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Le Monde dresse un portrait tendancieux de l’avocate du père de Mohamed Merah

Prenez un article du Monde en date du 16 mai dernier, qui semble, de prime abord, parfaitement objectif et purement informatif, et puis en y regardant de plus près, vous percevrez en filigrane l’expression d’une condescendance teintée de suspicion, qui projette la vision d’un néo-orientalisme aux effets insidieux.

Sous une plume inspirée par le factuel, ou qui feint subtilement de l’être, un portrait criant de vérité, ou qui se prétend l’être, est brossé de l’avocate algérienne qui risque fort prochainement de faire sensation dans les prétoires, en faisant au passage les choux gras de la presse… Cette femme, c’est Zahia Mokhtari, l’avocate du père de Mohamed Merah, le tueur au scooter de Montauban et de Toulouse, que l’on ne présente plus, mais dont on aimerait voir se dissiper le halo de mystère qui entoure sa vie et sa mort.

Le titre de cet article est à lui seul tout un programme : " Maître Mokhtari, l'étrange avocate du père de Merah, promet de "faire l'événement". Les mots soupesés  font dans un sensationnalisme mesuré tout en jetant le discrédit sur l’avocate algérienne. Le procédé est habile, et cherche immédiatement à titiller l’imaginaire collectif.

Dépeinte comme la figure de proue d’un groupe de quatre avocats algériens, et de trois avocats français, le journaliste précise incidemment  que Zahia Mokhtari, loin d’être une ténor du barreau,  "continue de ne pas citer les noms" de ses collègues, histoire d’instiller le doute sur sa crédibilité.  Sa détermination inébranlable à porter plainte contre le RAID, pour "outrepassement de leur mission", est soulignée par cette phrase : "Pour nous, dit-elle, Mohamed Merah a été abattu avant le matin, pendant la nuit du 21 au 22 mars".

Croquée non pas au vitriol, mais plutôt avec un paternalisme qui peut s’avérer bien plus pernicieux, la description de Zahia Mokhtari est d’un réalisme tendancieux, de nature à alimenter la fantasmagorie néo-coloniale refoulée… "Zahia Mokhtari, 48 ans, reçoit chez elle, ce lundi 14 mai, la tête couverte d'un hidjab bleu et vêtue d'un long imperméable sombre, dans un petit appartement de cité entretenu avec coquetterie, dans le quartier populaire Aïn Naadja, à Alger", peut-on lire, avant que l’article n’indique qu’elle est en possession de deux vidéos détonantes de Mohamed Merah, où on l’entend dire aux policiers : "Pourquoi vous me trahissez ? Pourquoi vous me tuez ?", mais dont elle ignore la provenance.

En quelques lignes, tous les ingrédients sont réunis pour semer perplexité, scepticisme et effroi à la fois, et encore le meilleur reste à venir, lorsqu’elle nie avoir été "l'épouse d'un ex-militant du Front islamique du salut (ex-FIS), ou la belle-soeur d'un repenti du GIA, le bras armé du FIS, comme la presse l'a rapporté" , mais trop tard, le mal est déjà fait.

Alors que le journaliste prend soin de nous alerter sur le fait que l’avocate Me Zoubida Amrani, chez qui Zahia Mokhtari dit avoir effectué son stage, "n’a pu être jointe", rien de tel que de s’appesantir de nouveau sur son apparence extérieure, et sur ce hijab ostentatoire, signe d’un prosélytisme et d’un militantisme forcément inquiétants : "Avec le sourire, elle explique qu'elle met le hidjab depuis "quatre ou cinq ans seulement". "J'étais veuve, raconte-t-elle. Un jour, un juge du tribunal d'El-Harrache [banlieue d'Alger] m'a fait une réflexion. Le lendemain, j'ai mis le foulard. Pour une femme seule, c'est plus dur et j'évite ainsi beaucoup de choses." Ses trois filles, toutes voilées ? "Elles m'ont suivie",  poursuit l’article.

Bien qu’évitant jusqu’au bout l’écueil du jugement de valeur, c’est sur le ton d’une ultime confession intime, presque joyeuse, que la plume du journaliste finira néanmoins par se trahir : "En pouffant, l'avocate extirpe d'un porte-documents des photos d'identité la montrant souriante, les cheveux courts aux reflets blonds, les lèvres rouges". Une allusion à peine voilée au bonheur passé et à jamais réprimé de la femme libérée, la boucle est bouclée, et ce le plus innocemment du Monde…

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