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« Le Petit Sultan » : un roman social passionnant dans l’univers du football

Pour son premier livre, le journaliste Abdelkrim Branine a été particulièrement bien inspiré de choisir le genre romanesque, seul à même de satisfaire la soif d’évasion des lecteurs, tout en leur tendant un miroir dans lequel se reflète la réalité sociale de la France. 

Sous sa plume féconde, l’auteur du « Petit Sultan » (paru aux éditions Zellige) nous invite à une plongée aventureuse dans l’univers footballistique, dont il connaît les méandres, et authentique au coeur des quartiers populaires, dans un Hexagone dont il n’ignore rien des multiples crispations et obsessions… Celles de l’identité nationale, de l’islam et de l’intégration étant paroxystiques. 

Autant de questions sensibles auxquelles Abdelkrim Branine, ce féru du ballon rond attaché à ses racines algériennes, ne pouvait décemment rester insensible. En effet, depuis une vingtaine d’années, en sa qualité de journaliste, il se penche avec la plus grande attention sur les sujets brûlants d’actualité que sont l’immigration, la religion et le patriotisme, ce sentiment d’appartenance à un pays que d’aucuns exacerbent à des fins nationalistes. 

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 Abdelkrim Branine

Au fil des pages, il nous transporte dans un royaume imaginaire mais criant de vérité, celui du sport roi, où l’ascension fulgurante de son petit prince, Yougerten Mokrani, semble irrésistible…

« Le football est venu à  moi », se plaît à dire sobrement son jeune héros, né à Paris, le 1er octobre 2001, que rien ne prédisposait à une carrière prometteuse, ballon au pied, sur les vertes pelouses. 

L’adolescent, future étoile montante de la Ligue 1 et de l’équipe de France Espoirs, grandit au Raincy, dans un joli pavillon, au sein d’un foyer de la classe moyenne. Sa mère, Keltoum Mokrani, cadre bancaire, nourrit pour lui de grandes ambitions, telles que devenir médecin, avocat, ou encore journaliste, voire même se lancer en politique, tandis que son père, Fares, gestionnaire de biens immobiliers, demeure hanté par son passé au point qu’il lui est impossible de lui tourner le dos. 

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Ainsi, ce dernier retourne régulièrement dans le « dortoir de la Banlieue Nord », souvent en compagnie de son fils, pour y accomplir un « pèlerinage au quartier », selon l’expression tendrement moqueuse de son épouse. 

Autant dire qu’en chaussant des crampons et en démontrant très tôt, à 10 ans, un talent inné pour le ballon rond, jusqu’à être considéré par les fins connaisseurs du football francilien comme une vraie pépite, Yougerten a surpris son monde… Et ce n’est pas sans inquiétude que ses parents consentent à le laisser quitter le nid familial pour évoluer au plus haut niveau, sur des terrains et dans un milieu qui leur sont totalement étrangers.

Alors qu’un avenir radieux s’ouvre à lui, le port d’un maillot à la fin d’un match contre la Serbie dénonçant les violences policières, en des termes très explicites « La Police tue. RIP Seydou », en mémoire d’un adolescent de 19 ans, vient assombrir un ciel sans nuages… Descendu en flammes après avoir été encensé, le jeune Yougerten, qui refuse de faire amende honorable devant la commission exceptionnelle de discipline de la Fédération Française de Football, écope de « six mois de suspension de toute sélection française, sans possibilité de faire appel ». 

Fustigé de toutes parts, sa prise de position sur les violences policières qu’aucune campagne de haine, aussi ignominieuse soit-elle, n’infléchira, lui vaudra un terrible carton rouge :  la placardisation.

Alors que toutes les portes se referment brutalement devant lui, écarté de son club et exclu de la prestigieuse équipe des Bleuets, Yougerten Mokrani ne ressortira pas indemne de cette épreuve. En proie à une profonde crise identitaire, il parviendra toutefois à la surmonter, à la transcender même, en intégrant un club de football en plein essor, dont la spécificité est de miser sur de jeunes espoirs venant des banlieues.

Avec en toile de fond une France minée par de vieux démons, à la fois populistes, xénophobes et islamophobes, Abdelkrim Branine brosse avec talent le portrait très attachant d’un jeune prodige du ballon rond, issu de l’immigration et des quartiers populaires. 

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Captivé par la trajectoire unique de son héros, par la peinture sociale confondante de réalisme qu’il esquisse, et le poids de l’héritage familial et colonial qu’il met en lumière, on se laisse emporter par son premier roman passionnant, dont la portée dépasse très largement le terrain du football. 

« Le Petit Sultan », un roman social dans l’univers du football dont la rédaction Oumma vous recommande la lecture.

 

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