leur avait été assigné.
 
Disparité de traitement entre Arabes et Israéliens
 
En contrechamps, Israël a bénéficié de cinquante et un milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue «Counter punch» en date du 30 mars 2007.
 
A cette somme, il convient d’ajouter 11,2 milliards de dollars de prêts pour des équipements militaires ainsi que 31 milliards de dollars de subventions économiques, sans compter la promesse de George Bush Jr, au terme de son mandat, de fournitures de l’ordre de trente milliards de dollars, dont des missiles à guidage laser, des bombes à fragmentation, des bombes à implosion, un dôme d’acier de protection anti balistique, en vue de préserver la suprématie militaire israélienne au Moyen-Orient.
 
A l’apogée de sa puissance, au plus fort de son alliance avec l’Iran, l’Amérique n’a jamais réussi à faire restituer à leur propriétaire arabe légitime ces trois îlots. En phase de puissance relative, saura-elle au moins protéger durablement ces relais régionaux, au moment où ses déboires en Afghanistan, en Irak et en Syrie la place sur la défensive, alors que, parallèlement, l’Iran, fort de sa maîtrise de la technologie nucléaire et des succès militaires des ses alliés régionaux, le Hezbollah (Liban), Moqtada Sadr (Irak) se pose en parfait contre exemple de la servitude monarchique, avec un rayonnement se projetant bien au-delà des zones à fortes minorités chiites arabes dans les régions pétrolifères d’Arabie Saoudite, de Bahreïn, du Koweït, d’Irak, et dans la zone limitrophe d’Israël dans le sud du Liban pour s’étendre à l’ensemble de la sphère arabo musulmane?
 
Le monde arabe a engagé près de deux mille milliards de dollars au titre des dépenses militaires depuis le dernier tiers du XX me siècle, soit environ 50 milliards de dollars par an en moyenne, sans avoir pu se doter ni d’une capacité de projection de puissance, ni d’une capacité de dissuasion nucléaire, encore moins de la capacité spatiale du renseignement, autant d’attributs de la puissance moderne qui lui font cruellement défaut à l’ère de la société de l’information et de son application militaire, l’info guerre.
 
Une telle disparité de traitement entre Israéliens et Arabes au regard des Américains, l’un s’équipant à titre gracieux, les autres contraints de payer l’intégralité des commandes rubis sur ongle, en dépit de la contribution financière et humaine des pays arabes aux équipées américaines tant en Afghanistan qu’au Nicaragua contre le bloc soviétique, de même que leur comportement erratique à l’égard de leurs alliés naturels (l’Union soviétique et l’Iran) ainsi que l’autodestruction systématique des pays arabes sous couvert de djihadisme takfiristes expliquent le discrédit du Monde arabe sur la scène internationale et une part de son collapsus stratégique.
 
La rencontre Ali Mamlouk-Mohamad Ben Salmane: une rencontre «miraculeuse» par suite de bons offices de la Russie.
 
Face à la prolifération de Da’ech dans les pétromonarchies, quatre pays amis du Royaume,-l’Égypte, le Sultanat d’Oman, le Koweït et Abou Dhabi son allié dans la bataille du sud Yémen-, ont pressé l’Arabie Saoudite de renouer le dialogue avec sa bête noire, la Syrie. Un premier contact a ainsi lieu entre le Prince Mohamad Ben Salmane, l’homme fort du clan wahhabite, avec le chef des services de renseignements syriens, le général Ali Mamlouk, le 19 juin 2015, au lendemain de l’attentat contre une mosquée chiite au Koweït, une principauté déjà érigée en «Émirat islamique sunnite».
 
Qualifiée de «miraculeuse» mais virile, la rencontre syro- saoudienne a eu lieu par suite de «bons offices» de la Russie , un pays dont l’influence a été longtemps quasi inexistante dans la zone pétro-monarchique, mais qui constitue néanmoins un indice d’une évolution préfigurant de nouvelles démarcations diplomatiques. Certes l’Arabie saoudite a cherché à minimiser la portée de cette rencontre sans doute tant pour ne pas démoraliser ses alliés engagés sur le terrain, -ses alliés étatiques (Turquie, Qatar) et para étatiques, (les groupements djihadistes Da’ech et Jabhat An Nosra)-, que pour se donner le temps de justifier ce rétropédalage en maintenant sa posture maximaliste en prévision d’éventuels marchandages.
 
L’Arabie saoudite, le plus grand déstabilisateur régional, connaît à son tour les affres de la déstabilisation… par ses propres pupilles. Le croquemitaine iranien paraît ainsi céder le pas à «l’ennemi intérieur», autrement plus dangereux en ce qu’il se pose en concurrent direct de l’idéologie wahhabite, assises de la dynastie saoudienne.
 
Sauf à se projeter dans une impasse fatale, la famille royale saoudienne devra, volens nolens, reconsidérer ses priorités dans la désignation de son ennemi principal. Après trente ans de mobilisation intensive anti-chiite, la dynastie wahhabite pourrait bien se rendre compte que le croquemitaine n’est pas celui que l’on croit. Sans doute un peu tard et à ses dépens. Ah quelles seront douloureuses les révisions déchirantes.

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